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Miyazaki zappe la guerre

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Baisser de rideau sur la Mostra de Venise 2005, avec l´attribution du Lion d´or à Borkeback Mountain, un western gay du cinéaste taiwanais Ang Lee sur les amours passionnés de deux cow-boys dans l´Amérique des années soixante, qui, disent certains, écorche au passage la virilité légendaire des hommes libres du Far West, mais qui, au contraire, est une histoire pleine de tendresse, soutiennent d´autres. Pour la petite histoire, on aura aussi remarqué que le trophée a été remis à Ang Lee par un autre Asiatique, le Japonais Hayao Miyazaki, qui s´était lui-même vu attribuer un Lion d´or d´honneur pour l´ensemble de sa carrière, à la veille de la cérémonie de remise des prix de la compétition.
Cinéaste d´animation, Miyazaki est un faiseur de miracles. Bien qu´il ne fût révélé au public occidental qu´en 1997, en obtenant l´Ours d´or au festival de Berlin, pour Princesse Mononoké, son répertoire est assez vaste et au Japon, il est une véritable institution.
Né en 1941, l´année de Pearl Harbor, Miyazaki sera marqué par une double influence, celle de la guerre justement et celle de la petite entreprise familiale de son père qui fabriquait des gouvernails pour les avions de chasse. La guerre est vécue comme une douleur au Japon, depuis les bombes atomiques d´Hiroshima et de Nagasaki. Au cinéma, c´est surtout Godzilla, monstre marin, qui traduit cette angoisse du nucléaire. Mais Miyazaki aussi a traité le sujet à sa manière, à travers des oeuvres de cinéma d´animation magnifiques.
Que ce soit Kiki, la petite sorcière, à cheval sur son balai, ou bien Princesse Mononoké, l´artiste a fait le récit d´une guerre que se livrent les forces de la nature, ou celle que se livrent les hommes. Conan, fils du futur et Nausikaä, de la vallée du vent, abordent pour leur part la furie d´un monde postatomique peuplé de mutants.
Le goût pour l´aviation est traduit par ces personnages volants, comme Kiki la petite sorcière ou bien un château dans le ciel, et Porco Roisso, un cochon qui est aussi un pilote d´avion très adroit. A côté des thèmes de l´aviation, de la guerre, du monde des sorcières, l´oeuvre de Miyazaki est d´abord et avant tout une réflexion sur l´écologie, la lutte pour la protection de la nature, thèmes qui passent eux-mêmes obligatoirement par la défense de la paix.
Sans être le moins du monde une oeuvre politisée, les films d´animation de Hayao Miyazaki invitent tout de même à une réflexion philosophique sur la condition humaine, le fantastique côtoyant l´absurdité des conflits opposant les hommes et les éléments.
L´autre caractéristique de Miyazaki, c´est sa tendance à parodier des personnages issus de romans occidentaux et de les adapter à la mode japonaise, comme Le voyage de Gulliver, Alice au pays des merveilles. C´est ce qui lui permet d´atteindre à l´universalité et de mériter depuis 1997, - et cette année encore à Venise -, d´être reconnu en Occident même.
Sans rien perdre de l´esthétique nippone, Miyazaki a su adopter un langage universel qui fait de lui un auteur incontournable dans le domaine du cinéma d´animation. Tout cela n´est possible que parce qu´il est un artiste complet et sensible, qui s´adresse aux adultes, leur parlant le langage des enfants, celui du dessin animé, des couleurs chatoyantes, des dialogues burlesques, et surtout des scènes où la fantasmagorie se mêle au réel, le Japon étant constitué d´un ensemble d´îles entourées par les flots et bercées par les tremblements de terre. Il a fait découvrir aux spectateurs du monde une autre vision du Japon que celle des dessins animés pour gosses vulgarisée par les mangas.

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