Géographie à courte vue

Un Maghreb à 25, est-ce possible? Non, non, ce n´est pas une plaisanterie. En 1989, à Marrakech, le leader de la Djamahiria libyenne avait souhaité que l´Union du Maghreb arabe (UMA) soit ouverte aux autres pays arabes ou africains, et cette disposition figurerait bien dans les statuts, et c´est la raison pour laquelle l´Egypte y avait déposé sa demande d´adhésion au début des années 90, quand l´UMA était encore attractive, la patrie des Pharaons se sentant isolée par rapport aux pays du conseil de coopération du Golfe d´un côté et l´UMA de l´autre. Elle était prise en sandwich entre les deux. Depuis lors, l´UMA sert plutôt d´épouvantail aux moineaux et n´arrive plus à réunir ses propres membres fondateurs. Mais disons-le tout de go, il y a longtemps que l´UMA ne fait plus illusion. Donc une UMA à 25, ce n´était qu´une boutade, du moment qu´on n´arrive pas à rouler avec un maghreb à 5, voire même à 3 (Algérie, Tunisie, Maroc).
Pourtant, ces derniers jours, on aurait pu croire qu´existe une timide amorce de coopération. L´Algérie qui livre 5 islamistes au royaume chérifien. Le ministre mauritanien des Finances qui se rend à Alger. Kadhafi qui tente une médiation entre Bouteflika et Hosni Moubarak. Il n´en est rien. On est bien en face d´un Maghreb virtuel. Ce n´est ni le Maghreb des coeurs, ni celui des affaires, ni celui des peuples, ni celui de la géographie. C´est juste le Maghreb de la raison d´Etat, très froidement. A la veille du Sommet arabe d´Alger, il y eut bien quelques réunions des hommes d´affaires des deux pays (Algérie et Maroc) sous l´égide des chambres de commerce et d´industrie.
Des universitaires ont également tenté quelques rapprochements, et puis la venue à Alger de tous les chefs d´Etat maghrébins, faisant que le sommet arabe ne soit pas un échec, la boucle est bouclée.
Ensuite, silence radio. La visite que devait effectuer le chef du gouvernement Ouyahia à Rabat, à l´invitation de son homologue marocain, a été annulée sine die , sans aucune explication. Un froid diplomatique, à un tel niveau, ne peut passer inaperçu. Puis il y eut une campagne médiatique d´une rare virulence, comme s´il ne restait plus qu´à faire parler les canons, les avions de chasse et la DCA. Heureusement, on en était resté aux écrits.
Le ministre d´Etat Abdelaziz Belkhadem a bien résumé le climat exécrable entre les deux pays en affirmant que l´Algérie ne nourrit aucune animosité à l´égard du Maroc. On sait bien ce que cela veut dire en langage diplomatique. Heureusement du reste, pourrait-on faire remarquer, que le royaume chérifien non plus ne nourrit aucune animosité à l´égard de l´Algérie.
La réciprocité, ainsi basée sur un jeu de miroir et de symétrie diplomatique, se mesure à l´aune de cette histoire de visas rétablis et de frontières demeurées hermétiques. Le dernier épisode de cette odyssée homérique qui consiste à choisir la meilleure manière de se tourner le dos pour ne pas se parler, vient d´être franchi par le coup d´Etat en Mauritanie contre Mouaouya Ould Sid-Ahmed Taya, l´Algérie n´ayant pas officiellement réagi à cet événement, sauf dans le cadre de l´Union africaine, dont elle est membre. Pour le reste, c´est le stand-by. C´est presque une manière de signifier que le problème ne concerne pas notre pays.
On va peut-être demander à la géographie pourquoi elle fait cohabiter des peuples qui par ailleurs ont la même histoire? sinon les mêmes ancêtres.
Ce serait la meilleure manière d´incriminer la géographie dans un procès qui ne la concerne pas. Les montagnes, les dunes et les plaines ne peuvent pas payer pour les idées à courte vue des hommes.