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LE CRÉPUSCULE DE LULA

Le mythe qu'on abat

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Un personnage haut en couleur, qui a eu plusieurs viesUn personnage haut en couleur, qui a eu plusieurs vies

«S'ils voulaient m'entendre, il fallait juste me convoquer et j'y allais. Je ne dois rien [à personne] et je ne crains pas» «qui ne doit rien, ne craint rien». Lula

Une information à la fois réjouissante: les grands de ce monde, doivent rendre compte. Elle est triste car il s'agit d'une icône dans son pays, en l'occurrence l'ancien président Lula da Silva appelé Lula. «Imaginez écrit Pepe Escobar, l'un des leaders politiques mondiaux les plus admirés de l'histoire moderne, appréhendé dans son appartement à six heures du matin par des agents armés de la police fédérale du Brésil et emmené de force à l'aéroport de Sao Paulo, dans une voiture banalisée, pour être interrogé pendant près de quatre heures dans le cadre d'un scandale de corruption impliquant la compagnie pétrolière d'État géante Petrobras pour des milliards de dollars.»
C'est par ces mots que l'on peut qualifier cette démonétisation que l'on pourrait prendre comme un acharnement contre un homme qui a tout donné à son pays, mais qui, dit-on, est rattrapé par la justice. Devant ce type de situation nous avons deux réflexions. La première est que le Brésil est devenu une démocratie et Lula y a contribué ayant pris la succession de Cardozo après l'époque des généraux. C'est merveilleux de constater qu'un juge est seul juge et qu'a priori il est impartial au point de ramener le ci-devant Lula, comme un citoyen lambda, au poste d'une façon que l'on pourrait dire quelque part irrespectueuse non pas au niveau du fond- Lula est justiciable comme chaque Brésilien- mais au niveau de la forme, c'est tout de même Lula, un président dont l'aura a dépassé le Brésil. C'est globalement la protestation de Lula lui-même qui pense qu'il aurait pu être traité d'une façon plus humaine.
Le procureur Carlos Fernando dos Santos Lima indique que Lula aurait reçu «beaucoup de faveurs» de grandes entreprises du bâtiment accusées dans cette affaire, notamment 30 millions de reais de dons et d'honoraires; le procureur affirme que sa fondation, l'Institut Lula, a été en grande partie financée par ces entreprises. Il est ensuite soupçonné de blanchiment d'argent et de falsification d'identité afin de dissimuler la possession d'un appartement sur le front de mer (1).

Qui est ce justiciable tout de même présumé innocent?
Parcours atypique de Lula, un personnage haut en couleur, qui a eu plusieurs vies. Luiz Inácio Lula da Silva né le 6 octobre 1945 est un homme politique brésilien élu président de la République fédérative du Brésil en 2002 et réélu avec plus de 60% des suffrages en 2006. Élu personnalité de l'année en 2009 par le journal Le Monde, il est classé l'année suivante par le Time comme le dirigeant le plus influent au monde. Le petit Lula quitte l'école à 10 ans pour des petits boulots dans la rue (cireur de chaussures, vendeur de cacahuètes). Le 27 octobre 2002, après trois essais, Lula est élu président. Chantre de la démocratie participative expérimentée à Porto Alegre, il ne remet pas en question la rigueur budgétaire, mise en oeuvre par Fernando Henrique Cardoso et accepte le code de conduite du FMI. (1)
A l'époque, Lula était l'un des porte-voix d'un «autre monde possible. Depuis dix ans, à Porto Alegre puis dans le monde entier, le mouvement altermondialiste dénonce le néolibéralisme et propose des alternatives pour sortir de la crise et du système en place. Il démontre qu'un autre monde est possible. (...) Face à la pensée unique, il a transformé l'imaginaire des possibles. Pourtant, au fil des ans, on dit que les altermondialistes après 10 ans de combat d'idées se cherchent. «De fait, les contradictions ne manquent pas au sein du quatuor,[Bric] à commencer par leurs systèmes politiques. Les Bric ont néanmoins la capacité de susciter des coalitions ponctuelles, entre eux et élargies (de ce fait, les Bric ont d'ores et déjà changé la règle du jeu international en privant les Occidentaux, et singulièrement les Etats-Unis, de leur leadership exclusif sur la marche du monde. Mais cela ne suffit pas à changer le monde.
Pour en revenir au Brésil, grand comme 3,5 fois l'Algérie, il est devenu la huitième économie du monde grâce à sa stabilité politique et économique. Le Brésil est l'une des principales économies émergentes, et table sur une croissance de plus de 7% en 2010. On ne tarit pas d'éloges sur le bilan de Lula. Clovis Rossi éditorialiste au quotidien Folha de Saõ Paulo nuance cela en écrivant: «Le Brésil, depuis, a connu une incontestable réussite.
19 millions de Brésiliens ont pu accéder à la classe moyenne. La croissance du pays reste soutenue (8,8% pour 2010, selon Reuters), les aides aux plus démunis ont augmenté (le programme Bolsa Familia concerne 12 millions de foyers). (2)
Première économie d'Amérique latine. De 2000 à 2011 le taux de croissance 4,5% s'est rapproché de celui des Etats-Unis. Actuellement, 42% des dépenses publiques. Le chômage est à 7,3%. Le chômage, ce sont des files d'attente interminables et aussi des taux d'intérêts parmi les plus élevés au monde. L'économie est en récession. En 2013, des manifestations ont eu lieu pour plus de confort, d'eau, de santé, d'éducation. Pour Pierre Salama, professeur sur France 24, le 12 mars 2016 Lula est nonchalant avec la corruption, la crise structurelle. L'industrie est en chute libre à cause de deux facteurs: la chute des prix des matières premières et celle du pétrole qui fait que le pétrole en eau profonde une spécialité de Pétrobras, n'est plus rentable. Tout ceci dans un contexte de politique économique qui favorise la rente. La mise en valeur du pays est abandonnée, les entreprises ont profité d'amnistie fiscale et n'ont pas pour autant investi. Le ratio de la dette est à 60% du PIB. Il faudra, disent les experts, 10 ans pour rééquilibrer les choses. Si on y ajoute 1,5 million de personnes qu'on dit touchées par le virus Zika et les Jeux olympiques qui risquent d'être compromis. Le tableau est noir.

Un complot ou un déclin normal avec l'usure du pouvoir
Pour Pepe Escobar il y a complot contre les pays du Brics.Lula et les Brics pris dans une lutte à mort: «Il n'est donc pas surprenant écrit-il que les trois puissances-clés des Brics aient subi, depuis un certain temps, des attaques simultanées sur de nombreux fronts. Concernant la Russie, tout tourne autour de l'Ukraine et de la Syrie, la guerre des prix pétroliers, la curieuse attaque hostile contre le rouble et la diabolisation systématique de l'«agression russe». Quant à la Chine, tout est lié à l'«agression chinoise» dans la mer de Chine méridionale et au raid (raté) contre la Bourse de Shanghai/Shenzhen. Le Brésil est le maillon le plus faible de ces trois puissances clés émergentes. Fin 2014, il était déjà manifeste que la meute habituelle porterait sans retenue tous les coups possibles pour déstabiliser la septième économie mondiale, avec pour objectif un bon vieux changement de régime au moyen d'un méchant cocktail d'impasse politique («l'ingouvernabilité») poussant l'économie à s'enliser». (3)
«Parmi la quantité de raisons justifiant cette attaque, on retrouve: la consolidation de la banque de développement des Brics; l'initiative concertée des Brics de commercer dans leurs propres devises, en contournant le dollar US et visant à une nouvelle devise de réserve mondiale pour le remplacer; la construction d'un câble sous-marin de télécommunication en fibre optique entre le Brésil et l'Europe, ainsi que le câble des Brics reliant l'Amérique du Sud à l'Asie de l'Est - tous deux contournant la mainmise des Etats-Unis. Déjà en 2009, WikiLeaks exposait comment les majors pétrolières étaient actives au Brésil, en essayant de modifier - par tous les moyens d'extorsion nécessaires - une loi proposée par l'ancien président Luiz Innácio Lula da Silva (plus connu sous le nom de Lula), positionnant la lucrative compagnie nationale Petrobras comme opératrice en chef de tous les blocs offshore de la plus grande découverte de pétrole de ce début du XXIe siècle, les gisements pré-salifères. Lula n'a pas seulement maintenu hors du tableau les majors pétrolières - en particulier ExxonMobil et Chevron - mais il a également ouvert l'exploration pétrolière au Brésil à la chinoise Sinopec, dans le cadre du partenariat stratégique sino-brésilien (Brics entre Brics)» (3).
L'affaire a démarré avec les révélations d'Edward Snowden sur la façon dont la NSA espionnait la présidente brésilienne Dilma Rousseff et les dirigeants de Petrobras. Elle s'est poursuivie avec le fait que la police fédérale brésilienne coopère aussi bien avec le FBI que la CIA, qui lui prodiguent entraînement et formation et/ou qui la nourrissent, étroitement (surtout dans la sphère de l'antiterrorisme). Et cela a continué à travers l'enquête «Car Wash», qui dure depuis deux ans, laquelle a découvert un vaste réseau de corruption impliquant des acteurs au sein de Petrobras, des sociétés de construction brésiliennes et des politiciens du Parti des Travailleurs au pouvoir. Mais pour les procureurs de l'opération «Car Wash», le véritable objectif, depuis le début, est comment prendre Lula au piège. (...) Et cela nous amène au juge et à l'exécuteur de tout ce mauvais film: Sergio Moro, l'acteur principal de Car Wash. La carrière universitaire de Moro est loin d'être excitante. (...)son chef-d'oeuvre est un article publié en 2004 dans un obscur magazine (seulement en portugais, intitulé Considérations à propos de Mani Pulite, CEJ, numéro 26, juillet/septembre 2004), dans lequel il vante clairement les mérites de la «subversion autoritaire de l'ordre judiciaire pour atteindre des objectifs spécifiques» et l'utilisation des médias pour intoxiquer l'atmosphère politique(...)».
«Oui, parce que tout ceci est une question de coup d'Etat en douceur - sous la forme d'une procédure de destitution de Rousseff et de l'envoi de Lula à la potence. (...) Parce que le projet politique lié à Car Wash se fiche pas mal de la 'justice''; la seule chose qui importe est de perpétuer la crise politique vicieuse comme un moyen d'entraîner la septième économie mondiale dans l'enlisement et d'atteindre le Graal: un coup d'Etat en douceur, c'est-à-dire un bon vieux changement de régime. Mais 2016 n'est pas 1973, et le monde entier sait désormais qui sera le dindon de la farce dans un changement de régime.
«C'est un dossier tentaculaire et qui pourrait bien coûter leur carrière à un nombre considérable de politiciens brésiliens. Les procureurs ont rallumé la flamme qui m'habite! La lutte continue!'', a lancé Lula comme un défi, faisant part à plusieurs reprises de son indignation'' face à ceux qui veulent criminaliser le Parti des travailleurs, criminaliser Lula'' par crainte que le PT reste au pouvoir. Je ne sais pas si je serai candidat en 2018'' à la présidence, a-t-il lancé, promettant toutefois de parcourir le pays en défense du parti qu'il a fondé en 1980, vers la fin de la dictature. L'opération Lava Jato'' - lavage rapide'' - lancée il y a deux ans enquête sur un vaste système de corruption monté au sein de la compagnie pétrolière. Une affaire de pots-de-vin, de favoritisme, qui aurait coûté à Petrobras, selon les enquêteurs, au moins deux milliards de dollars.» (4)
«Lula, lit-on dans une contribution, est l'animal politique ultime, du niveau de Bill Clinton. Il avait déjà télégraphié qu'il s'attendait à une telle manoeuvre alors que l'enquête Car Wash avait déjà arrêté des dizaines de personnes soupçonnées d'avoir détourné des contrats entre leurs entreprises et Petrobras - à hauteur de plus de $2 milliards - pour payer des politiciens du Parti des travailleurs (PT), dont Lula était dirigeant. (...)Lula a été interrogé dans le cadre d'une présomption de blanchiment d'argent, de corruption et de dissimulation d'actifs. Le coup d'éclat hollywoodien a été autorisé par le juge fédéral Sergio Moro - qui insiste toujours pour dire qu'il a été inspiré par le juge italien de l'époque notoire de l'opération Mani pulite [Mains propres] dans les années 1990, Antonio di Pietroé.» (5)
«Le Brésil ne pourrait pas être dans une situation économique plus sombre. Le PIB a baissé de 3,8% l'an dernier et sera probablement en baisse de 3,5% cette année. Le secteur industriel a diminué de 6,2% l'an dernier, et le secteur minier de 6,6% au dernier trimestre. La nation est sur le chemin de sa pire récession depuis... 1901. Il n'y avait pas de plan B pour l'incompétente administration Rousseff face au ralentissement chinois de l'achat de minéraux et de produits agricoles au Brésil et à la diminution mondiale du prix des produits de base.
Plus de $120 Mds du budget du gouvernement s'évaporent pour payer les intérêts sur la dette publique. L'inflation est en hausse - et se trouve maintenant dans une zone à deux
chiffres. Le chômage est à 7,6% - quand même pas mal comparé à beaucoup d'acteurs dans l'UE - mais en hausse. (...) Oui, l'avenir est sombre. Il n'y a plus de consommation. Aucun investissement. Pas de crédit. (...) Le Brésil n'est pas dans les cordes. S'il est réélu, et en supposant qu'il puisse purger le PT de sa légion d'escrocs, Lula pourrait pousser vers une nouvelle dynamique. Avant la crise, l'économie brésilienne devenait mondiale - via Petrobras, Embraer,... (...) Le juge Moro a lui-même émis l'hypothèse que la corruption suppure parce que l'économie brésilienne est trop fermée au monde extérieur, comme l'Inde l'était jusqu'à récemment.» (5)
Pour l'Empire du Chaos, le Brésil a été un casse-tête depuis l'élection de Lula, en 2002. Une priorité absolue de l'Empire du Chaos est de prévenir l'émergence de puissances régionales alimentées par d'abondantes ressources naturelles, (...) Petrobras était connue pour être une société d'État très efficace qui ensuite a muté en opérateur unique des plus grandes réserves de pétrole découvertes au XXIe siècle, pour l'instant Petrobras représentait 10% des investissements et 18% du PIB brésilien. Le démantèlement méticuleux de Petrobras, avec Big Oil profitant finalement des richesses pétrolières, et gardant un oeil sur le développement de la puissance globale du Brésil, tout cela colle magnifiquement aux intérêts de l'Empire du Chaos. (...) Il est peu probable que Lula, par lui-même, soit en mesure de les arrêter.» (5)

Que reste-t-il du mythe?
Des jours sombres se profilent pour Dilma Roussef dont on veut la démission. S'agissant de la conclusion suivante parue sur le journal Le Monde, elle nous paraît appropriée. Nous sommes à la fin d'une utopie et les prémices de cette naïveté en un monde meilleur étaient déjà en creux dans le désengagement de Lula du forum alternatif de Porto alègre; Real politique oblige «Le rôle de persécuté [de Lula, ndR] a été aidé par l'opération spectaculaire du 4 mars. Une procédure «à la limite de la légalité», estime Floriano Peixoto de Azevedo, professeur de droit à l'université de Sao Paulo (USP), qui ne peut se justifier que par la détermination du juge Moro à débarrasser le pays du fléau de la corruption. Mais, si une partie des Brésiliens fait corps avec celui qui reste le porte-voix des plus démunis, cette posture de victime ne peut faire oublier que Lula se défend sur la forme plus que sur le fond. «Il est sur la défensive. Le mythe est abîmé. Nous sommes au chapitre final de cette expérience.» (6)

1.Lula: Encyclopédie Wikipédia
2.http://www.mondialisation.ca/lula-le-mandela-br-silien-passe-la-main-l-esprit-de-porto-alegre-trahi/21343
3.http://questionscritiques.free.fr/edito/Pepe_Escobar/Lula_bresil_Car_Wash_090316.htm
4.Brésil: gardé à vue, Lula réagit, Rousseff dénonce une interpellation «inutile» RFI 05-03-2016
5.Pepeescobarhttp://www.legrandsoir.info/le-maelstrom-bresilien-silence-on- tourne.html
6.http://www.lemonde.fr/international/arcle/2016/03/11/au-bresil-l-ancien-presidentlula-tentedeviterlaprison_4881374_3210.html#BXUoVYpWPUsqZRI.99

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