Le MCA, Cantona et mes pires potes de l'USMA

A travers ce documentaire inégal, mais notablement empreint d'humanisme, Eric Cantona semblait être en communion avec les deux galeries qui ont démontré, à l'évidence, que le huis clos était plutôt dans les têtes...de certains dirigeants du football national...

suite et fin
Eric Cantona n'a pas été suffisamment éclairé à ce propos. Cela lui aurait permis de faire l'économie d'une étourderie en usant d'une ellipse au moment où, filmé parcourant le chemin du port d'Alger, il faisait allusion à ces Français d'Algérie qui avaient décidé de quitter, de leur propre chef, le pays anciennement colonisé. Qu'importe, le documentaire valait le déplacement et, le spectacle offert par les supporters des deux clubs algérois était notablement attrayant. Même si certaines répliques genre «je manque de tout depuis le départ de la France» étaient infondées, injustes surtout venant de la part d'un quidam dont la villa est louée en devises alors qu'il occupe un bien public...Cela souligné, il faut peut-être rappeler à certains nostalgiques que la Résistance nationale à l'occupant n'était pas basée sur la seule revendication du drapeau. Elle visait également le rétablissement de la souveraineté nationale et de la dignité humaine, l'instauration d'une justice sociale à même de permettre aux enfants de ce pays d'avoir le droit à la vie, d'accéder au savoir et aux sciences le plus librement du monde...La création d'un club sportif musulman si elle procédait d'un véritable parcours du combattant, elle n'en restait pas moins déterminée par une alchimie d'actes rigoureux, de procédures scrupuleusement étudiées avant d'être adoptées, croit savoir l'universitaire Youcef Fatès: «Après le nom, le siège social, la composition du bureau et les règlements, la création des clubs sportifs s'accompagne du choix de couleurs, d'emblèmes, de symboles...Pour les clubs sportifs musulmans, cette panoplie de signes constitue un instrument de marquage identitaire fonctionnant comme de véritables stigmates dont le choix n'est nullement accidentel. Les signes retenus sont simples et ne nécessitent pas un appareil élaboré de perception et de décodage car ils sont exclusivement empruntés à l'imaginaire et au registre arabo-musulman, enracinés dans les souvenirs et l'inconscient collectif.» Durant la période, rapporte la même source, les clubs sportifs participent du marquage identitaire des «indigènes» dans leur volonté de signifier leur ancrage culturel et de marquer les différences par rapport aux Européens. Les noms des clubs sportifs constituent à cet égard des indicateurs de tout premier ordre: «En effet, l'attribution d'un nom au club est un acte culturel important. La pléthore d'appellations indique différents niveaux de visibilité du nationalisme.» L'augmentation des incidents, pendant les matchs et autour des stades, amena l'administration coloniale à publier, en 1928 et 1936, deux circulaires faisant obligation aux clubs algériens constitués uniquement de musulmans d'introduire au moins trois Européens, pour éviter les affrontements «interethniques». Ce qui poussa le Mouloudia d'Alger à favoriser la création de plusieurs clubs à l'image de l'USMA et de la JSK à l'effet de desserrer l'étau et de permettre l'éclosion de nouvelles structures appelées à accueillir une jeunesse attirée par la pratique d'un sport et avide d'en découdre avec les colonisateurs. La création de l'Equipe nationale de football du FLN y est mise en relief en même temps que l'action médiatique d'éclat spectaculaire de nos footballeurs, largement rapportée et amplifiée par l'ensemble des médias français et internationaux. En frappant les imaginations en France, cette action permit au FLN d'engranger de nombreux gains politiques. La démonstration était faite sur le plan international que ce noyau dirigeant du peuple algérien contrôlait tous les secteurs de l'Algérie sur les plans politique, psychologique, social, culturel, militaire et même sportif. Que dire alors de l'hommage plein d'humilité rendu par Eric Cantona à Belloumi, Betrouni, Madjer, Bencheikh, Bernaoui, Kaoua et à cette merveilleuse équipe du Mouloudia de 1976 que présidait Abdelkader Drif? La jeunesse algérienne a de quoi être fière. Et elle le montre, sans complexe aucun, en répondant aux questions d'Eric Cantona, sous l'oeil attendri de Notre-Dame d'Afrique...Cette jeunesse, nous la retrouvons portant euphoriquement les couleurs du Mouloudia et de l'USMA (par moment les deux comme c'est le cas pour votre chroniqueur) dans le documentaire. Admirable, consciente surtout que de la sportivité et du respect mutuel entre supporters jailliront sûrement des confrontations éminemment sportives entre deux clubs d'un même espace civilisationnel, la Casbah éternelle, deux frères, deux voisins, sans oublier les femmes supportrices parmi lesquelles mon attachante mère, une irascible chauvine de mon club de toujours, le Mouloudia d'Alger pour ne pas le désigner. A travers ce documentaire inégal, mais particulièrement empreint d'humanisme, Eric Cantona semblait être en communion avec les deux galeries qui ont démontré, à l'évidence, que le huis clos était plutôt dans les têtes...de certains dirigeants du football national...