Il faut bien souffler sur les braises

«On donne des armes aux rebelles, on finance les opposants, mais ce n'est pas par adhésion à leur idéologie séparatiste ou aux croyances religieuses locales. Les ´´civilisés´´ savent bien qu'ils donnent des armes à des bandits, mais il faut bien souffler sur les braises, sinon le feu risquerait de s'éteindre.» Maxime KANTOR

Il serait paradoxal, comme le faisait si bien remarquer Mostefa Lacheraf, qu'une révolution, qui est synonyme d'affranchissement de toutes les contraintes coloniales et de toutes les séquelles rétrogrades de l'archaïsme, retombe à un niveau où les caprices de l'utopie, de l'anachronisme et de la médiocrité tiennent lieu de règle de gouvernement.
S'il est vrai que les temps ont changé et les idées relativement aussi, il est des courants qui pensent sincèrement que la nature des puissances militaro-industrielles donne l'impression de se figer, reproduisant, par la même occasion, les mêmes formes de domination et/ou de négation. Le sort injuste, pour les uns, et inhumain, pour les autres, réservé aux peuples irakien, syrien, libyen et yéménite en est une preuve sinon irréfragable, du moins tangible de la duplicité de ceux qui veulent régenter le monde. Ajoutant à cela le piège tendu à la résistance palestinienne, d'autres voix ne sont pas loin de soutenir que le peuple palestinien est véritablement victime d'un génocide qui ne dit pas son nom.
Devant la persistance des conflits, des luttes fratricides orchestrées par le complexe militaro-industriel américano-sioniste et des contradictions dans la zone des tempêtes, les mêmes courants ne sont pas loin de considérer, à juste titre d'ailleurs, que ce qui se passe à Alger a le mérite singulier de mettre expressément l'accent sur les dissonances en même temps, cependant, que sur la question lancinante de la mondialisation axée sur les seuls intérêts bien compris de l'empire américain et de ses alliés occidentaux.
Les préoccupations à l'honneur sont des plus fondées, surtout que le passage d'une société à une autre est, affirment certaines sources dignes de foi, un moment de particulière vulnérabilité. Et le cas de l'Algérie, à ce propos justement, est des plus édifiants en ce que l'ancien Etat ne fonctionne plus comme il se doit, alors que le nouveau tarde à venir.
Particulièrement juste la thèse, soutenant qu'une libéralisation mécaniste n'est pas un gage de réussite, qui puise son argumentaire dans l'absence de réponse à la question de savoir comment un pays pauvre peut-il devenir moins pauvre? Allant vite en besogne, certains spécialistes, cités par The Economist, y ont répondu à leur manière en invitant les pays pauvres à ouvrir leur économie, à attirer les investisseurs, à exporter leurs marchandises et à libéraliser leurs marchés.
Certains pays de la région ne se laissèrent pas prier pour accéder à toutes ces doléances et introduire des réformes, cependant que dix d'entre eux pâtirent de guerres ou de coups d'Etat, alors que bien d'autres, souligne la même source, sont durement éprouvés par des maladies comme le sida et le paludisme. Ce qu'on appelle le tiers-monde est composé de pays où couve le conflit.
Mais, s'il arrive qu'on fasse entendre raison à une dictature lointaine, ce n'est pas pour rendre la vie meilleure aux victimes du régime, estime le peintre et écrivain russe Maxime Kantor: «On insuffle méthodiquement dans un pays exsangue un vent de discorde, petit à petit, en profitant de toutes les dissensions. Chaque rencontre diplomatique tend à montrer que les vérités sont multiples, que chacun a le droit d'avoir son point de vue.
La sourde hostilité entre Israéliens et Palestiniens, la haine fratricide en Afghanistan, les conflits entre groupes armés en Orient... les braises de la guerre sont sciemment entretenues. On donne des armes aux rebelles, on finance les opposants, mais ce n'est pas par adhésion à leur idéologie séparatiste ou aux croyances religieuses locales. Les ´´civilisés´´ savent bien qu'ils donnent des armes à des bandits, mais il faut bien souffler sur les braises, sinon le feu risquerait de s'éteindre.»