"L'Indépendance nationale, espoir suprême et suprême salut!"

Les différences entre les Oulémas, les «udmistes» et les partisans de Messali tendent à s'estomper. Il devient impérieux de rétablir ces différents mouvements avec leurs spécificités historiques pour rendre justice à la tendance qui s'est cristallisée dans le courant ENA-PPA-MTLD.

Mon argumentaire autour du passé et de son remodelage en fonction d'une écriture de l'Histoire en relation étroite avec les aspirations des pouvoirs dominants n'aura pas laissé indifférent. Des lecteurs particulièrement attachés à un éclairage nouveau sur un passé certes glorieux mais qui continue à nous imposer certaines zones d'ombre, savamment tissées par la culture de l'oubli, se sont, en effet, manifestés. Des contributions, certes importantes et en porte-à-faux avec la conception dominante de l'écriture de l'Histoire, ont vu le jour à l'initiative d'universitaires, d'acteurs et de témoins du Mouvement de libération nationale. Je vous le concède, mais force est de constater que l'ensemble des écrits sur le Mouvement national ne repose pas sur une base théorique quand les différentes mouvances et tendances politiques ne sont pas identifiées théoriquement, catégorisées. Probablement du fait de l'inexistence d'une approche globale, alors que les qualificatifs usités ne rendent pas nécessairement compte de la réalité qu'ils sont supposés décrire. Qui plus est, on assiste depuis un certain temps à un mouvement convergent qui consiste à fondre les différentes tendances du Mouvement national en une seule entité. Les différences entre les Oulémas, les «udmistes» et les partisans de Messali tendent à s'estomper. Il devient impérieux de rétablir ces différents mouvements avec leurs spécificités historiques pour rendre justice à la tendance qui s'est cristallisée dans le courant ENA-PPA-MTLD, lui donner sa véritable dimension et insister sur le concept de nationalisme séparatiste qui reflète mieux que d'autres qualificatifs la nature véritable de ce mouvement, la rupture radicale de tout lien institutionnel avec la France. Les revendications et les luttes des partisans de Messali se sont principalement cristallisées autour du mot d'ordre «l'Indépendance nationale, espoir suprême et suprême salut!» Parmi les premiers à avoir permis le jaillissement de ce concept dans une thèse universitaire, Kamel Bouguessa avait raison d'insister sur cet aspect du problème surtout lorsqu'il suggère que la clé de l'analyse sociologique, politique et économique de la société algérienne actuelle réside, en grande partie, dans l'étude de la période coloniale. Qu'en est-il exactement? Accéder à l'intelligence de cette société issue du procès de Libération nationale nécessite, on s'en doute, une analyse de l'ensemble de la formation économique et sociale algérienne d'avant l'indépendance: «En ignorant consciemment ou non l'importance des déterminations passées sur le présent, les recherches ayant pour objet l'étude de cette formation sociale, l'examen de ses forces politiques et sociales ou l'analyse de ses appareils idéologiques et politiques ont prouvé, une fois de plus, qu'elles n'avaient pas dépassé le stade de l'approximation.» La thèse en question est donc l'une des rares, sinon la seule, à avoir mis l'accent sur le silence à tout le moins significatif de Messali Hadj sur la création de l'Etoile nord-africaine. S'il est vrai que les mémoires du père du nationalisme révolutionnaire algérien restent quelque peu évasifs à ce sujet, sur quoi s'est fondé Kamel Bouguessa pour porter son jugement? A fortiori lorsque le silence de l'enfant terrible de Tlemcen nous interpelle tous à partir de la lecture de ses mémoires, et des archives communistes en matière coloniale. Si le père du Nationalisme révolutionnaire algérien reste évasif dans ses mémoires, des archives attestent cependant qu'il était présent à la réunion de la Commission coloniale du PCF en date du 9 septembre 1926, commission qui avait en charge la mise en place du programme et des structures de l'ENA. Sauf que, malgré sa présence, il ne dit mot. Il est utile de rappeler au lecteur que Messali Hadj était présent à l'assemblée générale constitutive de l'ENA au 162 Bd de l'Hôpital à Paris le 12 juin 1926. On peut conclure, à l'évidence, que ce silence n'est pas fortuit. Il est même déconcertant, pour les uns et annonciateur de sa volonté d'indépendance vis-à-vis du Parti communiste français, pour bien d'autres. A la question de savoir en quoi justement, la résolution des mystères de la création de l'ENA et la genèse du nationalisme séparatiste, revendiquant pour la première fois l'indépendance nationale, sont-elles à mettre à l'actif d'une école de l'historiographie et de la sociologie algériennes, la même source estime que de nombreux chercheurs ont essayé d'en percer le mystère, mais en vain. Certains ont exploité la piste tunisienne, d'autres la marocaine, mais sans résultat. Le silence sur la genèse du nationalisme séparatiste a duré plus de 30 ans. Il aura fallu pour les besoins de la même thèse prospecter les archives officielles françaises comme celles du PCF déposées à l'Institut marxixte-léniniste de Moscou, sans oublier la piste indochinoise. Les archives en question ont permis de reconstituer le puzzle de l'indépendantisme algérien. Ce travail a permis, de l'avis même de M.Mohamed Harbi, de résoudre l'énigme de la création de l'ENA et de la genèse du séparatisme.