Heureux les poissons

Clôture du Festival de Timgad en présence de Mesdames Toumi, Saloua et Zakia Mohamed. Ouverture prochaine de la chanson raï d´Oran où seront consacrés les tubes de l´été comme Chic Choc Chèque ou Nouachmèk fiyidya (Je te tatouerai sur mon bras). Après la série d´incendies et la vague de canicule, le retour à la normale saisonnière veut dire que l´été n´est vraiment pas pourri en Algérie. Dans la capitale, des plages qui étaient interdites de baignade depuis de nombreuses années, ont été rouvertes au public, notamment R´Mila de Bab el Oued, au grand bonheur des enfants et des ouled el bled. Des familles entières n´hésitent pas, sinon à faire trempette, du moins à aller prendre le frais au bord de l´eau. Entre-temps, c´est-à-dire entre le moment de la fermeture et celui de la réouverture, personne n´est venu expliquer à la population ce qui a été fait pour rendre l´eau de ces plages acceptable pour la natation. Par ailleurs, un communiqué laconique, paru hier en page 24 d´un journal et émanant du ministère des Ressources en Eau, nous informe que l´aménagement de l´oued El Harrach se poursuit.
Pour une information, c´en est une, parce que d´abord on ne savait pas que l´assainissement avait commencé, ensuite le scoop méritait d´être relevé. Les Algériens après des années où ils ont dû prendre leur mal en patience, vont devoir déchanter. Boumediene ne viendra plus taquiner le nez du leader soviétique en lui disant «Ya Kossiguin ! Ya Kossiguine !» pour détourner son attention des mauvaises odeurs de l´oued El Harrach. Les moustiques ne trouveront plus un lieu de prédilection pour se reproduire et proliférer et venir se faire le dard sur la peau des bébés et des personnes âgées, en sifflant comme des supersoniques au-dessus de leur tête.
L´autre perle relevée dans le communiqué est la suivante: «L´aménagement de l´oued El Harrach n´a pas de relation avec l´aérogare d´Alger».
La précision est de taille. Elle vaut son pesant de rire. Même si les hôtes de l´Algérie peuvent désormais emprunter la rocade de Ben Aknoun, histoire d´éviter Oued El Harrach, il n´en demeure pas moins que la proximité de l´aéroport et de l´oued n´est plus à démontrer.
En tout état de cause, les habitants de Dar El Beida sont assez éloignés de l´oued, donc ce sont surtout les Harrachis qui ont à subir tous les jours que Dieu fait les désagréments liés à la pollution de l´oued El Harrach.
Si l´assainissement de l´oued el Harrach fait partie du plan de relance économique, avec la construction de l´unité de traitement des eaux usées, on peut estimer que ce PRE aura déjà fait des heureux, dans une partie du pays, soit toutes les personnes qui résident dans le périmètre si gracieusement incommodé pas l´oued, dont on nous dit que les eaux ne seront plus rejetées dans la mer, mais serviront en amont à l´irrigation agricole. C´est déjà un bon point. A l´heure où se donnent des conférences sur l´économie de la connaissance et des nouveaux défis de l´entreprise algérienne, la dépollution de l´oued El Harrach, même si elle n´est pas totalement le fait des scientifiques et techniciens algériens, mérite au moins d´être citée en exemple pour les générations futures comme preuve de ce qu´il faut faire pour d´un côté, rendre la vie agréable aux citadins et de l´autre, créer des emplois et un meilleur cadre de vie , tout en élevant la production agricole, alors même que les poissons de la côte algéroise seront pour une fois choyés par la qualité de l´eau de la Méditerranée. Néanmoins, il restera beaucoup à faire pour que les eaux du port d´Alger ne soient pas souillées par les rejets intempestifs. Mais ça c´est une autre histoire.