DURBAN
Dernier espoir raisonnable pour sauver la Terre
20% des émissions de CO2, entraînent à terme une hausse de la température«Nous sommes tous dans le même avion et nous n'avons plus de pilotes. Tous les passagers sont désormais responsables de l'avion et ils se chamaillent pour savoir qui sont les fautifs - ceux de la classe touriste ou bien ceux de la première classe? - et l'avion continue à perdre de l'altitude. Je pense, mes amis, que quelqu'un doit prendre le contrôle de l'avion.» Felipe Calderon, président du Mexique, décembre 2010
Aujourd'hui s'ouvre à Durban, en Afrique du Sud, le sommet de la dernière chance pour un accord concernant l'atténuation des changements climatiques. Le Sommet de Durban sur le climat, s'annonce comme une étape intermédiaire dans les négociations climatiques internationales, plutôt que le lieu de véritables décisions. L'objectif est avant tout de trouver un consensus pour conserver l'architecture du Protocole de Kyoto, et éviter le pire en attendant qu'un accord global de dessine à l'horizon 2015/2020. Après l'échec des négociations internationales à Copenhague et la crise du multilatéralisme, le sommet de Cancun, fin 2010, avait permis de sauver la Convention-cadre des Nations unies sur le changement climatique (Cnucc), la lutte contre la déforestation et la création du Fonds vert pour le climat pour aider les pays en développement à lutter contre les changements climatiques. Pour autant, beaucoup de questions majeures restent en suspens à l'approche de Durban, et notamment celle de l'après-Kyoto. En effet, aucune suite juridique n'est envisagée aujourd'hui pour la période post-2012, les deux plus grands émetteurs de GES que sont la Chine et les Etats-Unis refusant de s'engager sur le sujet. (1)
Enfin, les engagements financiers -environ 100 milliards de dollars pris par les pays développés pour soutenir l'adaptation des pays du Sud au changement climatique n'ont pas encore été tenus. Pour Paul Watkinson, chef de l'équipe des négociations sur le changement climatique au ministère de l'Ecologie, «les négociations climatiques ne peuvent pas apporter l'ensemble des réponses à la crise climatique. Nous avions beaucoup d'ambition à Copenhague en voulant un accord global contraignant, mais ce n'était pas compatible avec la gouvernance mondiale actuelle». Il reconnaît une «baisse d'intérêt des Etats pour le sujet, un contexte géopolitique difficile et une moindre volonté d'agir côté américain. D'ailleurs, peu de chefs d'Etat feront le déplacement à Durban», a-t-il ajouté lors d'un colloque organisé par Coordination Sud et l'AFD sur Durban. (1)
Que peut-on attendre de Durban
Dans ce contexte très incertain, il ne faut pas attendre du sommet de Durban qu'il débouche sur des objectifs de réduction des émissions de GES. Les Etats privilégient aujourd'hui, un système «bottom up», où chacun fixe ses propres objectifs. La Chine a ainsi annoncé une réduction de 17% d'ici 2015 de son intensité carbone, mais sans possibilité de vérification extérieure de sa comptabilité carbone... un mécanisme encore inexistant et qui constitue là aussi un enjeu des négociations. Si les experts ne sont pas totalement pessimistes sur la possibilité d'un accord à long terme, l'urgence est pourtant là. Plusieurs organismes internationaux, dont l'AIE et le Giec, ont d'ores et déjà prévenu que l'objectif de contenir le réchauffement à 2°C est hors de portée si l'on extrapole les tendances actuelles. La situation sera même probablement pire selon les projections de l'AIE, qui font état d'une augmentation d'un tiers de la demande en énergie entre 2010 et 2035 et de 20% des émissions de CO2, entraînant à terme une hausse de la température moyenne de 3,5°. «Peu de signes laissent à penser que le changement d'orientation nécessaire des tendances énergétiques mondiales est amorcé», souligne l'AIE qui observe «un contexte peu propice à la réalisation des objectifs climatiques convenus au niveau mondial».
Pour le site Attac, les pays industriels ne respectent pas les modestes engagements pris à Kyoto en 1997. Les émissions de gaz à effet de serre ont augmenté de 6% en 2010 par rapport à 2009, dépassant le pire des scénarios du Giec. (...) L'heure est à l'unilatéralisme, rebaptisé stratégie «bottom up». D'un régime contraignant avec objectif global de réduction des émissions, on passe à l'enregistrement de déclarations d'intention unilatérales. (...)! Attac et Aitec seront présentes à Durban avec les mouvements sociaux africains et sud-africains, avec le mouvement pour la justice climatique, pour construire des alternatives locales et globales au modèle productiviste responsable de la crise climatique. (2)
Etat des lieux des émissions
On se souvient que le sommet de l'ONU sur l'environnement s'est achevé à Cancùn sur un accord modeste mais réel. Les scientifiques du Giec affirment toujours qu'il faudrait réduire de 25 à 40% nos émissions de GES pour espérer contenir la hausse des températures en dessous de 3 à 5° C. Les mesures évoquées à Copenhague et espérées après Cancùn ne permettront d'atteindre qu'environ 15% à l'horizon 2020. Nous n'échapperons pas au changement climatique, annonçait le climatologue français Hervé Le Treut. Malgré la crise, les émissions mondiales de CO2 ont augmenté de 6% en 2010 par rapport à 2009, selon les chiffres du ministère américain de l'Energie, qui relèvent une hausse particulièrement forte enregistrée aux Etats-Unis, en Chine et en Inde. Principales responsables des gaz à effet de serre, les émissions de CO2 sont passées de 8,6 milliards de tonnes en 2009 à 9,1 milliards en 2010, représentant la plus forte augmentation annuelle jamais enregistrée.
Alors que les spécialistes s'accordent pour fixer la limite tolérable du réchauffement climatique à 2°C, une nouvelle étude publiée par la revue Nature fin octobre révèle qu'il serait déjà trop tard pour tenter de contenir le réchauffement en deçà de cette limite. Maintenir le réchauffement de la planète en dessous d'une limite fixée à 2°C, un voeu pieux pour les auteurs d'une nouvelle étude publiée dans la revue Nature. Les scientifiques auteurs de cette étude ont envisagé plusieurs scénarios, et «parmi les scénarios qui permettraient de rester en dessous de 2°C avec une probabilité supérieure à 66%, les émissions devraient connaître un pic entre 2010 et 2020 et descendre à 44 gigatonnes d'équivalent CO2 en 2020 (alors que l'on était à environ 48 en 2010)». Pour aboutir à un tel résultat, il serait alors nécessaire d'abaisser les émissions de CO2 de 8,5% par rapport à 2010 alors que ces mêmes émissions continuent de croître d'année en année. Ainsi, entre 2009 et 2010, une augmentation record a même été enregistrée par le ministère américain de l'Energie, avec 500 millions de tonnes supplémentaires émises. Ainsi, alors que les Etats tentent de s'entendre pour limiter le réchauffement climatique à 2°C lors de grandes conférences internationales, comme Cancùn l'année dernière, la baisse des émissions nécessaire pour parvenir à rester sous ce seuil serait impossible à atteindre.(3)
Au contraire, et malgré les sommets internationaux, les mobilisations écologistes, les objectifs annoncés aux quatre coins du monde, le réchauffement se poursuit à un rythme accéléré sur la planète. Selon une étude publiée mardi par PriceWaterhouseCoopers, les émissions en CO2 ont encore progressé en 2010. Pour l'Agence internationale de l'énergie, sans actions concrètes engagées par les principaux pays émetteurs de CO2 d'ici 2017, la hausse moyenne de la température dans le monde dépassera les 2° d'ici 2050, un objectif visé par la communauté internationale. L'AIE anticipe une hausse moyenne de 20% des émissions globales de CO2 d'ici 2035, qui aurait pour conséquence une hausse de 3,5° d'ici 2050.(4)
Pour Jean-Paul Maréchal, ce sont la Chine et les Etats-Unis. «0n peut dire que le «G2» a pris de l'importance il y a environ 3 ans à partir du moment où la Chine est devenue la 3e puis la 2e économie mondiale tandis qu'elle devenait parallèlement le 1er émetteur mondial de gaz à effet de serre (devant les Etats-Unis) et que l'on commençait à prévoir la suite du Protocole de Kyoto arrivant à expiration en 2012.(...) On aurait tort d'en déduire que les Américains et les Chinois ne font rien pour réduire leur propre pollution. Les dirigeants chinois sont conscients du problème de pollution, notamment atmosphérique. (...) L'amélioration prévue de leur intensité énergétique[ les Chinois Ndlr]
(-17% d'ici 2015) est sans commune mesure avec l'augmentation de leur PIB (multiplié par 4 d'ici 20 ans). Or, ce qui a un impact sur le climat, c'est le rejet de CO2 en volume. Quant aux Etats-Unis, on voit aussi se dessiner ce que certains appellent le «fédéralisme climatique», avec la mise en place de mesures d'efficacité énergétique ou de réduction d'émissions dans de grandes municipalités comme New York ou des Etats comme la Californie mais aussi l'Arizona. (..) Le marché des technologies vertes est en pleine expansion. Voyant l'avancée des Chinois dans l'éolien et le photovoltaïque, les Américains ont décidé de réagir. En 2008, Barack Obama consacre ainsi 100 des 787 milliards de dollars aux technologies vertes dans son plan de relance et il insiste de nouveau sur la question dans son discours de l'Union en 2011. (..)(5)
L'apport des pays émergents
D'où viendrait le salut? Tous les avis convergent pour dire que les pays émergents font le plus grand effort. Ce fut la grande surprise du rapport du Programme des Nations unies pour l'environnement (Pnue) sur les énergies renouvelables publié en juillet 2011: pour la première fois, les investissements dans les projets éoliens, solaires, hydrauliques ou géothermiques ont été plus importants en 2010 dans les pays du Sud que dans le Nord industrialisé. (...) L'environnement et la sécurité alimentaire sont deux des huit préoccupations principales des Chinois. Le risque du changement climatique n'est pas nié en Chine. De violentes sécheresses ont été constatées ces dernières années. La ressource en eau est un souci majeur, notamment pour les agriculteurs. «Dans le douzième plan quinquennal de 2011 à 2016, la volonté politique est évidente et sans ambiguïté: les Chinois veulent développer le bâtiment vert en neuf et en existant». Le onzième plan quinquennal avait pour objectif de réduire de 20% l'intensité énergétique. Objectif presque atteint. Les 1000 plus grandes entreprises publiques devaient améliorer leur efficacité énergétique. Pour le douzième plan, il s'agit d'améliorer l'intensité énergétique de 16% et de baisser de 17% l'intensité carbone. Les progrès sont réels. Même si, dans l'absolu, les émissions continuent d'augmenter en raison du rythme de la croissance économique chinoise.
La croissance verte est une opportunité pour l'industrie chinoise. Avec trois priorités: les véhicules électriques, les batteries et le solaire photovoltaïque. Un tiers de la production mondiale de panneaux solaires vient ainsi des usines chinoises. La société californienne Applied Materials, a son centre de recherche en Chine. Et pour leur propre production d'énergie, les Chinois misent sur l'éolien, dont le coût peut concurrencer le charbon et le gaz. «La Chine a un plan très ambitieux, souligne Suzanne Senellart, qui représente la moitié des installations d'éoliennes dans le monde.» (6)
Parmi les autres pays, l'Inde enregistre de fortes progressions, notamment dans l'éolien, même si elle part de beaucoup plus loin. Le Pakistan et la Thaïlande ont multiplié respectivement par trois et quatre leurs investissements dans ce domaine. Grâce aux énergies renouvelables, la Corée du Sud s'est donné comme objectif une réduction de 30% de ses émissions de gaz à effet de serre d'ici à 2030. Au Mexique - qui a pris la tête des pays d'Amérique latine -, les investissements dans les fermes éoliennes et en géothermie ont fait un bond de 350% entre 2009 et 2010. Le Brésil produit pratiquement la totalité de l'éthanol fabriqué à partir de sucre dans le monde et a investi dans de nouvelles centrales hydrauliques. On voit même l'Afrique décoller, grâce notamment à deux gros projets de fermes solaires en Égypte et à une installation de géothermie au Kenya. «Au-delà des grands projets industriels, une autre tendance apparaît, certes plus modeste en termes financiers, mais avec un fort enjeu pour l'avenir», note le Pnue. C'est l'usage ponctuel d'énergies propres pour répondre aux besoins des populations - qui, aujourd'hui, n'ont pas accès à l'électricité - pour s'éclairer, cuisiner ou encore irriguer. Ainsi 30.000 systèmes solaires sont vendus chaque mois au Bangladesh. Quarante millions de cuisinières au biogaz sont installées en Chine aujourd'hui... et 8000 pompes solaires sont utilisées en Inde pour l'irrigation. (7)
Près de 50% des panneaux solaires installés en Californie sont chinois. Est-il économiquement viable de fabriquer des panneaux solaires en Algérie si on sait aussi que l'essentiel du silicium polycristallin vient de Chine? C'est à tout cela que devrait répondre un modèle énergétique que nous appelons, encore une fois, de nos voeux.
S'agissant de Durban, il est indispensable que les grands pays arrivent à des minimas contraignants, les 2e C n'étant plus tenable, il y va de l'avenir des pays du Sud qui auront à payer une note climatique, résultat de l'ébriété énergétique et frénétique des pays du Nord. Il faut, comme le clamait à Cancun, Felipe Calderon, prendre le contrôle de l'avion Terre!
1. http://www.novethic.fr/novethic/ecologie,environnement,rechauffement_climatique,le_sommet_durban_permettra_il_relancer_negociations_internationales,136012.jsp?utm_source=newsletter&utm_medium=Email&utm_content=novethicInfo&newsletter=ok 25-11-2011
2. Attac:Durban: face à l'emballement climatique et l'inaction gouvernementale,
Occupy COP-17! 24 11 2011
3.http://www.enviro2b.com/2011/11/07/rechauffement-climatique-rester-sous-les-2%C2%B0c-un-voeu-pieux/
4. Rédaction Vers une hausse de 3,5° d'ici 2050 Enviro2B le 10/11/11
5. http://www.novethic.fr/novethic/ecologie,environnement,rechauffement_climatique,le_climat_est_pris_en_otage_par_g2_chine_etats_unis,135967.jsp?utm_source=newsletter&utm_medium=Email&utm_content=novethicInfo&newsletter=ok
6. http://www.la-croix.com/Actualite/S-informer/Planete/La-Chine-se-lance-a-fond-dans-l-economie-verte-_EG_-2011-11-25-740320
7. http://www.la-croix.com/Actualite/S-informer/Planete/Les-pays-emergents-l-avenir-des-energies-renouvelables-_EG_-2011-11-25-740300

- LE PRÉSIDENT FRANÇAIS EN VISITE SURPRISE EN AFGHANISTAN
Hollande, pour un retrait «ordonné et coordonné» - GUERRE DE TRANCHÉES AU SEIN DU FLN POUR LA PRÉSIDENCE DE L'APN
Deux hommes pour un fauteuil - LES DEUX PRÉSIDENTS VONT SE RENCONTRER BIENTÔT
Bouteflika et Hollande prônent un partenariat d'exception - PROJET DE RETRAIT DE LA POLICE DES STADES
Que vise le général Hamel? - AGRESSION CONTRE LE PRÉSIDENT MALIEN
Trois responsables pro-putsch entendus







Réagir à cet article