Zidane et Noah

Dans le palmarès 2005, des personnalités préférées des Français, Yannick Noah est arrivé en tête, ravissant la vedette à Zinedine Zidane. Traduction: cela ne change pas grand-chose: un tennisman remplace un footballeur. Plus que ça. Un Franco-Camerounais et un Franco-Algérien sont en tête du classement des personnalités préférées des Français. On peut en tirer deux lectures. La première est que le sport reste très populaire en France, et ça c´est une très bonne chose. Le sport est quelque chose de sain, devant la politique, dont les petites gens se méfient, car les politiciens sont prêts à toutes les magouilles. Mitterrand disait: «L´argent est sale.» On peut ajouter que lorsque l´argent est mêlé à la politique, il devient encore plus sale. La deuxième leçon qu´on peut en tirer, c´est le succès remporté par ces personnalités issues de l´émigration (immigration pour les Français). Et qui se remarque surtout dans le monde artistique: l´Arménien Charles Aznavour, le Marocain Gad el Maleh, le Tunisien Michel Boujenah, et l´Algérienne Assia Djebar à l´Académie française (qui est l´une des récompenses les plus prestigieuses). Pratiquement, la promotion des générations issues de l´immigration touche même des personnalités politiques à un très haut niveau. Là nous faisons allusion à l´ascension fulgurante de Nicolas Sarkozy lui-même, né d´un père hongrois et d´une mère de Salonique, devenu maire de Neuilly à 28 ans, président du plus grand parti politique de France l´UMP (I´Union pour la majorité présidentielle), dont on se rend compte qu´il ne roule plus pour Chirac (un comble pour un parti présidentiel) mais bien pour le fringant ministre de l´Intérieur, qui avait fait un passage remarqué à Bercy. Cette promotion des enfants immigrés traduit en outre le vieillissement de la société française (les Français de souche). Lors d´un passage à Paris, en feuilletant le bulletin mensuel d´une mairie, on a été surpris de constater que les listes des naissances et des mariages comportaient des noms aux consonances maghrébines ou africaines, alors que celles des décès comportaient surtout des noms bien français. Quelque part, on pourrait saluer là la réussite de l´immigration à la française. Mais n´allons pas vite en besogne. Djamel Debbouze ou Samy Naceri ont raconté sur les plateaux de télé les déboires qu´ils ont eus avec la police française. Cela amène donc à émettre un bémol ou tout au moins à dire qu´il y a des nuances. Le succès d´une certaine élite sportive ou artistique ne reflète pas la réalité des zones et des banlieues. Donc il y a bien quelque part un ostracisme, dans le domaine de l´emploi notamment, avec une certaine préférence française, même si cela n´est pas officiellement dit, encore que Nicolas Sarkozy lui-même a employé l´expression de la ségrégation positive. Le débat qui a précédé dans l´Hexagone le référendum sur la Constitution européenne a achoppé sur le plombier polonais. Et à la suite d´une fusillade dans une banlieue, qui avait entraîné la mort d´un petit enfant, le ministre de l´Intérieur français, Nicolas Sarkozy, avait promis de nettoyer au Karcher les banlieues, n´hésitant pas à emprunter à Jean-Marie Le Pen un certain lexique d´extrême droite. Mais Sarkozy n´est pas Le Pen et l´UMP n´est pas le Front national. Sarkozy, lui-même enfant d´immigré, se défend d´être raciste, tout en mettant l´accent sur les priorités de la lutte contre l´insécurité, thème cher aux Français. Tout cela pour dire que sur la voie de l´intégration, il y a sûrement des choses qui se font, mais sans doute un effort d´imagination est-il nécessaire pour que la France, par ailleurs patrie des droits de l´homme, puisse prétendre devenir un exemple en la matière.