Ouyahia et ses dérivés

Tout comme le lait, la réconciliation a des dérivés. L´expression est d´Ahmed Ouyahia, chef du gouvernement, qui en l´occurrence, s´exprimait ce week-end en tant que secrétaire général du RND. Par dérivés, le SG voulait sans doute parler, en utilisant l´euphémisme de l´amnistie générale, mais sans la nommer.
Chef de gouvernement, SG de parti, la double casquette est de mise pour solder les comptes avec son ami, mais néanmoins adversaire politique, du gouvernement et de l´Alliance présidentielle, le désormais ministre d´Etat représentant personnel du président de la République, Abdelaziz Belkhadem. C´est que la sémantique (les mots choisis) a son pesant de poudre, pour reprendre Kateb Yacine.
Par exemple le mot stratégique: une nouvelle fois, Ahmed Ouyahia a clairement affirmé que l´alliance est quelque chose de stratégique. Construite autour du programme du président de la République, cette alliance est constituée des trois entités connues qui ont signé le pacte. L´impression qui se dégage est pourtant que chacune des trois formations (FLN, RND et MSP) roule pour sa chapelle, en donnant un contenu propre, souvent différent et presque toujours divergent au programme du président. Les raisons à cela sont multiples et les exemples de pomme de discorde sont nombreux, mais pour ne pas nous disperser, ne prenons que deux exemples, la réconciliation et la révision de la Constitution.
Commençons par la réconciliation. On sait tous que tout au long des années 90, la ligne de démarcation politique en Algérie surfait dangereusement sur le clivage éradicateurs-réconciliateurs, artificiellement érigée en fonds de commerce par des clans opposés pour spolier le peuple de la possibilité de choisir son destin. Sur ce clivage proliféraient, comme sur du fumier, les manoeuvres visant à renvoyer aux calendes grecques toute recherche de sortie de crise. Aujourd´hui encore, dès que le mot réconciliation est prononcé, on voit fleurir les anathèmes et voler les noms d´oiseaux. Tabou, la yadjouz ! et cela de la part même de gens qui se déclarent démocrates, oubliant qu´un vrai démocrate est contre les tabous et les interdits. Mais le fait nouveau, en ce début de troisième millénaire, c´est que le thème de la réconciliation n´est plus un thème tabou, qu´il figure dans le programme du président et en plus, les plus hautes instances du pays l´évoquent ouvertement.
La révision de la Constitution: voilà un thème récurrent, comme les marques de lessive. Faut-il modifier la loi fondamentale du pays? C´est un peu comme le triangle des Bermudes et le monstre du Loch Ness: en été, on ressort ces thèmes pour vendre du papier. En Algérie, la Constitution a été changée plusieurs fois; Boumediene en 1976, Chadli en 1986 puis en 1989, Zeroual en 1995. On nous dit que le système algérien est un non-système. D´abord, on voudrait bien qu´on nous présente un vrai système, un bon système, un système de référence. C´est à l´usage qu´on sait si un système est bon ou mauvais. Si on se taille une Constitution sur mesure, rien que pour le plaisir, on retombe dans les caprices politiciens et on oublie l´essentiel. On ne choisit ni sa famille ni son pays. On fait avec, c´est tout !
La Constitution fait un partage des pouvoirs entre l´Exécutif, le Législatif, le Judiciaire. Elle est ce qu´elle est. Sans plus. Dans la réalité, elle donne au président de larges prérogatives, dans tous les domaines. C´est une bonne chose: dans un pays comme le nôtre, on a peut-être besoin d´un pouvoir fort, et de la désignation d´un centre du pouvoir (pour que la décision ne soit pas diluée). Plus que ça, bof !
Reste bien sûr l´histoire du troisième mandat. Là on entre dans le ventre mou du sujet, mais comme 2009 est assez loin, on aura le temps de construire le million de logements avant de l´inscrire sur les tablettes !