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Le haïk de nos certitudes

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Pour le Zianide d'Alger que je suis, le haïk a toujours occupé une place de choix dans mon imaginaire. Dès l'enfance, mes déambulations dans les ruelles de la Casbah éternelle me permettaient de croiser des créatures de rêve dignement drapées dans ce que l'auteur espagnol Diego de Haedo appelait des manteaux blancs. Quel ravissement et quelle magnificence! Seul le chanteur Dahmane Benachour a su l'immortaliser, dans la pure tradition musicale classique algéroise, porté qu'il était par la nouba «zidane» et ce somptueux tour de chant «Aâdjaret linadhirina». Symbole s'il en est de la féminité, de l'élégance et dun savoir-vivre en adéquation avec la médina, le haïk se déclinait comme une sorte de repère, voire un élément constitutif de la personnalité nationale. Ce n'était donc pas sans raison si la caste coloniale, avec à sa tête Mme Massu, l'épouse du général tortionnaire, avait déployé de gigantesques efforts dans sa campagne insidieuse contre le port du voile. Originaire de Bab J'did, je passais souvent des nuits chez ma grand-mère à Souk El Djemaâ dans la Basse Casbah, et assistait ahuri aux sorties nocturnes imposées aux familles algériennes par des militaires qui venaient en force inviter la femme algérienne «à se révolter contre l'hégémonie de l'homme et à intégrer la modernité par le seul acte de se dévoiler», de se renier. Mes souvenirs sont vivaces à ce propos. Je me rappelle encore les menaces proférées par la soldatesque française et cet implacable mépris affiché par nos mères et nos soeurs, transformées et rendues plus belles encore tant par leur fierté et leur détermination à faire partie du projet de société tel que codifié par le Front de Libération nationale dans son Appel du 1er Novembre 1954 que par de somptueux et stridents youyous qu'elles lancèrent violemment à la face hideuse des services psychologiques de l'armée d'occupation. Des forces qui semblent avoir oublié que le port du voile procède d'un acte délibéré de résistance à l'ennemi, notamment lors d'invasions à la suite desquelles les femmes avaient donc pris l'habitude de se couvrir tout le corps pour échapper aux convoitises bestiales de l'envahisseur. Convoitises dangereusement aiguisées par le fait que «les femmes des colonisateurs soient soumises au regard du colonisé et que le soldat se trouve sempiternellement face à un ennemi de l'autre sexe». S'il est permis de paraphraser Maurice Viollette, gouverneur général de l'administration dominante, qui n'est pas loin de penser, alors, que «cette frustration des hommes européens se présente comme un des éléments constitutifs de la situation coloniale». D'une approche toute de séduction à des jeux de massacre, il n'y avait qu'un pas à franchir et les hommes du général Massu le firent brutalement. Aussi paradoxal que cela puisse paraître, certaines militantes de la cause nationale iront, instruites qu'elles étaient par le FLN, jusqu'à se dévoiler pour prendre à son propre piège la caste coloniale et lui porter des coups décisifs que le cinéaste italien Gillo Pontecorvo a immortalisés, à jamais, dans son film La Bataille d'Alger. Un haïk que porteront des moudjahidine pour commettre des attentats.
A l'image de ces guerriers mozabites qui, drapés dans des haïks, avaient surpris et contribué à défaire, en 1541 à Alger, l'armada espagnole sous le haut-commandement de Charles Quint. Restaurer dans ses droits historiques le voile ancestral injustement disqualifié par des chants de sirènes levantines et européocentristes, semble-t-il, c'est contribuer grandement à réconcilier le peuple algérien avec son identité historique et culturelle nationale sans laquelle il sera dans l'incapacité de se reconstruire, d'éviter toutes les dérives et de se hisser au niveau des nations qui comptent.

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