Morts en mission

L´Algérie est seule, aujourd´hui, bien seule face à ce drame qui la frappe de plein fouet, comme elle a été bien seule durant toute la décennie rouge. A travers la mort de Belaroussi et de Belkadi, c´est toute l´Algérie qui est en deuil. C´est comme si le temps s´était arrêté. D´où le sentiment d´écoeurement et de lassitude, en même temps que de colère, que chacun de nous ressent. Dans un instant pareil, nous sommes tous des Belaroussi et des Belkadi. Ils étaient seuls entre les mains de leurs bourreaux, mais en fait c´était toute l´Algérie qui était avec eux. C´est la raison pour laquelle, ceux qui ont appelé à leur exécution ne peuvent pas faire partie de cette patrie. Ni aujourd´hui ni demain. Autre chose : dès qu´il s´agit de l´Algérie, les amalgames remontent à la surface : les terroristes étaient présentés comme un mouvement de résistance. A ce titre, le silence des grandes chaînes de télévision sur l´enlèvement des diplomates algériens est lourd de sens. Tous les médias du monde se sont donné le mot pour passer à la trappe le calvaire vécu par Belaroussi et Belkadi. Il est normal que les Algériens, toutes catégories confondues, ressentiront cela comme une injustice, comme un ostracisme.
Les drames irakien et algérien présentent beaucoup de similitudes, l´une d´elle a trait au fait que les bourreaux veulent se présenter comme des victimes. Les loups veulent apparaître dans la peau des agneaux. Les références à Bentalha et à Raïs font partie de cette tentative d´amalgame. D´abord, en dépit des arguments qui ont été avancés, on ne voit pas en quoi ni Belaroussi ni Belkadi pouvaient être impliqués dans ce qui s´est passé à Bentalha en 1998, mais aussi, cette propension à instrumentaliser des faits plus ou moins lointains, loin de dédouaner Al Qaîda, la montre sous son véritable jour. Le bourbier irakien, dans lequel beaucoup de pays sont empêtrés, nous donne une indication du degré de déliquescence du monde moderne, incapable de transcender les problèmes qui se posent à lui.
Et c´est un sentiment de colère et de révolte qui gronde dans la poitrine de chaque Algérien, où qu´il soit.
De quelque manière qu´on aborde la question, on ne trouve pas trace de la culpabilité de nos diplomates, morts en mission en Irak. Ils sont innocents de la tragédie irakienne comme ils sont innocents de ce qui a pu se passer en Algérie. Prétendre le contraire est une hérésie. Et l´on voit que l´intruse interférence du Gspc, pour faire accroire le contraire, n´a fait que compliquer leur situation et accélérer leur exécution. Il restera que la rapidité avec laquelle le groupe Zarkaoui est passé à l´acte n´a laissé aucune chance aux réseaux du gouvernement algérien, et nos diplomates ont malheureusement fait les frais de cette hâte.
Toute l´Algérie est en deuil. Deux enfants de ce pays sont morts sans qu´on ait rien pu faire pour les sauver.