Homeland, l'arroseur arrosé

Entre la fiction et la réalité, il n'y a assurément qu'une ellipse à faire, un fondu enchaîné, diraient les spécialistes du langage cinématographique. Et le complexe militaro-industriel américain l'a fait en usant et en abusant d'une pratique machiavélique qui lui permet, depuis Rambo 3, d'anticiper sur les événements.

Suite et fin

Homeland est, à l'évidence, une série islamophobe. Le ton y est donné dès l'entame de sa première saison où le téléspectateur américain découvre, à son corps défendant, qu'Al- Qaîda serait une incarnation des mollahs iraniens et du Hezbollah libanais, dont la mission consiste à détruire, au nom de l'Islam chiite, les Etats-Unis. Cette série n'en est pas à sa première mauvaise foi. Les nombreux approximations et clichés sur l'Islam et le Monde arabe lui ont valu d'être particulièrement tancée, mise au banc des accusés. Dans sa saison 2, c'est au tour du Liban d'en faire les frais puisque sa capitale serait un nid de miliciens intégristes semant la terreur dans un quartier pourtant branché. Le décalage entre la réalité et le portrait que le feuilleton américain brosse de la ville est tel que le ministre libanais du Tourisme, Fadi Abboud, s'est publiquement offusqué du mauvais traitement infligé à son pays dans le Figaro: «Je dépense des millions pour des campagnes dans les médias occidentaux destinées à effacer l'association subconsciente entre l'évocation de Beyrouth et celle de la kalachnikov et de la guerre. Un épisode comme celui-ci, regardé par des millions de téléspectateurs, anéantit tous ces efforts alors qu'il ne repose que sur des mensonges. Les autorités de Beyrouth exigent des excuses et menacent d'intenter une action en justice contre les créateurs de Homeland.» Étonnante distorsion de la réalité de la part d'une série saluée dans de nombreux endroits du monde pour la précision de son écriture. De fait, «les inexactitudes de la série correspondent davantage à la perception que beaucoup d'Américains ont du pays», soutient Joe Prince, un spécialiste des médias qui fera remarquer qu'en 2009 le New York Times avait hissé Beyrouth en tête des 44 sites à visiter d'urgence: «Présentée comme le Paris du Moyen-Orient, la capitale libanaise y était alors décrite comme un pays de cocagne où il fait bon vivre de jour comme de nuit...» Bien loin donc du repaire de terroristes fantasmé par Homeland. Le Pakistan connaîtra le même sort que le Liban puisque la série américaine en donnera une image très discutable, celle d'un pays sclérosé par la violence et la corruption. Les 12 épisodes de la saison 4 font en sorte que la réputation des dirigeants de ce pays ne soit pas la seule à en pâtir. Le paysage en prend un sacré coup, soulignent à l'unisson des voix de plusieurs diplomates en poste dans la capitale: «Islamabad est décrite comme un enfer crasseux, une zone de guerre, avec des fusillades, des bombes et des cadavres éparpillés.» Entre la fiction et la réalité, il n'y a assurément qu'une ellipse à faire, un fondu enchaîné, diraient les spécialistes du langage cinématographique. Et le complexe militaro-industriel américain l'a fait en usant et en abusant d'une pratique machiavélique qui lui permet d'anticiper sur les événements. L'exemple du film Rambo 3 en est une parfaite illustration puisque c'est son héros qui va servir de prétexte fictionnel pour préparer l'invasion effective de l'Afghanistan par les forces états-uniennes. Il en est ainsi de Homeland que d'aucuns tentent de réduire à une simple émission de télévision, à un thriller où le manichéisme dominant est omniprésent. Sauf que le recours à une représentation raciste des Arabes et des musulmans est loin d'être innocent, sans arrière-pensées. Les images que le réalisateur et ses producteurs sionistes mettent en scène sont loin d'être neutres, un simple exercice de style commandé par le seul souci de coller au script du film. Bien au contraire, elles sont utilisées politiquement pour justifier des actions dans le monde réel, les invasions de pays musulmans et les massacres systématiques dont sont victimes leurs populations, les bébés plus particulièrement... Dans ce contexte, dira un confrère, Homeland n'est nullement un divertissement stupide mais un dispositif qui perpétue les idées racistes qui, elles, ont des conséquences réelles sur la vie des gens ordinaires. Ces séries américaines produites par les grandes maisons de production, lit-on dans l'Info Alternative, délivrent toutes un message bien particulier et comportent de façon troublante beaucoup de similitudes avec les événements en cours et qui se dessinent dans un futur proche de notre monde bien réel: «Quand on sait qu'un seul épisode de Lost coûte dans les quelque 4 millions de dollars, on se demande pourquoi les majors-compagnies (le complexe militaro-industriel américanosioniste) mettent autant d'argent en jeu afin de nous délivrer ces messages et quels sont ces messages cachés?»