"Une guerre, une transaction aussi simple qu'un virement bancaire?"

«Les guerres circulent d'un pays à l'autre aussi librement que les capitaux. Lancer une guerre, c'est une transaction aussi simple qu'un virement bancaire, sauf qu'il est impossible de savoir qui en tirera bénéfice. L'Amérique? Hypothèse éculée. Les guerres ont bien changé. Leur but n'est plus la victoire sur l'ennemi, mais l'hostilité permanente...» Maxime KANTOR

L'artiste peintre et écrivain Maxime Kantor ne va pas par quatre chemins pour stigmatiser les forces hégémoniques. A la question de savoir pourquoi tant de guerres il répondra, enflammé, que sous couvert de renverser les tyrans, l'Occident entretient cyniquement des conflits à son seul profit. En cela, son analyse serait particulièrement proche de la mienne. C'est un fidèle lecteur de mes chroniques qui en a fait la relation et m'a fait découvrir cet auteur. Pour étayer sa conviction, Mohamed Séghir Kellou m'a fait parvenir le texte qu'il a signé pour Le Courrier international. Il y a de quoi être surpris: «Nous attendons la guerre avec résignation. Peu importe le prétexte, ou même le pays. Si la guerre n'a pas lieu aujourd'hui en Syrie, elle éclatera ailleurs demain. Les guerres circulent d'un pays à l'autre aussi librement que les capitaux. Lancer une guerre, c'est une transaction aussi simple qu'un virement bancaire, sauf qu'il est impossible de savoir qui en tirera bénéfice. On a coutume de dire que le profit revient à l'Amérique. Hypothèse éculée. Les guerres ont bien changé. Leur but n'est plus la victoire sur l'ennemi, mais l'hostilité permanente.» Le terrain de prédilection pour ce genre d'expérimentations chères aux forces hégémoniques c'est, vous l'aviez deviné, le tiers-monde où couve une multitude de conflits. Ce qui se passe à l'heure qu'il est au Mali est très significatif de cet état d'esprit. Les efforts sincères déployés par l'Algérie à l'effet d'instaurer la paix dans la région ne sont pas pour plaire. Tout en étant déifié par l'Occident, cet acte sera perverti dès les lendemains de la signature des accords de paix. Même s'il arrive qu'on fasse entendre raison à une dictature lointaine, ce n'est pas pour rendre la vie meilleure aux victimes du régime, estime la même source. On fait croire aux représentants des mouvances que face à un pouvoir éventuellement autocratique, ils doivent défendre leurs positions contre toute répression du droit des minorités.» Le postulat est le suivant: le chaos plutôt que le totalitarisme. La même source estime que les désagréments (terrorisme local) causés par cette rhétorique séditieuse sont perçus comme un mal nécessaire pour la liberté. Le problème ne vient pas ici des mouvements de résistance, des luttes armées ou du terrorisme. Ces phénomènes ne sont que les conséquences inévitables d'un scénario plus vaste.
Le fond du problème, c'est que la démocratie fonctionne désormais ainsi, ces guerres civiles incessantes sont le terreau d'une démocratie assimilée à l'économie de marché. Et dire que certaines de nos «têtes pensantes» vouent aux gémonies toute référence à «la main extérieure»! Si l'histoire politique mondiale est mue depuis toujours par des conflits armés, la particularité de la période actuelle, fait remarquer l'auteur du texte, est toutefois qu'on ne cherche plus à vaincre l'ennemi: «Dans le nouveau monde démocratique, les hommes se font la guerre en permanence, par la simple force des choses. Quand notre conscience morale n'arrive pas à admettre que nous puissions dépenser des centaines de milliards dans la guerre alors qu'avec mille fois moins on pourrait construire des villes, éduquer et soigner toute une population, on explique aux béotiens que nous sommes que des villes seront bâties une fois que la démocratie aura triomphé sur le champ de bataille, que les combattants auront fait la paix et voté pour la construction de logements.» Mais il n'y a pas de paix. Et il n'y aura pas de paix. Non parce que la politique américaine est perfide à ce point, mais simplement en raison des forces démocratiques en présence, représentées par de nombreux partis qui défendent une multitude d'intérêts divergents.