Le onzième choix

L´orientation des nouveaux bacheliers s´est faite selon deux critères assez complémentaires : en se basant sur la fiche de voeux rédigée par l´étudiant lui-même et comportant dix choix, mais aussi en tenant compte de la note de l´élève. Plus cette dernière est élevée (généralement plus de treize pour certaines filières très demandées comme la médecine, pharmacie, interprétariat ou école nationale d´administration, par exemple), plus l´accès y est difficile. Aussi, vous ne pouvez pas prétendre à certaines disciplines, où l´on se bouscule au portillon, si votre note au Bac est inférieure à treize. C´est normal et logique direz-vous. Il se trouve cependant que la plupart des fiches de voeux comportent dans les quatre premiers choix ces filières de prédilection, d´où le problème. Si vous mettez par exemple dans les quatre priorités: médecine, pharmacie, interprétariat et école nationale d´administration, alors que vous n´avez pas la note requise, vous pouvez être sûr que vous serez déçu. Mais enfin, c´est bien le diable si sur les six autres choix de votre fiche de voeux vous n´obtenez pas satisfaction. Et pourtant c´est ce qui arrive assez souvent. C´est ce qu´on appelle le onzième choix. Tel matheux ( avec des 12 en maths et 15 en physique) se trouve orienté vers la philo alors que sa note dans cette matière ne dépasse pas 7. On est là, si vous permettez l´expression, dans les ratés du système, qui semble assez démocratique par ailleurs, puisque les données sont traitées par ordinateur. Peut-on trouver plus neutre que le système informatique. A ce moment-là, il y aurait deux remarques à faire: la première est que si vous envoyez en philo quelqu´un qui n´a obtenu que 7 dans cette matière en orientant vers la géologie un autre élève qui a cartonné en philo, il y a sûrement un grain de sable dans le rouage. Normalement, les recours sont faits pour corriger ce genre d´aberrations. Ce sont, pourrait-on, dire les exceptions qui confirment la règle, on les trouve partout et dans tous les domaines. L´essentiel est que les commissions de recours tiennent compte des arguments et des choix de l´étudiant pour ne pas lui gâcher son cursus universitaire.
L´autre remarque est qu´il existerait peut-être certaines filières, qui offrent un certain nombre de places pédagogiques mais qui ne sont pas assez sollicitées par le nouvel étudiant, à tort souvent, car il y a manque d´information sur l´importance de ces disciplines en termes de débouchés et d´utilité sociale.
On peut dire cela par exemple de certaines disciplines des sciences sociales, comme la psycho. Là, on peut saluer une initiative de M.Benbouzid qui a décidé d´affecter des psychologues dans les lycées, où se posent de plus en plus des problèmes liés à la violence, à la délinquance, à l´indiscipline mais aussi à la déperdition scolaire ou à la toxicomanie. Nul doute que ces psy seront d´un grand apport.
Mais ce n´est pas tout. Il suffit parfois de se promener en ville pour voir le nombre de malades mentaux qui circulent dans les rues. La névrose et le stress sont des maladies du siècle. Soumis à des pressions sociales très fortes, l´Algérien ne parvient pas à communiquer ses soucis, il ne trouve aucune oreille attentive pour l´écouter. Des psy seraient utiles dans les services sociaux des municipalités, les polycliniques, les dispensaires, les Samu, pour venir en aide aux citadins désorientés par l´anarchie induite par une urbanisation mal maîtrisée.
Nous avons parlé des psy, sans parti pris, comme on aurait pu parler d´une autre discipline, l´idée étant simplement de s´interroger sur la carte universitaire en tant qu´outil pour satisfaire des besoins sociaux bien déterminés.