Syrie: pourquoi l'Occident s'est trompé (suite et fin)

«À l'occasion de la crise syrienne, la France a donné le spectacle de l'improvisation, de la démesure, d'une diplomatie de cow-boys, à tel point que l'on peut se demander si le néoconservatisme de l'Hudson Institute n'a pas fait des émules sur les rives de la Seine.» Frédéric PICHON

Dans ce conflit de la Syrie, Frédéric Pichon déroule une analyse imparable. Surtout lorsqu'il répond à la question de savoir pourquoi les Occidentaux se sont-ils trompés en tablant aveuglément sur une chute rapide de Bachar al Assad et en confiant démesurément la sous-traitance du conflit à ces apprentis sorciers que sont l'Arabie saoudite et Qatar. Pourtant, la France disposait, dans l'ancienne capitale omeyyade, d'atouts diplomatiques non négligeables sans compter de chaleureuses relations si l'on s'en tient à l'accueil royal réservé à Paris au président syrien par Nicholas Sarkozy. Pour Frédéric Pichon, la France avait pour elle aussi: «Une bonne connaissance du dossier régional et une tradition ancienne de résolution des conflits. À cela, il faut ajouter une réputation de mesure et de capacité à dialoguer avec tous. Tout cela a volé en éclats. À l'occasion de la crise syrienne, la France a donné le spectacle de l'improvisation, de la démesure, d'une diplomatie de «cow-boys», à tel point que l'on peut se demander si le néoconservatisme de l'Hudson Institute n'a pas fait des émules sur les rives de la Seine.» C'est justement à ce niveau du constat que les propos de l'auteur de Syrie pourquoi l'Occident s'est trompé rejoint la thèse défendue par Maxime Kantor. Pour le peintre et écrivain russe, il n'y aura pas de paix. Non parce que la politique américaine est perfide à ce point, mais simplement en raison des forces démocratiques en présence, représentées par de nombreux partis qui défendent une multitude d'intérêts divergents. Il n'y a pas et il ne peut y avoir de consensus mondial qui viendrait à bout du tumulte des choix démocratiques: «Personne ne prétend désormais à la stabilité, car celle-ci ne fait plus partie des valeurs sociales. Il y a cent ans, on plaçait des territoires sous mandat ou sous tutelle; ces pratiques n'ont plus de sens aujourd'hui, la stagnation est synonyme de dépérissement. Il faut que tout soit en mouvement permanent. Au moment d'évaluer les opérations menées en Irak ou en Afghanistan, on estime que les objectifs de la guerre n'ont pas été atteints, et on continue les combats - un vrai fiasco, direz-vous. Mais les vrais objectifs sont justement atteints: l'objectif, c'est la guerre civile permanente, l'instabilité, l'agitation.» Ce n'est donc pas sans raisons si la contestation a été prise en main par les pires extrémistes, obéissant à un agenda largement dicté par les puissances de l'Occident et du Golfe. Pour Frédéric Pichon, la France peinera à retrouver une voix audible dans le Monde arabe et même plus largement dans un monde où l'«Occident» n'a plus la même signification ni les mêmes atouts, surtout depuis que l'Histoire l'a rattrapé: «Dans ce nouvel ordre international, les relations entre les nations auront massivement besoin d'équilibre, de mesure, de concessions et de souveraineté. À vouloir contenter Israël et ses alliés du Golfe sur toute la ligne, la France s'est attiré la méfiance des pays émergents comme la Russie ou la Chine, mais aussi le Brésil ou l'Afrique du Sud. Pays qui sont avides de reconnaissance et arc-boutés sur leurs souverainetés.» Paradoxalement, alors que les États-Unis ont compris la nécessité de «réduire leur empreinte», renchérit la même source, les gesticulations françaises n'ont fait qu'aggraver le fossé entre un discours universaliste de moins en moins performant et les réalités très prosaïques qui président aux rapports de force mondiaux: «De telles incohérences ne sont pas à rechercher dans nos forces militaires ou dans les services de renseignement. Elles sont imputables à la grande majorité des hommes qui composent notre personnel politique, pour qui les questions stratégiques sont subalternes, ou pensées selon le temps court de l'électoralisme.» Le maniement de l'émotion, la manipulation des postures régaliennes et les envolées martiales sont devenus, martèle Frédéric Pichon, le cache-sexe d'une politique indigente, menée par des hommes que fondamentalement ces questions n'intéressent pas. Loin de proposer des solutions toutes faites, le livre Syrie pourquoi l'Occident s'est trompé se décline comme une contribution à une réflexion en mesure de favoriser un débat, sans concession aucune, autour de la véritable place que doit occuper la France dans le concert des Nations. Pour l'auteur de cet intéressant ouvrage, son pays doit impérativement retrouver le chemin de sa puissance qui passe par un renouveau de son influence et de sa crédibilité. Deux choses qui se sont perdues provisoirement dans les sables de Syrie...A cause justement d'une nouvelle recette, le management de la terreur qui semble faire fureur depuis les machiavéliques mises en scène américanosionistes du 11 septembre 2001 qui ont conduit aux invasions de l'Afghanistan, de l'Irak, de la Syrie et du chaos libyen, ou à l'attentat contre la publication, alors en faillite, Charlie Hebdo qu'un grand média américain avait suggéré, avant d'être contraint à se rétracter, comme étant une «vengeance» d'Israël contre la France...