Congé fiscal

Il paraît qu´au Hamiz, plusieurs commerçants ont baissé rideau en ce début août, de peur d´avoir à affronter les descentes des contrôleurs des impôts et des inspecteurs du commerce. On dit qu´ils se sont mis en congé fiscal.
C´est que l´Algérien est passé à 120 kilomètres à l´heure, soit en cinquième vitesse, de la période des vaches maigres imposées par les pénuries des années 70 et 80 à celle de la corne d´abondance des années 90 et 2000, mais tout cela s´est fait dans l´anarchie la plus totale. On a vu fleurir des Dubaï et pousser comme des champignons des bazars un peu partout dans le pays. Rien qu´à Alger, c´est une véritable ceinture qui s´est formée aux alentours de la capitale, de la place des Martyrs au Hamiz, en passant par Bab Ezzouar. L´anarchie se remarque à tous les niveaux: le désordre dans les constructions, l´absence d´éclairage, les routes qui sont défoncées, mais surtout l´évasion fiscale qui est devenue synonyme de ces lieux où se brassent pourtant des millions. Quant aux produits de la contrefaçon, si suavement dénommés Taïwan, ce sont eux qui tiennent le haut du pavé.
Produits Taïwan et évasion fiscale, cela bien sûr réduit les charges et donc cela se répercute sur le prix. On pourrait dire tant mieux! que demande le peuple? Dans tous les pays du monde, les gabelous et les collecteurs des impôts ne sont pas portés dans le coeur des petites gens.
Mais les choses ne sont pas aussi simples. Car en Algérie, les choses sont toujours à l´envers, d´autant plus que les brigades mixtes impôts-commerce ne l´entendent pas de cette oreille. C´est ainsi que 3000 agents dont 1700 spécialisés dans le contrôle de la qualité et la conformité à la réglementation sillonnent les marchés à la recherche des fraudeurs. A la suite de cette traque d´un genre nouveau, rien qu´au Hamiz, il se trouve que sur les 800 commerces qui ont pignon sur rue dans cette zone, 300 ont déjà reçu la visite des équipes mixtes (fisc et direction du commerce), vérifiant les registres du commerce, demandant les factures, faisant la chasse aux activités non déclarées.
Ces opérations coup-de-poing, organisées à Alger mais également dans d´autres localités du pays comme Sétif, ont pour objectif de débusquer ceux qui s´adonnent en toute liberté au marché informel et au commerce illégal.
Le client, lui, est à la recherche d´une bonne occasion: électroménager, vêtements, meubles, produits de consommation courante, hi-fi, mais il aurait également aimé, et c´est légitime, que ces lieux de commerce où il se rend généralement en famille ne soient pas des cloaques hideux, se transformant même la nuit en lieux malfamés.
Ce qui fait que ces lieux, qui auraient dû rester des endroits agréables où les familles viendraient faire leurs achats à la bonne franquette, se sont transformés en fondrières à ciel ouvert.
Une simple promenade pour faire des emplettes devient par la force des choses un boulet, une contrainte, surtout quand les embouteillages et le mauvais état des routes viennent y mettre leur grain de sel..