A l'image de l'écrivain colombien Alvaro Mutis

«C'est parce qu'elle a sous-estimé le peuple que l'idéologie officielle s'est momifiée laissant l'initiative à des forces du mal redoutables. Des forces qui allaient emprunter des sentiers dogmatiques et castrateurs pour compromettre l'avenir d'un peuple et retarder les transformations démocratiques de la société...»

C'est vraiment le défilé. Après l'amie de Fès dont je vous ai déjà parlé dans mes précédentes chroniques, c'est au tour d'Eva l'Apache de refaire surface. Elle appelle, cette fois-ci, de Chicago où j'ai séjourné, il y a de cela 14 ans. Une ville qui, drapée dans un incroyable puritanisme, ne donne pas du tout l'impression de sortir tout droit des représentations cinématographiques et télévisuelles proposées par les majors compagnies ou les chaînes de télévision américaines.
Il y a de quoi être abasourdi par cette découverte et je l'ai été, croyez-moi. Aucun signe ostentatoire et une conduite exemplaire dans les rues où il vous arrive de parcourir des kilomètres pour croiser des citoyens accrochés à leurs cigarettes ou bras-dessus bras-dessous. C'est Eva qui me fit découvrir Chicago et son gigantisme symbolisé non sans insolence par le plus grand aéroport et le plus haut gratte-ciel des Etats-Unis. Ce fut d'ailleurs mon premier rendez-vous avec cette ville de l'Illinois où trône majestueusement le lac Michigan, un impressionnant mouvement architectural datant du XIXe siècle et une prodigieuse équipe de basket. Je veux parler, sans passion aucune, des Chicago-bulls et des passionnants matchs qu'ils livrèrent, durant mon séjour, aux clubs phares du MBA. C'était vraiment impressionnant bien que je m'y sentais comme un poisson hors de l'eau. C'est vrai que cela n'avait rien à voir avec le charme tout en exotisme de Beverly Hills.
Mais il faut reconnaître aussi que nous étions bien loin de Los Angeles, dans un merveilleux espace où le commun des mortels ne se pose plus la question de savoir si la belle-famille est un cadeau ou un fardeau. Bien au contraire, vous êtes tellement interpellés qu'une porte s'ouvre, sur chaque grande avenue, pour vous mener tout droit à un des nombreux musées que compte le manoir d'Al Capone. Point de gangsters visibles à l'oeil nu alors que le souvenir d'Eliot Ness demeure impérissable. C'est vrai que les monstres du labyrinthe, ces forces maffieuses, se trouvent désormais plutôt du côté de l'Ile fantastique, en Algérie où elles redoublent de férocité à chaque fois qu'il est demandé aux barons de l'import-import de rendre des comptes. C'est ce qui justifie quelque part l'appel téléphonique d'Eva, au moment où James R. Clapper, le directeur du renseignement US, foule le sol national... Je préfère laisser le reste de la conversation sous le sceau du secret, même si, chers lecteurs vous avez le droit de savoir, par exemple et en toute transparence, que les vacances sont, désormais, sous haute surveillance. Sinon comment expliquer le fait que des criminels choisissent ce moment précis pour vous tomber dessus et vous faire emprunter le métro de l'angoisse quand ils ne vous programment pas pour un autre monde? De Fès comme de Chicago, de Tlemcen comme d'Alger et de Ghardaïa, des voix s'élèvent pour me conseiller vivement de prendre la clé des champs ou, à tout le moins, d'être motus et bouche cousue afin d'éviter une ultime croisade.
Plus directe que jamais, une personne anonyme me lance, pour sa part, un pathétique «ça suffit!» Oubliant par la même occasion que je suis à l'image de l'écrivain colombien Alvaro Mutis, surtout lorsqu'il met sensiblement l'accent sur l'importance de son enfance et de son pays dans la genèse de ses écrits comme de ses émissions télévisées. Je ne parlerai pas de celles radiophoniques qui m'auront laissé un goût d'inachevé à la suite de ma mise à l'écart intervenue à la veille de la célébration des fêtes de l'Indépendance nationale et de la tenue du Festival culturel panafricain de juillet 2009...Les causes? Elles sont tout simplement ridicules. Je ne dirai pas plus sauf que d'un côté, les cerveaux créateurs sont réduits au silence et annihilés par des penseurs officiels et le processus de décadence ne peut être qu'accéléré par ce dessèchement culturel. D'un autre côté, le peuple qui ne faisait que prendre le masque des orthodoxies, ne manque pas d'assouvir ses vengeances contre ces idéologies de contrainte.
C'est donc, disait feu Abdelmadjid Meziane, parce qu'elle «a réduit les esprits vigoureux au silence, et aussi parce qu'elle a sous-estimé le peuple que l'idéologie officielle s'est momifiée laissant l'initiative à des forces du mal autrement plus redoutables. Des forces qui allaient emprunter des sentiers dogmatiques et castrateurs pour compromettre dangereusement l'avenir d'un peuple et retarder considérablement les transformations démocratiques de la société...»