La Crète, une autre colline oubliée?

Mais tout compte fait, mon correspondant n'a pas tout à fait tort. Surtout que des similitudes existent bel et bien entre la Palestine et la Crète, ne serait-ce que par le fait que ces deux entités faisaient partie, à l'aube de la Première Guerre mondiale, de l'Empire ottoman.

Les Algériens, du moins certains d'entre eux, marqués qu'ils sont par l'esprit du 1er- Novembre 1954, sont assurément incorrigibles. Surtout lorsqu'il s'agit de causes qu'ils considèrent justes. Inutile de rappeler au commun des mortels les prises de position de notre pays à ce sujet. Des prises de position qui ne sont pas sans provoquer l'ire des grandes puissances et de féodalités politiques quand elles ne nous valent pas les inimitiés de quelques ténébrions. Ce n'est donc pas sans raison si la chronique d'aujour-d'hui va porter sur une problématique en relation étroite avec les préoccupations d'un fidèle lecteur de votre quotidien attitré. Un lecteur qui s'insurge contre le fait qu'aucun média n'ait daigné, à ce jour, traiter de la question crétoise, encore moins dénoncer ce qu'il considère être une occupation coloniale grecque à la suite du traité britannique du 17 mai 1913. Encore un autre traité de la discorde, serais-je tenté de renchérir. Avec le peuple palestinien, les Musulmans ne sont pas prêts d'oublier les conséquences criminelles et dramatiques de la Déclaration Balfour qui permit la création de l'enclave sioniste en Palestine occupée. Une déclaration qui se décline sous forme d'une lettre ouverte datée du 2 novembre 1917, adressée par Arthur Balfour, le secrétaire d'Etat britannique aux Affaires étrangères à Lord Lionel Walter Rothschild, éminence de la communauté juive britannique, financier du mouvement sioniste et dont voici la teneur: «Le gouvernement de Sa Majesté envisage favorablement l'établissement en Palestine d'un foyer national pour le peuple juif, et emploiera tous ses efforts pour faciliter la réalisation de cet objectif, étant clairement entendu que rien ne sera fait qui puisse porter atteinte ni aux droits civils et religieux des collectivités non juives existant en Palestine, ni aux droits et au statut politique dont les Juifs jouissent dans tout autre pays.» Mais vous me diriez quel est le rapport entre la Crète et la Palestine? Au risque de froisser mon fidèle lecteur qui m'aura pourtant gratifié de qualificatifs fort élogieux pour ne pas dire dithyrambiques, je n'en pense pas moins. A plus forte raison, lorsque les écrits consultés par mes soins parlent de la Crète comme étant un espace hellénique par excellence dont l'appartenance à la Grèce remonte à la nuit des temps. Nonobstant, cependant, quelques incursions de courtes et/ou de longues durées, que des historiens inscrivent au passif, tour à tour, des Romains, des Arabes, des Vénitiens et des Turcs. Mais tout compte fait, mon correspondant n'a pas tout à fait tort. Surtout que des similitudes existent bel et bien entre la Palestine et la Crète, ne serait-ce que par le fait que ces deux entités faisaient partie, à l'aube de la Première Guerre mondiale, de l'Empire ottoman. A un moment où, en déclin, les Turcs sont dépossédés progressivement de la plupart des territoires européens, du Maghreb et du Machrek, à la faveur d'un remodelage de la région que consacrent les Accords secrets franco-britanniques, dits Sykes-Picot, et le soutien officiel au nationalisme arabe. Surtout après l'entrée en scène de Thomas Edward Lawrence, alias Lawrence d'Arabie, un archéologue, officier, aventurier, espion et écrivain britannique. La ressemblance entre la Palestine et la Crète ne saurait aller plus loin, les mécanismes à l'origine de la création de l'entité sioniste étant plus sournois, criminels et nauséabonds, comme nous le verrons dans la prochaine chronique. Pour plusieurs historiens, la Crète ne fit parler d'elle, dans l'Antiquité, que pendant la période dite héroïque de l'histoire de la Grèce: «Peuplée d'abord par les Pélasges et les Phéniciens, elle fut colonisée, comme Sparte, par l'invasion dorienne. Des traces du dialecte dorien subsistent encore dans le langage des montagnards. Illustre du temps de Minos et d'Idoménée, elle ne joue aucun rôle dans les affaires helléniques à partir de la guerre de Troie. Les poètes et les historiens de la Grèce ancienne ont été sévères pour ses habitants; un mot de la langue usuelle, cité dans tous les vieux lexiques, grec, signifiait mentir, être fourbe comme un Crétois. D'autre part, dans l'épître à Tite, saint Paul nous a conservé un vers grec d'un de leurs poètes qui portait sur ses compatriotes ce jugement peu flatteur: Les Crétois sont des menteurs, de méchants animaux, des ventres paresseux. Il convient sans doute de professer à l'égard de ceux d'à présent, des opinions plus indulgentes.» J'espère que cette digression ne provoquera pas l'ire de mon correspondant que j'invite humblement à me faire parvenir des documents en relation avec son appel au service de «la cause nationaliste crétoise», qu'il voudrait médiatiser, parce que «réduite au silence par l'Union européenne et par les pays dont les médias sont à la solde de leurs régimes».