Miguel de Cervantès l'auteur de Don Quichotte était musulman

Miguel de Cervantès l'auteur de Don Quichotte était musulman «Les mystères entourant la détention de Miguel de Cervantès en Alger sont innombrables, à commencer par sa propre survie. Comment est-il possible qu'un esclave manchot, invalide, ait pu survivre dans la cité des pirates?» Fred Romano (2e partie et fin)

Pour Fred Romano, le pouvoir de l'Inquisition en Espagne est sans nul doute à l'origine de l'épais mystère qui entoure l'auteur de Topographie et Histoire Générale d'Alger: «Cet ouvrage, à plus d'un titre, aurait dû être considéré comme une oeuvre parfaitement hérétique et terminer sa carrière sur un bûcher plutôt qu'entre vos mains. Mais, tout au contraire, le roi d'Espagne Philippe III interdit dans son édit royal et licence de publication que «l'on dise du mal ou que l'on censure» cet ouvrage «qui a tant fait parler de lui dans nos royaumes de Castille», sous peine d'une très lourde amende en maravédis (monnaie almoravide)». Ce qui représente une disposition absolument exceptionnelle. Il semble par ailleurs invraisemblable, estime la même source, que ni Antonio de Herrera, historien de la cour d'Espagne, ni Antonio Cornejo, supérieur de l'ordre bénédictin, n'aient rien trouvé dans cet ouvrage qui «soit contraire aux bonnes moeurs», surtout si l'on considère les descriptions des pratiques sexuelles mentionnées dans ce livre ou encore la description «technique» de la circoncision, et aux rigoureux tabous imposés sur ces sujets
par l'Eglise catholique romaine d'Espagne: «On peut alors supposer que la personnalité de l'auteur déclaré, Diego de Haëdo, abbé de Frómista, ait pu le protéger des
foudres inquisitoriales.» Les remarques de Fred Romano ne manquent pas de perspicacité à plus forte raison lorsqu'elles sont confortées par Daniel Eisenberg qui nous apprend que Diego de Haëdo n'a jamais séjourné à Alger alors que le signifié du livre, porté le plus souvent par une abondance et une précision des détails, ne peut être que l'oeuvre de quelqu'un qui y a vécu et dans des conditions à tout le moins dominées par la pénibilité, pour ne pas dire la précarité. Dans cette nouvelle version de Topographie et Histoire Générale d'Alger, Fred Romano soutient que le signifié ne se limite pas seulement à un regard sévère sur la société globale algéroise: «Mais il est aussi admiratif, voire envieux de son administration et efficacité. Il comporte aussi de dures critiques vis-à-vis de la société espagnole et chrétienne, dénonçant amèrement des comportements qui ne se donnaient qu'en terre chrétienne (le jeu, l'alcoolisme, le manque de discipline des armées catholiques), ou d'autres, présents dans toutes les cultures (le manque d'humanité) puis enfin la corruption, au plus haut niveau, dans le Royaume d'Espagne.» Dans cette oeuvre, les allusions à certains dignitaires des monarchies chrétiennes et des représentants de l'Eglise sont monnaie courante. Les passages sur les jardins d'Alger, où l'auteur ne peut dissimuler l'amour qu'il leur porte, sont tout aussi remarquables et significatifs, souligne l'auteure française: «Cervantès, durant l'une de ses rocambolesques évasions, sest réfugié dans l'un de ces jardins, durant des semaines et en compagnie d'une vingtaine de chrétiens, plus particulièrement dans le jardin de la femme d'Abd-el-Malik, roi de Fez, jardin longuement signalé et amoureusement décrit dans Topographie et Histoire Générale d'Alger.» Pour la traductrice et la présentatrice de la nouvelle version, il n'y a pas l'ombre d'un doute, cette oeuvre relève de la paternité de Miguel de Cervantès tant par la construction du texte que par la vivacité et «l'authenticité» des scènes décrites: «De surcroît, il cite des traditions disons ethnico-catholiques espagnoles et les qualifie de nôtres.» En Espagne, ces traditions et rites particuliers sont très régionalisés. La région d'origine de ces traditions citées est Castilla-La Mancha, c'est-à-dire la terre d'origine de Cervantès. De Haëdo était originaire du Pays basque et l'autre auteur supposé, De Sosa, du Portugal. Enfin, les nombreuses allusions à l'anatomie humaine contenues dans le livre invalident aussi les théories selon lesquelles l'auteur aurait été un lettré catholique. A cette époque en Espagne, l'anatomie était une science suspectée d'être oeuvre de convertis (à cause de la supériorité scientifique des musulmans, encore présente dans les mémoires), indépendamment du fait que le père de Miguel de Cervantès était chirurgien. Seul un homme en Espagne à cette époque réunissait toutes ces qualités et de surcroît il est resté cinq longues années prisonnier en Alger, il s'agit du génial Miguel de Cervantès.