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LE DÉVELOPPEMENT DURABLE EN ALGÉRIE

Une transition multidimensionnelle nécessaire

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Le siège de Sonatrach où s'est tenue la conférenceLe siège de Sonatrach où s'est tenue la conférence

«Quand l'homme aura fait tomber le dernier arbre, contaminé le dernier ruisseau, pêché le dernier poisson, il s'apercevra que l'argent n'est pas comestible!» Proverbe indien

Le 16 avril 2013 a eu lieu au centre de conférences de Sonatrach la 17e Journée de l'énergie. C'est une triple symbolique: celle du savoir de Youm el'Ilm, que nous commémorons chaque année dans les faits. C'est aussi le thème choisi: «Le développement durable de l'Algérie: une feuille de route à 2030.» Les élèves ingénieurs de quatrième année de l'Ecole polytechnique d'Alger se sont emparés d'un sujet éminemment important pour le pays. C'est enfin, la symbolique du lieu: Sonatrach. L'Ecole, ses élèves ingénieurs, ses enseignants mais aussi les experts qu'elle a invités, est venue fêter in situ l'anniversaire de l'aventure fabuleuse de Sonatrach, une compagnie sur laquelle les majors de l'époque, Exxon, Shell, BP, n'auraient pas parié un kopeck, tant le défi de l'Algérie était immense, s'opposer aux majors en créant son propre outil de développement au lieu de se confier pieds et poings liés au cartel.
Cette 17e Journée a été rehaussée, outre la présence d'experts, par la présence de M. le Dr Rachid Benaïssa qui, dans une petite intervention, a tenu a rappeler les défis de l'Algérie dans le domaine de l'agriculture, les nécessaires mutations qui préservent à la fois l'écosystème, mais aussi qui sont sobres en énergie et en eau. M. Mohamed Seghir Babès a tenu à rappeler les grands défis de la planète du point de vue de l'environnement, notamment ce qui a été débattu à Rio +20, mais aussi la nécessité pour le pays de s'inscrire dans cette démarche de mutation mondiale et de se préparer à cela. Les deux orateurs ont tenu à féliciter les élèves ingénieurs pour leur effort, eux qui auront en main la destinée de ce pays dans les prochaines décennies.
M.Abdelmadjid Zerguine, président-directeur général de Sonatrach, a tenu à féliciter les élèves ingénieurs pour leur effort pour s'instruire et a insisté sur les défis qu'a à relever la compagnie nationale. Pour cela, elle compte sur la compétence d'où la nécessité pour l'entreprise Sonatrach de recruter les Algériennes et Algériens sur des critères de compétence universels.
Comme de tradition, le message des élèves ingénieurs a été lu par l'un d'entre eux, il portait cette année sur la nécessité d'aller vers le développement durable et sur le fait que la compagnie nationale devra être l'un des fers de lance de la stratégie du pays. Les différents intervenants des secteurs, de l'agriculture avec la conférence remarquable du Pr Farid Chehat, directeur général de l'Inra qui, dans un exposé pédagogique, a tenu à planter le décor du futur, de la nécessité pour l'agriculture algérienne de se moderniser en revendiquant les techniques respectueuses de l'environnement, sobres en eau et qui tournent le dos aux engrais chimiques qui ont un côté très négatif. Là encore, la formation des hommes est une condition sine qua none pour la maîtrise des techniques.
Les experts des autres départements ministériels des ressources en eau ont montré que l'Algérie dispose de réels potentiels, à l'instar du travail remarquable et qui se ressent dans la vie de tous les jours concernant la disponibilité de l'eau, M.Abdelwahab, directeur central a tenu à rappeler que l'Algérie aura, malgré toutes ses réalisations, un déficit structurel en ressources hydriques. M.Aït Abdallah a tenu à présenter les efforts actuels concernant les transports avec, là aussi, les défis prévisibles et la façon dont son département compte s'y atteler pour les résoudre. Enfin, le représentant de M. le ministre de l'Aménagement du territoire et de l'Environnement a tenu là aussi à énumérer les actions entreprises pour lutter contre les changements climatiques.
Il est indéniable, que les secteurs ministériels font chacun ce qu'ils peuvent pour améliorer le quotidien du citoyen. Cependant, devant les défis du futur, en eau, énergie, en perturbation de l'environnement et en dépendance alimentaire, compte non tenu des autres secteurs, le pays gagnerait à mettre en place une stratégie pour le développement durable de l'Algérie avec une synergie des actions. Cette stratégie doit nécessairement faire participer les citoyens qui sont appelés à appliquer sur le terrain les actions du développement durable

Nécessité d'une stratégie énergétique multisectorielle
C'est le sens de mon intervention sur «Le développement durable de l'Algérie une feuille de route à 2030». J'ai tenu à rappeler les grands enjeux mondiaux de l'énergie, de l'eau, des perturbations climatiques tout en décrivant 2030 et les stratégies des «autres». J'ai tenu a rappeler que nous sommes un petit pays, moins de 1% pour les réserves de pétrole, 3% pour les réserves de gaz Qu'en est-il des gaz de schiste? Une communication faite par les élèves ingénieurs a rappelé les termes du débat actuel. Les réserves seraient de 7000 milliards de m3. La technologie n'est pas mature. Les dangers connus, fracturation, tremblement de terre, produits chimiques, 12.000 m3 d'eau potable par puits (stress hydrique). Dégâts de l'environnement. Pour l'Algérie, le gaz de schiste est un stock, une «banque» pour les générations futures. Mauvais signal donné, incite à la paresse (on compte sur la rente)...
Nous avons insisté dans notre intervention sur la responsabilité collective de tous les secteurs. La feuille de route à mettre en place pour tracer les contours de cette stratégie énergétique doit reposer avant tout sur un état des lieux sans complaisance. Il faut une stratégie énergétique basée sur des états généraux qui doivent aboutir à un modèle énergétique flexible, un bouquet énergétique qui mise sur les économies d'énergie, les énergies renouvelables et la réalité des prix. Chaque calorie exportée devrait correspondre aussi à l'acquisition d'un savoir-faire. «Il nous faut aller vers les économies d'énergie et le développement durable. Il est nécessaire de développer à marche forcée les énergies renouvelables, solaire, éolien, biomasse, géothermie avec 200 sources, petite hydraulique.»
Nous devons pour ce faire aller vers des états généraux de l'énergie en réunissant tous les acteurs ayant une relation avec l'énergie l'eau, les transports, l'agriculture, l'industrie, l'habitat, le système éducatif dans son ensemble. Le meilleur gisement étant celui des économies d'énergie (au moins 25%). Il sera nécessaire d'évaluer chaque énergie renouvelable et faire en sorte qu'une calorie exportée servira aussi à la mise en place d'une calorie renouvelable dans le pays. Le gaz de schiste est l'affaire de la génération de 2030, son heure viendra quand la technologie sera mature.

La vérité des prix: une condition nécessaire pour moraliser la consommation
Enfin. Le ministère du Commerce devrait freiner l'achat d'équipements énergivores (le bazar, aussi bien dans l'électroménager, la climatisation que dans l'achat de véhicules à plus de 120 g de CO2/km). Comment favoriser le GPL et le GNC? Cette stratégie énergétique aura aussi à se penser sur la vérité des prix seul levier important pour freiner le gaspillage. Il faut naturellement tenir compte des classes à faibles revenus et moduler les prix de l'énergie et de l'eau. Nous sommes l'un des rares pays où l'essence est bradée (8 fois moins qu'en Europe, quatre fois moins qu'au Maroc, et en Tunisie, pourtant faibles économiquement), où le kWh à 3 DA est en moyenne quatre fois moins cher qu'ailleurs. Enfin, il faut savoir qu'une bouteille d'eau minérale que le citoyen paye à 25 DA c'est l'équivalent de 5 m3 dans un pays en stress hydrique!
Pour être durable, l'agriculture doit respecter quelques principes: la conservation du sol, la conservation des ressources en eau, la conservation des ressources génétiques et de la biodiversité; l'aménagement durable des pâturages naturels; la lutte contre la désertification. Peut être une réévaluation du Barrage vert s'impose. Conforter le Pnda par ces mesures

Quelques possibilités dans le cadre de la valorisation des potentiels énergétiques disponibles
Les Algériens ont perdu le sens de l'économie, la disponibilité excessive de tout,stérilise toute recherche tendant à éviter le gaspillage; l'Algérien de 2013 pense que tout lui est dû. Il est vrai que les scandales en tout genre qui portent sur des sommes colossales lui donnent la conviction que tout est pourri, que c'est le sauve-qui-peut, qu'il faut revendiquer «sa part de la rente», au besoin de façon brutale d'autant que le pouvoir, dos au mur cède et gère par le carnet de chèques. Les distributions étant directement proportionnelles à la capacité de nuisance. Nous ne verrons pas de cadres moyens s'amuser à brûler un pneu pour avoir un logement. Résultat des courses, ils seront des variables d'ajustement
S'agissant du concept «Heure d'été -heure d'hiver». Dans les pays développés, on fait la «chasse au gaspi» Un simple calcul permet d'avoir une idée du gain. Un logement peut épargner pour deux lampes pendant une heure l'équivalent de 100 Wh soit 3,6 kWh dans l'année Pour les cinq millions de logements, c'est un gain de 18 millions de kWh ou encore, c'est l'équivalent de 15.000 tonnes de pétrole ou encore 10 millions de dollars de quoi retaper les laboratoires des universités. En France, c'est un gain de 400 MW!

Le potentiel énergétique des décharges
Il nous faut compter le moindre centime et rompre avec le gaspillage. Nous «produisons», 12 millions de tonnes de décharges. Les décharges sont des trésors si on sait y faire! On y trouve pour 60% de matières organiques qui donnent par fermentation du biogaz constitué de méthane (50-60%). Les 40% de la décharge contiennent des produits pratiquement tous recyclables (verre, plastique, papier, métaux). Il faut savoir quun million de tonnes de déchets produit suffisamment de gaz pour faire marcher un moteur à gaz (1 MW) pendant 20 ans. 1 tonne de déchets peut produire 150 - 250 m3 qui peut même être converti, en électricité. Les élèves ingénieurs ont calculé que le gain peut atteindre 800 millions d'euros si toutes les décharges étaient exploitées rationnellement.
Les biofuels: Une manne à exploiter. Les biofuels (bioethanol et bio diesel) à partir des résidus de dattes et des grignons d'olive, sans compter les plantes telles que l'alfa, peuvent constituer un appoint à la demande en carburant. Ce type de carburant doit être encouragé.
Par ailleurs, cessons de faire dans le gigantismes, nous aurons de moins en moins de moyens. Au Maroc, des retenues collinaires, fruits d'une expérience séculaire permettent aux paysans de retenir l'eau. De plus, les petites centrales hydro-électriques (PCH) sont des centrales hydrauliques dont la puissance est inférieure à 10 mégawatts. Ces installations fonctionnent le plus souvent au fil de l'eau, sans barrage de retenue. Nous devons aussi étudier la faisabilité hydro-électrique avec toutes les possibilités.
Il en est de même justement de la récupération de l'eau de pluie. Nos aînés récupéraient l'eau de pluie au nom de l'autosuffisance. Si on compte seulement 1 million de logements avec une surface de 100 m2 et une pluviométrie de 800l/m2 dans l'année. Avec une récupération à 50%. C'est au total 80 millions de m3 (près de 10%) de l'eau nécessaire à l'approvisionnement des habitants. En Europe, c'est un gain de 80 millions, d'euros en Algérie (20 fois moins)! Nous sommes un pays en stress qui sera de plus en plus vulnérable. Economisons. De plus, il y a toute une industrie des systèmes simples à
mettre en place pour collecter l'eau.
Dans le même ordre, le coût des embouteillages fait que la somme perdue chaque année par les automobilistes dans les embouteillages peut être chiffrée (en France c'est = 900 euros). Le coût du carburant, en estimant que 0,5 litre d'essence est perdu à chaque heure passée dans les bouchons. On peut penser que dans les grandes villes du pays on perd en moyenne une heure /jour. C'est au total près de 100 litres d'essence/an pour le million de voitures soit l'équivalent de 80.000 tonnes dont le coût réel avoisine les 80 millions de dollars.
La croissance infinie dans un monde fini est une équation intenable. La Terre est un équilibre: les éléments qui la composent (faune, flore, minéraux, eau, etc.) forment un tout indissociable et interdépendant. Nous vivons au-dessus des moyens de la planète, détruisant ainsi les équilibres naturels et mettant en péril les services rendus par les écosystèmes. Performance économique, équité sociale, respect de l'environnement et exigence démocratique ne sont pas incompatibles. Ce sont les quatre piliers du «développement durable», ou devrait-on dire, d'un «développement humainement soutenable».
Le mode de vie actuel dans les pays développés n'est pas soutenable. On ne peut pas continuer à 8 tep/hab/an pendant que des Somaliens sont à 200 kg! Toutes les guerres du monde ne pourront pas faire augmenter les réserves de pétrole qui sont un invariant. Les accaparer en ruinant des pays, en apportant le malheur à des peuples, en rayant de la carte des civilisations, ne peut amener qu'un sursis. L'alternative est dans la sobriété, le changement de rythme, la décroissance qui suggère un changement de valeur: ne pas stigmatiser la lenteur, ne pas s'éblouir de la nouveauté, ne pas faire dans le mimétisme ravageur de l'Occident; rouler en 4x4, un portable vissé à l'oreille, se chausser de Nike, ce n'est pas cela le développement. Cela devrai être d'après nous une autre révolution dans cinquante ans, maintenant que nous avons «mangé notre pain blanc» de l'aura de la révolution, et consommé immodérément une ressources fossile sur le déclin. Il ne nous reste qu'à tourner le dos, à savoir chercher localement ses loisirs, ses plaisirs, remplir ses journées avec des activités saines qui suivent le rythme des sols, des plantes... renouer le dialogue avec la Nature en la respectant. Penser global et agir local. Tournons le dos à l'ébriété énergétique, consommons vert. Il faut donner une seconde vie aux choses en résistant à la tentation de changer tout le temps pour «être à la page», retrouver le temps des saisons, le goût de la consommation des productions de sa région au lieu d'importer à prix d'or des fruits hors saison à qui ont payé le voyage, à la fois en devises, mais aussi en CO2. Nous n'hypothèquerons pas l'avenir des générations futures en leur laissant une planète vivante.
Avec des convictions, de l'inventivité et de la persévérance, nous pouvons faire des choses formidables. Nos visions peuvent être réalisées, nos problèmes peuvent être résolus. Nous pouvons changer le monde de l'énergie. La formation des hommes est, de ce fait, déterminante dans la prise de conscience que le futur se forge ici et maintenant. C'est là tout le défi que nous avons à relever. Changer maintenant, c'est éviter de subir demain, c'est préparer l'avenir des générations futures en donnant du sens au développement durable. L'éco-citoyenneté est un combat qui commence à l'école et se poursuit par la suite dans la vie de tous les jours de chacun d'entre nous. Nous n'avons pas le choix. Nous devons réussir ou disparaître pour devenir une zone grise à l'instar de la Somalie..Ne le perdons pas!

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