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Si l'Edition nationale d'antan m'était contée

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Grand était le fossé entre les appareils idéologiques d'Etat et le citoyen dont le goût n'avait rien à voir tant avec celui de ses dirigeants qu'avec les phantasmes de son élite.

L'enquête menée sur le terrain nous permit de constater l'absence d'une unité de pensée et d'action à l'échelle du pouvoir en place. C'est ainsi que la volonté officielle se voyait émousser par une gestion de la culture dominée par le centralisme bureaucratique et le rejet de toute participation du secteur privé national. Ce que nous soulignions précédemment était loin d'être le fruit d'une quelconque hallucination. C'était bien au contraire le résultat d'une importante investigation menée à travers le territoire national auprès de 180 imprimeurs que nous nous promettions de solliciter pour rattraper le retard et faire en sorte que les livres soient mis à la disposition des librairies au plus tard trois mois après l'accord de la commission de lecture. Dans ce cadre, 80 imprimeurs performants avaient été retenus par nos soins, surtout qu'ils s'engageaient à imprimer 12 ouvrages par an chacun. Ce qui nous permettrait de favoriser et les titres nouvellement retenus et ceux en souffrance au niveau du Complexe graphique de Réghaïa. Cette façon de procéder n'était pas au goût du jour puisqu'il nous fut signifié de nous attacher aux seuls aspects éditoriaux alors que la faisabilité technique devait relever strictement de la compétence des services en charge de la fabrication tenus de contracter avec les seuls opérateurs publics. Nous ne pouvions que nous incliner tactiquement en faisant des concessions au niveau de la forme sans pour autant céder sur les questions de fond. Notre première mission a consisté à faire voler en éclats le clientélisme, le régionalisme et le dogmatisme, fléaux particulièrement nuisibles à la liberté d'expression et/ou de création. La bataille qu'il y avait lieu de mener consistait en la mise sur pied d'une commission de lecture réellement indépendante et susceptible de réconcilier l'auteur algérien avec son édition. Rude, cette bataille le fut mais comme le champ éditorial s'inscrivait dans le cadre de notre compétence, nous avions eu les coudées franches, après moult faux barrages, pour choisir des membres issus du monde universitaire et intellectuel mus indubitablement par la volonté de démocratiser le secteur nous tenant à coeur. Nous avons édité en cinq ans d'exercice (1980-1985) pas moins de 638 ouvrages en langue nationale et 230 en langue française alors que la précédente gestion n'a réalisé entre 1966 et 1979 que 284 titres de graphie arabe et 256 dans la langue de Voltaire. L'intérêt de tous les ouvrages initiés par nos soins résidait certainement, pour l'essentiel, dans la variété des thèmes abordés. Si certains écrits étaient des récits historiques ou de véritables exercices de style dont le propos sacrifiait par trop au symbolisme et à l'hermétisme, d'autres créations posaient de façon adroite et réfléchie des problèmes actuels. L'ensemble était mené avec intelligence et s'appuyait sur des capacités d'observation incontestables. Les séquences introspectives proposaient, dans tous les cas, une vision de la condition humaine souvent intéressante. Au niveau de l'entreprise Sned/Enal, nous avions eu à nous occuper, et ce fut un merveilleux challenge, du lancement de la littérature enfantine et de la relance de la bande dessinée. A un moment où la guerre irako-iranienne faisait rage et où nos enfants étaient conviés, malgré eux, à subir la propagande irakienne. Un scandale qui nous révolta alors et nous imposa un plan d'urgence susceptible de mettre à l'abri toute une génération livrée alors à une littérature très accessible à tous (un beau livre illustré à 50 centimes) et aux phantasmes des promoteurs d'une guerre qui n'allait pas forcément dans la consolidation des acquis des peuples de la région. Ce ne fut pas de tout repos puisque les relais du baâth en Algérie, très introduits dans le monde du livre, feront tout pour qu'une littérature expressément enfantine ouverte sur la réalité et le monde ne voie pas le jour. Nous en sortirons victorieux et parviendrons, grâce à la qualité et à la quantité des ouvrages mis sur le marché, jusqu'à amener les autorités algériennes à suspendre limportation de livres à la gloire de luttes fratricides. Pour la bande dessinée, la réalité était dominée par le fait que ses auteurs aborderaient d'une manière quelque peu subversive la réalité concrète. Un compromis fut vite trouvé et, contre un salaire, les bédéistes acceptaient d'être mis en bulle. Il aura fallu du temps pour les amener à remettre en cause leur condition objective et à retrouver leur verve. Dès l'entame, les résultats ne se feront pas attendre et le pays sera vite inondé par des créations inégales, certes, mais combien généreuses témoignant, si besoin est, de la volonté retrouvée d'un talent mis entre-parenthèses, des années durant. Nous aurions pu continuer sur cette lancée mais le dogmatisme et le harcèlement politique nous feront mettre la clé sous le paillasson pour vivre ensuite une expérience complémentaire, mais cette fois-ci à titre privé. C'est un peu dans ces conditions que va naître «Au Club du Livre et de l'Audiovisuel», une Maison du livre, d'édition et de communication qui va nous permettre très vite de découvrir, une fois n'est pas coutume, que nous ne connaissions rien au livre, du moins aux lectures préférées du citoyen. Le contact avec la clientèle était des plus édifiants. Il nous aura permis de constater que grand était le fossé entre les appareils idéologiques et le citoyen dont le goût n'avait rien à voir tant avec celui de ses dirigeants qu'avec les phantasmes de son élite...

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