La face immergée d'un saltimbanque

Pourtant, jamais sous la Ve République un système présidentiel n'aura été cerné de si près par des juges anticorruption. Toute la garde rapprochée de Nicolas Sarkozy a eu affaire à la justice et à la police ces trois dernières années...

Les élucubrations de Nicolas Sarkozy ne m'ont jamais intéressé. Pour plusieurs raisons du reste. Bien que je reconnaisse à ce triste personnage un zest d'intelligence qui lui aura permis d'ailleurs, avec l'inévitable coup de rein sioniste, d'être propulsé à la magistrature suprême. Je me suis même fait violence, je l'avoue, irascible ennemi de l'injustice que j'ai toujours été... J'ai même feint une cécité au moment où une association algéro-française lui balançait une lettre bien ouverte pour lui rappeler petitesse, arrogance, agressivité et islamophobie ayant caractérisé la gestion des affaires de la République, cinq années durant. Certainement écoeurée par autant d'extravagances et d'irrespect pour le peuple français, l'Alliance nationale des associations des Algériens de France - Anaaf - ira jusqu'à écrire: «Votre style et vos manières font toujours un peu honte, dans l'Hexagone et les pays étrangers, au pays de la Révolution de 1789, de la déclaration des droits de l'homme. Votre discours à Dakar restera à jamais gravé, comme une offense indélébile, dans la mémoire de tous les peuples africains, une offense à tous les descendants français de toutes ces victimes africaines, déportées par millions vers le «Nouveau Monde», grâce au commerce triangulaire dont le passif horrible et génocidaire n'a toujours pas été soldé malgré la loi sur la traite négrière.» Faisant le sourd aussi, je n'ai nullement perçu ce cri du coeur lancé par les animateurs de ladite association après sa lamentable sortie tunisoise et ses dangereuses allusions à la précarité de la situation politique en Algérie: «Lors de votre visite en Tunisie, vous vous êtes insidieusement attaqué à l'Algérie. Hélas, une fois de plus, vous vous êtes ridiculisé avec votre humour qui ne fait plus rire personne, hormis vos groupies. Vous vous êtes adressé aux Tunisiens pour critiquer leurs voisins algériens en oubliant leurs liens historiques séculaires, culturels, religieux et sanguins. Avez-vous eu la prétention de prendre les deux peuples pour des idiots en leur parlant de votre projet mort-né'' autour de la Méditerranée?» Des Tunisiens qui n'oublieront jamais que, lors des évènements tragiques ayant endeuillé leur pays, le sieur Sarkozy s'est tout bonnement contenté, en tant que président, de «prendre note»... Il aura beau essayer de se rattraper en claironnant que la non-ingérence et le soutien à la liberté et à la démocratie étaient au coeur de la politique étrangère française... Ce serait pour cette raison que «Paris n'aurait pas pris la juste mesure» de la «désespérance» du peuple tunisien. Son séjour tunisois aurait pu être l'occasion pour s'expliquer sur l'ellipse politique et humanitaire française lors de la tragédie tunisienne. Que nenni puisque d'accusé il devient l'accusateur de l'Algérie qui n'aura pas attendu, elle, le feu vert des puissances hégémoniques pour voler au secours d'un pays à la fois voisin et frère. L'Anaaf estime qu'une fois encore il a raté une occasion d'être à la hauteur de l'évènement en pérorant: «L'Algérie qu'en sera-t-il dans l'avenir? De son développement, de sa situation? C'est un sujet qui, me semble-t-il, doit être traité dans l'Union de la Méditerranée.» Avec ses principes de non-ingérence à géométrie variable, Nicolas Sarkozy ne changera assurément jamais et ce ne sont pas les quelques paroles mielleuses prononcées à l'endroit de l'Algérie, à l'effet de corriger sa gaffe, qui auront raison de ceux qui ont à coeur l'exemplarité des relations de deux peuples soucieux de préserver leurs chances pour une coopération fondatrice. La même source souligne qu'il ne servira à rien à cette personnalité politique de répéter «qu'il y a un lien entre la Méditerranée du Nord et la Méditerranée du Sud» comme pour justifier, après coup, l'intervention armée qu'il a décidée semant aujourd'hui le chaos et le terrorisme en Libye, des fléaux auxquels sont confrontés les peuples libyen, tunisien et algérien: «Sachez également, monsieur le président'', que vos outrances à propos de notre pays d'origine suscitent notre indignation. Elles ne font plaisir qu'aux fascistes, nostalgiques d'une nuit coloniale qui a duré 132 ans en Algérie'', que vous voulez draguer'' électoralement. Comme vous pouvez aisément l'imaginer, monsieur Nicolas Sarkozy, vos outrances irresponsables vis-à-vis de l'Algérie, de ses institutions et de son peuple ne peuvent mériter que notre mépris. Le moment venu, nous saurons à notre tour y répondre.» Mesurée, cette association l'est assurément surtout lorsqu'elle ne fait aucune référence aux scandales politico-financiers ayant éclaboussé Nicolas Sarkozy et son équipe. Pourtant, jamais sous la Ve République un système présidentiel n'aura été cerné de si près par des juges anticorruption. Toute la garde rapprochée de Nicolas Sarkozy a eu affaire à la justice et à la police ces trois dernières années...