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Les préjugés de son propre camp...

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«N'est-il pas temps de se souvenir de ce vieux principe de base qui consiste à dépoussiérer les cadavres de son placard et à balayer devant sa porte avant de se plaindre des odeurs pestilentielles que dégagent les immondices du voisin?» Karim Emile BITAR

Je ne connais pas encore les raisons qui auront poussé quelques rares amis à me déconseiller d'évoquer les écrits de Karim Emile Bitar, un brillant énarque et géopolitologue. Est-ce parce qu'il est chercheur associé à l'Institut de relations internationales et stratégiques (Iris)? Je ne peux qu'être d'accord avec cet auteur syrien, surtout lorsqu'il constate que toutes les idées de progrès et de l'humanisme libéral et social ont pris du plomb dans l'aile: «Triomphent aujourd'hui, les courants de pensée les plus régressifs, les plus hostiles à la modernité et à l'universalisme. En Orient comme en Occident, l'heure est aux crispations, aux angoisses, aux replis identitaires, à l'essentialisme et à la peur de l'Autre.» Comment peut-on ne pas être d'accord avec lui, surtout lorsqu'il souligne que la réaffirmation de la sacralité de la liberté d'expression ne doit pas être une fin en soi: «Ce serait céder à la facilité et faire preuve d'hémiplégie cérébrale que de s'en tenir là et de ne pas analyser la peur viscérale et obsessionnelle de l'Islam qui se répand à travers l'Occident, et qui n'est pas sans rappeler les discours antisémites du siècle dernier.» Bill Clinton ne s'y est pas trompé, souligne Karim Emile Bitar. Et il n'a pas tort de rappeler à notre bon souvenir l'ancien président américain qui avait déclaré, commentant la parution des caricatures, craindre que les préjugés antimusulmans ne soient à notre siècle ce que l'antisémitisme avait été au siècle dernier. Prenez les journaux français d'extrême droite du siècle dernier, propose Bitar, remplacez le mot «juif» par le mot «musulman», et rendez-vous alors sur les sites Internet de certains courants identitaires d'aujourd'hui. «Vous y retrouverez les mêmes clichés, les mêmes formules, les mêmes généralisations outrancières, le même racisme cru. Naguère, l'antisémitisme de Drumont allait de pair avec son anticapitalisme. Aujourd'hui, le racisme à l'encontre des Arabes et des musulmans vient péniblement se cacher derrière la lutte antiterroriste.» «La culpabilité de Dreyfus est inscrite dans sa race», avait dit naguère Maurice Barrès. «Le terrorisme et la violence sont consubstantiels à la religion musulmane», soutiennent aujourd'hui bon nombre d'essayistes en vue.
Pas forcément occidentaux, vous fera remarquer l'universitaire Abdelalli Merdaci évoquant Boualem Sansal et Kamel Daoud: «Daoud est un bon communicant, qui tire les ficelles, quitte à les casser. Il pressent, à l'instar de Boualem Sansal, que pour perdurer à Paris, il lui faut prendre l'initiative de positions les plus extrêmes. Ainsi pour Sansal, une alliance avec le sionisme international.
Avec le souci de se projeter dans la durée, l'auteur oranais a rebondi sur la bêtise et l'ignominie d'un prêcheur cathodique, proprement fantasque, dénommé Hamadache, pour se parer d'une réputation mondiale, qu'il veut à la dimension de celle de Salman Rushdie, autrefois objet d'une fetwa de l'imam Khomeyni.» Le débat sur les limites de la liberté d'expression n'est pas chose aisée. Le problème, estime Karim Emile Bitar, réside dans le manque de constance de tous ceux qui préfèrent une élasticité leur permettant de protéger certaines opinions et d'en criminaliser d'autres: «Le plus simple serait de revenir à la belle formule qu'Evelyn Beatrice Hall a utilisée pour résumer la pensée de Voltaire: «Je ne suis pas d'accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu'à la mort pour que vous puissiez le dire.»
Le véritable courage consiste à défendre la liberté d'expression des «autres» et non pas celle des «nôtres». Rien n'est plus facile que de défendre la liberté d'opinion lorsque les opinions en question sont les nôtres, soutient la même source: «Qui est plus courageux, Bernard-Henri Lévy qui a défendu Salman Rushdie devant le public acquis des bobos de Saint-Germain-des-Prés ou Eqbal Ahmad, qui a défendu le même Salman Rushdie devant des foules de Pakistanais en colère? La plupart des intellectuels occidentaux et musulmans se contentent aujourd'hui de prêcher à des convertis, chacun dans son camp. Oubliées les belles pages de Montaigne sur la nécessité et les vertus de l'autocritique, démodée la recommandation de Theodor Adorno de «penser contre soi-même».
Aujourd'hui, on crie: «Haro sur le baudet!». Les uns crient haro sur des musulmans perçus en bloc comme attardés et incapables de comprendre le droit à la liberté d'expression des caricaturistes, relève Karim Emile Bidar, les autres crient haro sur un Occident perçu comme un ensemble homogène, insensible, raciste et impérialiste: «Le courage et la responsabilité d'un intellectuel ne consistent-ils pas d'abord et surtout à affronter les préjugés de son propre camp?»
N'est-il pas temps, martèle la même source, de «se souvenir de ce vieux principe de base qui consiste à dépoussiérer les cadavres de son placard et à balayer devant sa porte avant de se plaindre des odeurs pestilentielles que dégagent les immondices du voisin?».

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