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QUEL SYSTÈME ÉDUCATIF POUR QUELLE ALGÉRIE

L'école, demain

Par
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Dans la grande majorité des pays, l'entrée à l'université se fait sur concours en fonction des possibilités d'accueilDans la grande majorité des pays, l'entrée à l'université se fait sur concours en fonction des possibilités d'accueil

Le «choix stratégique d'encourager l'enseignement des mathématiques n'est pas fortuit» cette filière est «au coeur du développement des nations». N.Benghebrit

Cette année scolaire et universitaire s'est passée dans l'ensemble sans trop de problèmes malgré la tentative de déstabilisation. Au-delà du fait qu'il faut être reconnaissant aux secteurs concernés d'avoir tenu le cap, il nous faut honnêtement comprendre que si sur le plan quantitatif des efforts ont été faits pour donner une place à chaque élève et à chaque étudiant, nous sommes loin du compte concernant «l'aspect qualitatif». Pour avoir observé le système éducatif pendant plus de trente ans, je constate qu'au fil des ans, nous n'avons pas pu, du fait d'une massification importante, d'une démographie galopante et d'une vision privilégiant la paix sociale et l'aspect quantitatif au détriment de l'acte pédagogique.
Le système éducatif est devenu un train fou que personne ne peut arrêter. Les tentatives pour corriger les dérives criardes sont de plus torpillées par des franges d'Algériens pour qui rien ne doit changer et que les fondamentaux, les fameux thaouabet, dont ils seraient les gardiens du temple, doivent être figés dans le marbre. En face nous avons les nostalgiques qui veulent faire perdurer une langue qui n'est plus une langue scientifique, qui nous cause un retard technologique. En clair, une école tournée vers l'avenir, misant sur le savoir n'ayant aucun complexe avec les langues, notamment celle de l'anglais scientifique est un combat qui n'est toujours pas gagné. Pourtant, l'Ecole est le bien commun de chacun, nous devons veiller sur l'éducation de nos enfants. La fuite des sujets - phénomène mondial, mais qui a été massif chez nous - a porté atteinte à la crédibilité de cet examen décisif.

Etat des lieux
C'est un fait, tous les gouvernements qui se sont succédé ont mis à disposition des moyens. Près de 10,5 millions d'élèves avec un budget de 1050 milliards de DA (20% du budget de fonctionnement de l'Etat) soit une moyenne de 100.000 DA soit encore 8 à 10 fois moins par comparaison avec les pays européens (8000 à 13.000 euros) on ne peut pas rivaliser d'autant que plus de 90% de ce budget sont constitués par une masse salariale. Sur ce budget, 90% représentent la masse salariale marginalisant de ce fait les travaux pratiques. Selon les chiffres de l'Onec, le nombre d'élèves candidats à l'examen du bac est de 818.520 élèves Le taux de réussite au baccalauréat session 2016 a atteint 49,47% pour les élèves scolarisés et de 33,7% pour les candidats libres. Si on prend à titre de comparaison les chiffres de 2013 391.622 candidats scolarisés. Globalement la même répartition des filières pour 2016 donnerait pour le baccalauréat mathématiques et techniques mathématiques que 11% du total. Le bon score obtenu de 65% est certes encourageant, mais il ne faut pas oublier qu'il ne représenterait que près de 10.000 lauréats au bac ce qui n'est pas significatif comparativement aux lauréats des autres disciplines. Je ne suis pas de ceux qui disent que l'école est sinistrée sans connaître les affres de ces 700.000 enseignants qui font du mieux qu'ils peuvent et qu'il serait injuste de les classer tous dans la catégorie des incompétents. Mesurons honnêtement le chemin parcouru du point de vue quantitatif. 1962: 600.000 élèves, une centaine d'établissements scolaires dont six lycées, 500 étudiants. Moins d'un millier de diplômés en 132 ans d'oeuvre positive. Quatre millions de diplômé(e)s ont été formés par l'université algérienne. Cependants des anomalies ont été accumulées au cours du temps, qui font qu'il y a un long délitement du niveau des études. C'est un fait! Il y a bien longtemps que nous ne répondons plus aux critères du bac Unesco. De plus, le nombre d'élèves s'orientant vers le baccalauréat mathématiques ou mathématiques techniques (la voie royale) est dérisoire. On s'installe dans la fatalité; de plus sur le plan qualitatif là aussi les résultats ne sont pas encourageants. Force est de constater que nous ne savons pas récompenser l'effort et le mérite. Tout le monde est logé à la même enseigne. Ce qui stérilise toute initiative pour l'amélioration de l'acte pédagogique. De plus, ce fait constitue un manque de sanctions dissuasives, le plagiat et le copier-coller font des ravages. La charte de l'éthique aurait pu empêcher ses dérives. De plus, quand un footballeur gagne en un an ce que gagne un enseignant en une carrière, il y a quelque chose de détraqué dans l'échelle des valeurs. L'école ne fait plus rêver. L'université fait avec ce qu'elle reçoit. Il est important de souligner que si l'aspect financement peut paraître important, ce n'est pas la principale cause. La formation d'ingénieurs a été marginalisée dans les universités. Le système éducatif s'est installé dans la fatalité. De fait, le pays donne l'impression d'avancer sans son école et sans son université.

Comment assurer la rentrée?
L'école algérienne est à une croisée de chemins. Notre système éducatif devra être la priorité des priorités. Il y a une nécessité absolue d'une coordination des trois sous-systèmes: mise en place d'un Conseil de coordination. Il est tout à fait possible de faire deux vacations pour donner à l'Etat le temps de réaliser d'une façon correcte les demandes supplémentaires d'infrastructures Il faudra consacrer une attention particulière à la pédagogie en faisant des chantiers avec l'enseignement supérieur pour la réalisation de manuels et ceci par filière. Pour cela et pour être performants il y a nécessité de mise en place des «Comités pédagogiques par grandes filières entre l'éducation et l'enseignement supérieur et la formation professionnelle» en démarrant par six filières: mathématiques, physique chimie, sciences naturelles, lettres, langues. Il est nécessaire de coordonner aussi l'achat d'équipements pédagogiques pour n'acheter de l'étranger que ce que l'on ne peut pas produire dans le pays. Il nous faut aussi donner une durée au livre. On ne peut pas continuer à faire le tirage de 60 millions de manuels dont la présentation n'attire pas l'enfant.La durée de vie devrait être d'au moins 4 ans en mettant en oeuvre une politique de récupération à la fin de chaque année avec l'absolue «nécessité par ailleurs de mettre tous les cours sur Internet». En fait, le problème des filières scientifiques c'est qu'elles sont engluées dans un magma d'une douzaine de matières qui chacune revendique son existence. Si l'on veut véritablement propulser l'Algérie dans la modernité sans rien perdre de ses repères «il paraît utile que la réforme se fasse en privilégiant les disciplines scientifiques». Cela ne veut pas dire naturellement qu'il faille négliger les disciplines littéraires ou autres, mais celles-ci- bien enseignées ne nécessitent pas des horaires importants d'autant plus que ce qui est important pour nos jeunes c'est la structuration mentale qui, quoi qu'on puisse en penser, est fondamentale, acquise par le raisonnement mathématique.De ce fait il est de la plus haute importance de recentrer l'éducation puis l'enseignement en donnant la priorité aux mathématiques dès le primaire. Comment passer de la proportion actuelle autour de 25% (horaire actuel) à un niveau de 40% pour le primaire et le moyen et 50% pour le secondaire avec au moins 50% pour le baccalauréat mathématiques.
En Algérie, pour cette année plus de 800.000 candidats ont passé le baccalauréat. Par comparaison nous avons plus de candidats compte que la France. Le bac 2015 en France 684.734 candidats. Faut-il continuer à mobiliser un pays pour un diplôme qui à l'échelle internationale ne donne pas accès à l'université? Aura-t-on, dans le futur les moyens de le faire? Est-il nécessaire de le faire en dehors de la dimension symbolique? On ne sait pas où cela va mener; à cette cadence d'inscriptions nous aurons 1 million de candidats au bac, les 2 millions d'étudiants bien avant 2020. Un pays comme l'Iran ou la France ont environ 2,5 millions d'étudiants. «C'est une évidence: l'Etat ne pourra pas prendre en charge tous les étudiants uniquement à l'université. «L'Algérie a plus besoin de métiers de niveau 5 (technicien et technicien supérieur que de niveau 6 (ingénieur, médecin...). Dans la grande majorité des pays, il existe un diplôme de fin d'études secondaires, l'entrée à l'université se fait sur concours en fonction des possibilités d'accueil. Le diplôme de fin d'études secondaires (Dfes) qui remplacerait le bac ne fait que consacrer la situation actuelle d'entrée par concours en utilisant comme critère les notes du bac. Ce sera une condition nécessaire mais pas suffisante... La mise en place de cette nouvelle vision du bac transformé en Dfes pourrait être annoncée pour être appliquée aux nouvelles cohortes qui ren- trent dans le secondaire en septembre 2019. Ajoutons que ce sont des centaines de milliards qui seront économisés en plus de toute la mobilisation stressante qui sera évitée.

Les défis de l'éducation et l'économie de la connaissance
On sait que si les matières premières sont finies, la connaissance est infinie. Une croissance infinie est facile à atteindre. En 1984, Steve Jobs rencontre François Mitterrand et affirme «le logiciel, c'est le nouveau baril de pétrole». Apple possède une trésorerie de la taille du PIB du Vietnam ou plus de deux fois et demie la totalité du fonds souverain algérien, La connaissance mondiale double environ tous les 9 ans, un chiffre hallucinant qui signifie qu'en moins d'une décennie, l'humanité produit plus de connaissances nouvelles que dans les 7000 dernières années de son existence. Barack Obama parlant de l'Internet pense que c'est comme l'oxygène: «A l'ère où vous pouvez postuler à un job, suivre un cours, payer vos factures, commander une pizza, et même trouver l'amour depuis votre smartphone, l'Internet n'est pas un luxe, c'est une nécessité.» Il pense naturellement à l'Internet de la création.
«Le magazine du prestigieux MIT a sélectionné les 10 technologies de rupture qu'il considère comme majeures. MIT fait une fois de plus la part belle aux sciences de la vie et aux biotechnologies. Citons notamment la «biotechnologie». Avec 2 milliards d'êtres humains de plus à nourrir d'ici 2050, accroître la productivité de l'agriculture, tout en diminuant l'utilisation d'engrais et de pesticides, est devenu un enjeu social, économique et scientifique majeur. Au croisement des biotechnologies et des outils numériques, on trouve également dans ce classement 2016 l'accès en ligne à son profil génétique personnel.»(1)
«De l'intelligence artificielle à la robotique, l'apprentissage collaboratif entre robots. Les trois innovations suivantes repérées par le MIT concernent le domaine de l'énergie, des transports et de l'espace.La société d'Elon Musk, SolarCity, qui produit et installe des batteries solaires, va ouvrir l'an prochain une usine gigantesque à Buffalo, qui devrait produire 10.000 panneaux solaires à haut rendement par jour pour parvenir à une électricité solaire moins chère que celle issue des énergies fossiles. En matière de transport, Tesla, autre société d'Elon Musk, a lancé fin 2015 un nouveau système opérationnel (Tesla 7.0) avec une fonction d'auto-pilotage pour ses voitures électriques Model S et X.: dans le domaine spatial, Musk et sa société SpaceX ont également fait sensation en 2015 et en 2016 en réalisant plusieurs essais réussis de fusées à usage multiple. Enfin, la dernière innovation remarquable notée par le MIT est la transmission d'énergie sans fil qui devrait se généraliser d'ici 2020. À cette échéance, nous pourrons recharger nos appareils partout grâce au Wi-Fi et aux signaux de télécommunication. Ce saut technologique devrait marquer la fin des fastidieux chargements de batteries et la disparition de nos chargeurs de smartphones. Ce classement 2016 du MIT montre de manière saisissante que l'économie mondiale est à présent alimentée par quatre grands moteurs - les biotechnologies, le numérique (incluant la robotique), les technologies de l'énergie et les technologies spatiales.» (1)

Que doit faire l'université?
Partout dans le monde, l'université traditionnelle «L'université de papa» a vécu. «L'université du nouveau siècle est une entreprise du savoir où seuls les plus compétents, quelles que soient leurs origines réussiront et seront rétribués à la juste mesure de leurs efforts.» Un Etat stratège doit «donner sa chance à toutes et à tous», mais il est évident que chacun s'arrêtera là où ses capacités peuvent le faire aboutir. Aucun pays au monde ne peut avancer technologiquement s'il ne forme pas d'ingénieurs et de techniciens. L'Algérie a autant besoin d'ouvriers, de techniciens, de maçons, de plombiers que d'ingénieurs ou de médecins. Des passerelles rigoureuses doivent être mises en place pour évoluer; un technicien peut devenir ingénieur s'il en a les aptitudes. L'université devrait mettre en place l'université virtuelle: l'université de tous les savoirs, les Mooc qui sont des cours en ligne, avec des dispositifs interactifs, dont l'auditoire est théoriquement illimité.
Bien que l'industrie n'est toujours pas à même de formuler sa demande en termes de formation, les défis sont multiples qu'il s'agisse des effectifs, des programmes et des nouveaux métiers, notamment les technologies de l'informatique, de la robotique, des nanotechnologies, de l'énergie avec la lutte contre les convulsions climatiques, le stress hydrique et l'autosuffisance alimentaire. La formation d'une élite demande du souffle, de l'endurance et une protection des plus hautes autorités pour protéger l'environnement de la future élite la future réelle richesse du pays. Une élite sélectionnée sur la base des mathématiques ne doit pas souffrir de retard. Il nous faut mettre en place dès à présent une vingtaine de lycées d'excellence. «Dans tous les cas il est important de mettre en oeuvre la compétition pour repérer les meilleurs.» Nous devons commencer dès l'école, au CEM, au lycée et à l'université. En s'engageant résolument dans une transition vers le développement humain durable, le baccalauréat du développement humain durable est un chantier qui mérite d'être lancé. Je plaide pour une Algérie du futur, fascinée par l'avenir «Einstein: disait qu'on ne peut pas résoudre un problème avec le même mode de pensée que celui qui l'a créé» est à méditer. Il nous faut changer de paradigme. Ne pas miser sur la rente. En son temps, la Révolution de Novembre fut une belle réussite. Comment faire émerger de nouveaux révolutionnaires capables d'impulser cette Révolution 2.0 qui fait son Graal de l'économie de la connaissance; un autre djihad aussi important qui permettra à l'Algérie de garder son rang. Pour continuer à nous battre pour une Algérie de nos rêves, d'une façon discrète, loin des effets d'annonce et des feux de la rampe tant il est vrai qu'il s'agit de cette Algérie qui nous tient tant à coeur... Pour cela j'en appelle à un consensus pour que l'Ecole ne soit pas un fonds de commerce idéologique.

1. Les 10 technologies qui vont changer le monde
https://www.technologyreview.com/lists/technologies/2016/

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