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LES SCHISMES DANS L'EGLISE

Prélude à une réconciliation définitive entre les hommes?

Par
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Le pape François et le chef de l'Eglise russeLe pape François et le chef de l'Eglise russe

«Le pape Jean-Paul II, parlant de l'unité de l'Église, aimait rappeler la métaphore du poète et penseur russe Viatcheslav Ivanov sur la nécessité pour la chrétienté de respirer à deux poumons: oriental et occidental.» (2)

L'histoire du christianisme est faite de schismes. Le premier l'avait coupé dit-on, de ses racines juives. Le deuxième eut lieu aux premiers âges de l'Eglise dans cette Eglise d'Afrique dont on dit qu'elle fut apostolique entière et où s'affrontaient deux visions du sacerdoce, celui adossé à l'Empire et au décorum et celui dépouillé qui privilégie le dénuement, la proximité du peuple et l'élection du meilleur pour diriger les fidèles. Ce sera le schisme donatiste.

Le donatisme et l'Eglise un schisme avant le grand schisme
Beaucoup d'écrits existent concernant ce fameux schisme de 1054, mais sait-on qu'il y eut un schisme dès 315? Pour faire court il opposa des religieux berbères de l'Eglise d'Afrique en l'occurrence Augustin et Donat Le donatisme et saint Augustin ou la défense de l'Unité. Sous la plume de l'abbé Le Pivain dont nous soupçonnons le parti pris pour l'Eglise «officielle», nous lisons: «Le donatisme prit naissance en 311/312 à l'occasion de la succession de l'évêque de Carthage, Mensurius. Son successeur, Cecilianus, élu en 309 par le clergé de Carthage, reçut l'imposition des mains de Felix d'Abtungi au lieu de Secundus de Tigisi qui, en tant que primat de la province de Numidie, estimait devoir présider la consécration épiscopale de l'évêque de Carthage. (1) Nous voyons là les premières compromissions de l'Eglise, ce n'est pas le plus méritant qui doit présider à guider les fidèles.
«À cela s'ajoute une évolution dans l'Empire poursuit l'auteur avec l'arrivée de Constantin. Sous son règne, l'Église sortit de la persécution pour devenir progressivement religion d'État. L'attitude romaine face à Cyprien et à Firminin de Césarée de ne pas faire dépendre la valeur du baptême de la dignité du ministre fut reconnue légitime. (...) Les donatistes refusèrent ces mesures et Donat évêque [de Baghaï (Wilaya de Khenchela Algérie), ndR] organisa en Afrique une église parallèle. Un premier édit de persécution de 317 fut cause de grandes violences contre les donatistes. Il fut suivi d'un édit de tolérance en 321 qui permit leur développement sous l'impulsion de Donat (évêque de 313 à 350) et de Parménien son successeur (362-393). L'année 393 constitue un tournant pour le donatisme. D'une part, leurs extrémistes n'hésitent pas à user de violence (...) Optat de Timgad qui faisait régner la terreur avec les circoncellions fut mis à mort en 398. (..;)» (1)
Nous voyons là encore, le parti pris de l'auteur qui accuse les donatistes - cette église des pauvres et des sans-grade de s'être ligués avec les circoncellions (qui rodent autour des fermes) c'est-à-dire des «révolutionnaires» contre l'ordre romain établi. L'auteur poursuit: «Le concile de Carthage, réuni en septembre 401, décida donc d'employer la méthode persuasive.(...)
Lorsque la politique impériale publia à nouveau un édit de tolérance, laissant à chacun la liberté de suivre le «culte chrétien» qu'il veut (en 410), l'épiscopat catholique s'en émut» (1) Nous le voyons encore une fois, il ne fallait pas qu'il y ait de dissension: «Un concile eut lieu à Carthage et dans l'attente de la conférence, qui devait être réunie au 19 mai, toute poursuite contre les schismatiques devait être arrêtée. (...) L'argumentaire catholique, n'eut aucun mal à l'emporter devant l'incohérence donatiste. (...) Il en résulta un édit d'union le 30 janvier 412 qui mettait officiellement fin au schisme donatiste. (...) Plus délicate est la question du recours au pouvoir civil pour réprimer l'hérésie. Les donatistes accusent les catholiques de recourir contre eux par la persécution violente. (...) Augustin était pour une application douce et s'opposa toujours à la peine de mort (...) Il y eut cependant chez lui une évolution allant vers un durcissement de sa position en ce domaine (...) Il ne pouvait reconnaître la liberté de conscience en matière religieuse comme en aucune matière, puisque la liberté ne consiste pas à s'affranchir de la vérité qui en est la source (..)» (1)
Le donatisme ne disparut pas. On dit qu'il y eut des églises donatistes plus tard au Maghreb.

Le grand schisme entre l'Orient et l'Occident
Dans la contribution suivante, nous voulons tracer à grands traits les causes du schisme vu du côté orthodoxe sous la plume de l'archevêque Hilarion de Volokolamsk nous lisons: Les deux mille ans de l'histoire du christianisme sont remplis d'événements qui ont déterminé la vie non seulement de l'Église du Christ, mais aussi celle des civilisations et des peuples tout entiers. Indubitablement, l'un d'entre eux est la séparation entre les Églises d'Orient et d'Occident, datée traditionnellement de 1054. Les origines de ce conflit remontent aux différences rituelles entre les Églises en Occident et en Orient. (...) L'une des causes immédiates de cette rupture fut la décision du patriarche de Constantinople Michel Cérullaire (1043-1058) de fermer à Constantinople les églises et monastères du rite latin qui célébraient l'Eucharistie avec le pain azyme. (..) Pour résoudre cette situation, le pape Léon IX (1049-1054) dépêcha à Constantinople des légats avec à leur tête le cardinal Humbert. Le pape décéda pendant le voyage de ses légats qui ainsi perdaient automatiquement leurs pleins pouvoirs. Pour cette raison, l'anathème du patriarche Michel Cérullaire et de ceux qui le suivent, proclamé dans la bulle déposée par le cardinal Humbert le 15 juillet 1054 sur l'autel de Sainte-Sophie, n'avait aucune force canonique. Par ailleurs, l'anathème prononcé en réponse par le patriarche de Constantinople et les évêques de son synode ne concernait que les légats de l'Église de Rome à titre personnel.» (2)
«Cependant, il devint clair que les tensions entre les légats du pape et le patriarche Michel Cérullaire étaient la manifestation de contradictions et de divergences plus complexes, accumulées au cours des siècles précédents. Le sac de Constantinople par l'armée des croisés en 1204 a démontré que les chevaliers latins ne considéraient plus les Grecs comme leurs frères dans la foi et a parachevé la division. (...) Dans le domaine de l'ecclésiologie, l'esprit du droit romain et la théorie de saint Augustin sur la lutte permanente entre deux cités - céleste et terrestre, de l'Église et de l'État - ont contribué à une représentation trop juridique de la nature de l'Église et de l'autorité ecclésiale en Occident. L'évêque de Rome n'y était plus perçu comme le premier parmi les autres patriarches qui lui sont égaux et qui, ensemble, représentent l'Église universelle, mais comme le souverain pontife de toute l'Église et le vicaire du Christ dont le pouvoir s'étend sur les autres patriarches et les autorités civiles.» (2)
Nous retrouvons là la cause réelle de la rupture comme ce fut le cas entre la vision de Donat et celle d'Augustin deux évêques maghrébins Nous lisons: «En Orient, le principe de collégialité ou de conciliarité dominait: il trouvait son application dans les conciles oecuméniques. En Occident, en revanche, le principe monarchique a pris progressivement le dessus dans l'organisation de l'Église. Les tentatives suivantes de réconciliation entre l'Église romaine et les Églises orientales n'ont pas eu de succès dans la mesure où le siège de Rome exigeait leur soumission à l'autorité du Pape (...) Le dialogue au sens propre du terme entre les deux Églises a commencé avec les réformes du concile Vatican II (1962 - 1965), qui a marqué un changement de principe dans la vision qu'à l'Église catholique de ses rapports avec les chrétiens d'autres Églises. Dans les relations avec les orthodoxes, l'Église romaine n'appelle plus au «retour» au sein de «l'Église-Mère», mais à un dialogue d'égal en égal. L'Église orthodoxe russe a même envoyé les observateurs au concile Vatican II. Sa clôture a été marquée par un acte profondément symbolique - la levée réciproque des anathèmes de 1054, célébrée simultanément par le pape Paul VI à la basilique Saint-Pierre de Rome et le patriarche Athénagoras de Constantinople au Phanar le 7 décembre 1965 (...) Les orthodoxes et les catholiques doivent aujourd'hui répondre à la question suivante: sans avoir retrouvé la pleine communion eucharistique, pouvons-nous apprendre à agir comme une seule structure face au monde contemporain? «(2)
Parlant du schisme de 1054, Henri Tinq écrit:» Ce matin du 16 juillet, à Constantinople- «la nouvelle Rome»-, les clercs et les fidèles se pressent pour la liturgie à Sainte-Sophie. Trois hommes -l'impétueux cardinal Humbert de Moyen-Moutier, l'évêque Pierre d'Amalfi et le chancelier Frédéric de Lorraine- font leur entrée dans le sanctuaire, se présentent comme les légats du pape Léon IX (qui vient de mourir) et déposent solennellement sur l'autel, face à une assistance médusée, une bulle d'excommunication: «Nous, donc ne pouvons supporter les injures inouïes et les outrages adressés au Saint Siège, remarquons que la foi catholique est en ceci notoirement atteinte, nous signons l'anathème contre Michel Cérulaire et ses fauteurs, s'ils ne venaient pas à résipiscence». Dans un geste biblique, ils secouent la poussière de leurs sandales, proclament «Que Dieu voit et juge!» et tournent les talons».Le patriarche d'Orient Michel Cérulaire brave le pape, en toute hâte, il convoque un concile d'une vingtaine d'évêques et à son tour, il excommunie ceux qui ont «rédigé» ou «inspiré», la «charte impie». La rupture est scellée, l'Empire chrétien de Constantin vient de se briser. A la base de cette rupture, c'est la querelle dogmatique sur la question du Saint -Esprit; l'affaire du «filioque» Les anathèmes de sainte-Sophie - qui ne seront levés que neuf siècles plus tard en 1965 par le Pape Paul VI et le patriarche Athénagoras.» (3)
«Cette stratification de la haine devait naturellement aboutir à l'affrontement. Lors de la quatrième Croisade, les Croisés envahissent la capitale byzantine; le 12 avril 1204, Constantinople est en flammes. Pendant quatre jours, pillages et exactions servent d'exutoire à près de deux siècles de haine accumulée par les Latins contre les Grecs... Leurs églises, leurs couvents sont saccagés, leurs autels, outragés et profanés. Ecoutons le témoignage de Jean Masaritès métropolite d'Ephèse: Ils (les Croisés) proféraient blasphèmes et insanités, arrachaient les enfants à leurs mères, violaient sans honte les vierges dans les églises consacrées, ils massacraient les nouveau-nés, tuaient les femmes tempérantes, dénudaient les femmes âgées et les outrageaient.(..) on traînait les gens comme des moutons pour leur trancher la tête.»(3)

La rencontre du pape et du patriarche
Alain Crevier écrit à ce propos: «À l'époque déjà, les orthodoxes trouvaient que la personne du pape avait terriblement tendance à vouloir occuper tout l'espace. Avec obéissance en prime! (...) Bien des choses ont changé. Ce pape François n'est pas comme les autres. Il ne se dit jamais pape, justement. Il se dit d'abord pécheur et puis évêque de Rome. (..) Il voudrait que l'Église retrouve sa mission première, plus proche des pauvres, plus humble, plus missionnaire et plus collégiale! (...) Je ne dis pas que tous les Russes sont de retour à la messe. L'Église orthodoxe de Russie n'est plus menacée. Elle a même développé de forts liens d'amitié avec le Kremlin, ou du moins avec Poutine. (...) Après d'intenses négociations, il fallait trouver un terrain neutre. (...) Ces deux hommes ont une cause en commun. C'est la tragédie des chrétiens du Moyen-Orient qui sont ciblés, assassinés, pourchassés et en fuite. La Terre sainte qui fut jadis chrétienne ne l'est plus. Une déclaration commune n'arrêtera pas la guerre. Mais c'est le symbole le plus puissant qu'ils peuvent offrir au monde.» (4)
A l'issue de leur conversation, ils ont signé une déclaration commune (...)Celle-ci comporte un appel pressant en défense des chrétiens d'Orient, dont le sort actuel a été l'un des facteurs qui a poussé au rapprochement les chefs de ces deux Eglises chrétiennes qui se sont si longtemps tourné le dos. «Nous appelons la communauté internationale à des actions urgentes pour empêcher que se poursuive l'éviction des chrétiens du Proche-Orient» et à «mettre fin au terrorisme à l'aide d'actions communes, conjointes et coordonnées». Le patriarche de Moscou, qui a pleinement soutenu l'intervention militaire russe en Syrie, n'a de cesse de mettre en avant «le génocide des chrétiens au Moyen-Orient, en Afrique du Nord et centrale» et «dans de telles conditions, tout le monde comprend qu'il faut se soutenir les uns les autres». (...) A Rome comme à Moscou, cette rencontre est vue comme «le résultat d'un travail de vingt ans». La précédente tentative de rapprochement, en 1997, avait tourné court à l'initiative des orthodoxes russes, qui voyaient en Jean-Paul II un pape animé d'un dessein «politique» envers les pays de l'ancien bloc soviétique (...) «Nous ne sommes pas concurrents, mais frères, Il ne peut donc être question d'utiliser des moyens indus pour pousser des croyants à passer d'une Eglise à une autre.» (5)
«La déclaration revient sur la situation des chrétiens persécutés surtout au Proche et Moyen-Orient et Afrique du Nord: des chrétiens exterminés par familles et villages entiers, des églises détruites et pillées de façon barbare, des objets sacrés profanés, et évoquent l'exode massif qui a transformé l'Irak et la Syrie. Le pape et le patriarche de Moscou appellent la communauté internationale à trouver des actions urgentes pour faire cesser ces persécutions, mais l'invitent aussi à tout faire pour mettre fin au terrorisme et à trouver des solutions pour rétablir la paix. Après avoir signé chacun le texte, le pape et Cyrille ont prononcé à tour de rôle quelques paroles improvisées. «Nous nous sommes parlés comme des frères, nous avons le même baptême, nous sommes des évêques» a relevé François. (6)

Islam: la déclaration historique de Marrakech
Justement les deux chefs d'église parlent de la tolérance. Sont-ils au courant de la déclaration de Marrakech qui va dans le même sens? «300 responsables musulmans, venus de plus de 120 pays défendent publiquement les droits des minorités religieuses en terre d'Islam. L'initiative est historique. À l'issue d'une conférence internationale qui s'est tenue du 25 au 27 janvier derniers à Marrakech (Maroc), Dans la déclaration ils adoptent des mesures concrètes visant à protéger les droits de toutes «les minorités religieuses dans le monde islamique». Le texte s'appuie sur le modèle de la Charte de Médine [a Sahifah ndR] - sorte de contrat signé voici 1 400 ans entre les différents peuples et groupes religieux qui habitaient dans la région de Médine. Cette Charte de Médine, attribuée au prophète Mahomet lui-même, est considérée comme la première Constitution écrite de l'Histoire. Le document souligne que «la situation (des minorités religieuses) se détériore gravement dans différentes parties du monde islamique (...) en raison du recours à la violence et aux armes pour régler les différends et imposer des opinions». «Il est inacceptable que la religion soit utilisée pour porter atteinte aux droits des minorités religieuses établies dans les pays musulmans», Le document avertit contre «l'amnésie collective qui feint d'oublier les siècles de coexistence collective et de partage vécus sur un même sol». (7) Paix sur Terre à tous les hommes quelles que soient leurs espérances, les chrétiens comme les juifs comme les musulmans. C. E. C.
* Ecole nationale polytechnique

1.http://www.revue-kephas.org/03/4/LePivain21-36.html
2.http://www.egliserusse.eu/blogdiscussion/Le-grand- schisme-entre-l-Orient-et-l-Occident-point-de-vue-orthodoxe_a3796.html Vladimir Golovanow le 18 Juin 2014
3. Henri Tinq. L'Orient des confesseurs et des martyrs. Journal le Monde. 16 juillet 1999.
4. francois-pape-kirill-patriarche-rencontre-cuba-schisme.shtml
5.Alain Crevier http://ici.radio-canada.ca/nouvelles/international/2016/02/12/00
6.http://www.lemonde.fr/international/article/2016/02/13/le-pape-francois-a-cyrille-enfin-nous-nous-voyons_4864757_3210.html#
hKqgIvdX8HL84SQS.99
7. http://plumenclume.org/blog/89-islam-la-declaration-historique-de-marrakech

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