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Homeland, l'arroseur arrosé

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«Nous pensons qu'elle perpétue des stéréotypes dangereux. Elle réduit une région entière à l'état de farce, à travers des représentations fausses qui nourrissent un agenda politique. Ils ne connaissent pas la région qu'ils tentent de représenter. Et nous souffrons des conséquences de cette représentation.» Heba Amin, Caram Kapp et Stone

(1re partie)

Plusieurs sources concordantes ont révélé un acte des plus réconfortants. Un acte qui n'est pas sans rappeler aux bons souvenirs du cinéphile que je suis, le film L'Arroseur arrosé des frères Auguste et Louis Lumière. Les héros ne sont tout autre que trois artistes engagés par Showtime pour réaliser des graffitis réalistes dans le décor de Homeland, une série américaine connue pour mener un combat d'un autre âge contre le monde arabo-musulman accusé qu'il est de tous les maux. Des artistes au demeurant fort ingénieux qui auront su magistralement profiter de cette aubaine et de discutables préjugés pour dénoncer le racisme et les stéréotypes de la série en question à travers plusieurs messages visibles dans l'épisode de la saison 5, plus connu sous le titre générique de The Tradition Of Hospitality.
Dans un billet adressé à toutes les rédactions américaines, Heba Amin, Caram Kapp et Stone justifient leur démarche et dénoncent l'inattention des producteurs ainsi que l'image biaisée du Moyen-Orient. Le résultat des courses est connu à la faveur de manchettes ou d'exergues où il est explicitement signifié «Trois artistes arabes ont été engagés pour faire des graffitis sur le tournage d'Homeland. Les artistes ont trollé la série en s'en moquant. Des phrases en arabe comme Homeland est raciste ou Homeland est une blague et elle ne nous fait pas rire sont passées à la télévision sans que les réalisateurs ne s'en rendent compte.»
Un arrêt sur image effectué par plusieurs médias permet aisément de constater les dégâts. Comme par exemple, lorsque Carrie Mathison, accompagnée par un officier du Hezbollah, croise ses slogans dans un camp de réfugiés de la frontière entre le Liban et la Syrie aux antipodes du script de la série. Aux yeux des producteurs prosionistes, dira Heba Amin, les graffitis étaient de simples détails visuels accompagnant leur vision fantaisiste du Moyen-Orient. «Nous pensons qu'elle perpétue des stéréotypes dangereux. Elle réduit une région entière à l'état de farce, à travers des représentations fausses qui nourrissent un agenda politique. Ils ne connaissent pas la région qu'ils tentent de représenter. Et nous souffrons des conséquences de cette représentation.» Pour les trois artistes justiciers, Homeland est ni plus ni moins qu' une oeuvre de propagande «qui a acquis la réputation d'être la série la plus raciste de la télévision à cause de sa représentation inexacte, biaisée et très partiale des Arabes, des Pakistanais, des Afghans, mais aussi pour ses déformations grossières de l'image de Beyrouth, d'Islamabad et du soi-disant monde musulman en général».
À force d'entretenir «une dichotomie entre des Américains protecteurs, photogéniques, et surtout blancs, contre la menace diabolique et rétrograde musulmane», ajoutent-ils, Homeland a fini par avoir des relents islamophobes. Ce qui est exaltant dans cet événement, à un moment où certains confrères de chez-nous cautionnent les invasions et les troubles suscités dans la région par les forces hégémoniques au nom de «l'idéal démocratique», c'est que des jeunes Arabes de citoyenneté américaine aient accepté de collaborer avec les producteurs de la série afin d'exprimer leur malaise: «C'était le moment de faire valoir nos arguments de manière subversive, en utilisant la série elle-même. Quant aux producteurs, ils ne se sont pas préoccupés de savoir ce qui était écrit sur ces murs, À leurs yeux, l'écriture arabe était un simple visuel supplémentaire pour compléter l'horreur-fantaisiste du Moyen-Orient et cette image déshumanisante que Homeland donne de toute une région.»
Heba Amin a confié au Washington Post qu'il «était très important d'exprimer l'idée selon laquelle ce genre de stéréotypes est très dangereux car cela contribue à façonner la perception qu'ont les gens de cette région, une immense région, ce qui en retour, affecte la politique étrangère. C'était une façon pour nous de récupérer notre image». (A suivre)

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