Medelci au château

La litanie de l´été, c´est ce refrain qui revient à la une des journaux : Samedi: FLN-RND. Dimanche: RND-FLN. Lundi: FLN-RND. Mardi: RND-FLN. Mercredi : FLN-RND. Jeudi: RND-FLN. Vendredi, week-end, jour de la prière et du seigneur, encore FLN-RND. Pas de répit sur le front de la guéguerre entre les deux frères ennemis de l´alliance. Cela rappelle les menus de l´internat au lycée: Samedi: macaronis. Dimanche: loubia. Lundi: macaronis. Mardi, loubia. Et ainsi de suite. A l´infini. Variation sur un même thème des pâtes - haricots blancs. Moussa el Hadj et Hadj Moussa de la vie politique algérienne incapable de faire preuve d´un peu d´imagination pour pimenter la sauce et pour apporter du nouveau aux citoyens, histoire d´animer les discussions dans les chaumières.
La seule nouveauté nous vient de ces jeunes de Béchar qui ont trouvé le moyen d´exprimer leur colère légitime pour protester contre la mal vie et les délestages intempestifs d´électricité. Le but n´était pas de dire on casse tout c´est notre droit, mais de montrer qu´à des milliers de kilomètres d´ Alger et du centre de décision, il y a des Algériens qui refusent d´être les éternels oubliés, les dindons de la farce, et qui le font savoir, à leur manière. Après, bien sûr, on les traite d´émeutiers, de casseurs, et il se trouve des tribunaux qui les condamnent. Si c´est pas une injustice, ça ! Pour une fois, on aimerait que les tribunaux aussi innovent et que les juges convoquent les responsables de cette colère, les élus, les gestionnaires, les walis qui font leur travail par-dessus la jambe. On aimerait qu´ils les convoquent, qu´ils leur demandent des comptes et qu´ils les condamnent s´il y a faute de mauvaise gestion, et que les jeunes pris en flagrant délit de colère ne paient pas pour les bêtises des autres.
A côté de cette colère juvénile, et qui a l´âge des boutons d´acné, les explications de Chakib Khelil sur la consommation d´énergie, les valses hésitations du couple FFS-RCD sur les élections en Kabylie et la nouvelle politique pétrolière de Sonatrach font partie du mélodrame de la vie politicienne nationale.
Par contre, le pavé de Medelci (l´homme du château de Ben Aknoun, siège du ministère des Finances) sur la chasse aux 9000 importateurs fantômes évanouis dans la nature et qui font perdre au fisc et à la douane des milliards en devises sonnantes et trébuchantes, c´est le nec plus ultra plus ultra plus ultra de l´imagination enfin revenue au pouvoir. L´ultra n´est pas de trop puisqu´au final, on a un Medelci enfin à visage découvert, celui d´un ministre ultralibéral qui dit aux importateurs ceci : vous devez créer une société de deux milliards de centimes, avoir des locaux adéquats et faire vérifier vos comptes par un commissaire aux comptes.
Décryptage: si vous rencontrez un importateur qui ne peut pas allonger sur un bout de trottoir (côté place Port Said) deux milliards, c´est que ce n´est pas un importateur. Le dernier des containers transitant par le port d´Alger coûte au bas mot un milliard, et comme il en sort des milliers chaque mois, le calcul est vite fait.
Tout Mourad Medelci est dans cette loi de finances complémentaire: ses projets autant que sa vision du monde ... des affaires. Lui au moins a le mérite d´avoir de la continuité dans les idées, et même si c´est de l´ultralibéralisme, il assume. Au reste de l´équipe gouvernementale de faire de même, d´être logique avec cette orientation et de garder le cap. Quand on fait du libéralisme, on ne peut pas dans le même temps multiplier les entraves bureaucratiques, car il y a incompatibilité et rejet de la greffe.