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Kaddour M'Hamsadji, la Casbah "ce Sour El-Ghozlâne de mon existence" (2e partie)

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«L'acte de lire, d'écrire et de publier n'est pas l'apanage de l'auteur seulement, mais ça concerne la société entière, laquelle doit s'y mettre pour comprendre le sens de la vie, car un peuple qui ne lit pas, son avenir est voué à l'échec.» Kaddour M'HAMSADJI

Si vous posiez à l'auteur de La Dévoilée la question de savoir à quand remonte le jaillissement de sa vocation d'écrivain, sa réponse serait à tout le moins évasive, aux antipodes de la précision qui le singularise à bien des égards. Je suis bien placé pour le comprendre car écrire c'est un peu inné, un don du ciel. A ce propos, je tiens à lui rendre un standing hommage en rappelant à son bon souvenir le jour où je me suis présenté, frêlement mais fièrement porté par mes quatorze années d'âge, au siège de l'Union des écrivains algériens avec un manuscrit. C'était mon premier roman dont le titre générique Nawal Taleb annonçait un drame social tel que généré par une société qui venait de se libérer non sans reproduire les germes de dissonances qui seront déterminants quant à la disqualification de la femme algérienne du processus de libération plurielle.
La réaction de Kaddour fut des plus encourageantes à la simple présentation de l'ouvrage en question et il en fut de même de celles de Mourad Bourboune, Jean Senac et un autre auteur dont je ne me rappelle plus le nom. Mon manuscrit me fut rendu deux semaines plus tard par l'auteur d'Al Qaçba Zemân avec de doctes recommandations dont le moins que l'on puisse dire est qu'elles auront notablement contribué à irriguer une vocation naissante, jamais démentie depuis. En cela et pour l'intérêt manifeste qu'il accorde à la culture citadine et à la Casbah éternelle, une cité emblématique à laquelle nous tenons irréfragablement tous les deux, je lui suis particulièrement reconnaissant. Son intérêt pour la jeunesse était loin d'être fortuit, encore moins de circonstance.
En décidant de produire à l'époque Les jeunes plumes, une émission radiophonique dédiée aux jeunes auteurs, Kaddour M'Hamsadji avait fait un heureux choix, galvanisateur on s'en doute, celui de rompre avec Le Silence des cendres. Des cendres auxquelles il permettra de retrouver la parole, à l'instar de ces pierres qui témoignent encore sur le faste du passé civilisationnel de la Casbah éternelle nonobstant la mémoire ankylosée des commis de l'idéologie dominante: «Je me suis mis à écrire très jeune. J'avais peut-être une dizaine d'années. Nous étions en pleine Seconde Guerre mondiale. Nous subissions les effets des restrictions alimentaires, des privations de toute sorte et du marché noir, beaucoup plus que les Européens. Les fournitures scolaires étaient difficiles à trouver et coûtaient cher.
Aussi, par exemple, avec les dernières pages blanches d'un cahier de l'année écoulée, je façonnais un petit carnet dont j'étais bien fier. Mes camarades algériens, et même juifs ou européens d'origine italienne ou espagnole dont les parents étaient des ouvriers aux ressources fort modestes, - mais pas les enfants de colons gros propriétaires terriens - en façonnaient pareillement. Pas de gaspillage! nous criaient nos parents... J'écrivais ce que bon me semblait et surtout je recopiais avec une application infinie ce que l'on appelait à cet âge-là des «récitations», devenues aujourd'hui «les récitations de notre enfance». Il les choisissait toujours très courtes. C'est ce qui lui permit de découvrir quelques illustres poètes français: Victor Hugo, Alphonse de Lamartine, Jean Richepin, Jean de La Fontaine, Théodore de Banville, Paul Verlaine, Guillaume Apollinaire, Maurice Carême, Jacques Prévert, Charles Baudelaire, Jean Aicard, Joseph de Pesquidoux, Guy de Maupassant...
Dans ce carnet de fortune qu'il confectionna avec amour et non sans arrière-pensées, il recopiait également des historiettes, des devinettes, des bons mots. En quelque sorte, ses oeuvres personnelles: «Peu à peu, je m'étais mis à écrire mes propres 'récitations'' et mes propres 'histoires'' inventées ou inspirées de mon enfance et de mon adolescence. J'aimais cela. Autre chose m'émerveillait, au plus haut-point, entendre le nom de l'auteur du texte à la fin de la dictée prononcé d'une voix de clairon par le maître et surtout d'une voix doucereuse et insinuante par la maîtresse quand la dictée était imprégnée de poésie.» Le nom de l'auteur lui semblait glisser alors à l'oreille tel un appel chuchoté à écrire comme lui! Peut-être, était-ce déjà le début d'une vocation? Peut-être bien... vous avouera timidement celui qui a déclaré, en marge de l'hommage que lui a rendu l'association Les Amis de la rampe Louni Arezki à la Bibliothèque nationale, «l'acte de lire, d'écrire et de publier n'est pas l'apanage de l'auteur seulement, mais ça concerne la société entière, laquelle doit s'y mettre pour comprendre le sens de la vie, car un peuple qui ne lit pas, son avenir est voué à l'échec». (A suivre)

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