Tohu-bohu

Si vous croisez sur la rocade de Ben Aknoun, un homme en survêtement faisant du jogging, ne soyez pas surpris, c´est un ministre de la République algérienne. Si vous trouvez sur un banc de la forêt de Bouchaoui, un homme en train de lire un roman à l´ombre d´un pin d´Alep, ne dérangez pas sa quiétude, c´est toujours un ministre de la République. Si, d´aventure, vous tombez sur un homme en bleu de Shanghai, un arrosoir à la main droite et une bêche à la main gauche, en train de cultiver son jardin, ne lui jetez pas la pierre. C´est toujours un ministre de la République. Comme dit la chanson, gardez vos larmes et vos sarcasmes et passez votre chemin.
Après avoir travaillé comme des forçats pendant toute l´année, nos ministres ont besoin de décompresser et de se refaire une santé, d´autant plus qu´ils n´ont droit qu´à une semaine, une toute petite rikiki de semaine. Et encore, on ne sait pas si H´mimed, Ghoul et Harraoubia l´auront cette petite semaine, eux qui sont chargés par le président de veiller au bon déroulement des grands chantiers. Ainsi Ghoul continue de creuser des trémies et de jeter des ponts au-dessus des ravins, tandis que H´mimed, en plus du million de logements, doit aussi, et impérativement livrer à Harraoubia les nouvelles places pédagogiques avant la rentrée. Et comme la rentrée, c´est à peine dans quelques semaines, vous imaginez le tohu-bohu que ça fait là-haut pour inscrire les nouveaux étudiants, les loger, les restaurer, les transporter. Si Ghoul, Harraoubia et H´mimed partent en congé, qui les remplacera? Le chef de cabinet, le secrétaire général du ministère? On ne voit vraiment pas qui, tant ces ministres-là sont sur tous les fronts. Mais peut-être bien qu´ils feront don de leurs jours de congé à la République. Ils en sont capables. Et c´est pas de la blague. A ce trio gouvernemental d´enfer, on pourrait aussi adjoindre le ministre de la Jeunesse et des Sports, Yahia Guidoum, qui veut compter l´argent du foot, Djamel Ould Abbas, le ministre solidaire, et Abdelmalek Sellal, le ministre chef d´orchestre qui joue au xylophone avec les barrages et les stations de dessalement.
Cela ne veut pas dire que les autres ministres ne travaillent pas. Il y en a qui restent dans leur bureau, mettent en marche la climatisation, mais abattent un travail de titan.
Oui, oui, c´est faisable. Sachant qu´ils sont soumis à une obligation de résultats, c´est au pied du mur qu´on reconnaît le maçon d´autant plus que le président a, dit-on, pris goût à l´audition individuelle des ministres pour faire le point avec eux sur la gestion de leur département. Ce n´est pas l´évaluation par les pairs, mais par le président. C´est lui qui les nomme, donc c´est lui qui les note.
On est déjà le 10 août. L´été est largement consommé. Les ministres qui n´auront pas pris leurs vacances durant cette période ne pourront plus faire de réclamation: septembre arrive au galop et l´année risque d´être chargée. Ce plan de consolidation de la croissance de 55 milliards de dollars tombe comme une manne du ciel mais aussi comme un cheveu sur la soupe. C´est beaucoup d´ argent, en même temps que beaucoup de problèmes et de soucis.
Ce sont les problèmes d´un pays riche à milliards qui ne sait pas gérer la richesse sans générer au passage la corruption, le chômage, la pauvreté. Et les restes à réaliser qui sont reportés de plan en plan. De mandat en mandat.