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LA LEÇON DE LA DÉBÂCLE DE RIO

Il faut un cap mobilisateur

Par
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Des résultats en deçà de ce qui était attenduDes résultats en deçà de ce qui était attendu

«Si jamais j'ai besoin d'une transplantation de cerveau, je choisirai un sportif, car je veux un cerveau qui n'a jamais servi.» Norman Van Brocklin

Rituellement, à chaque évènement sportif planétaire, l'Algérie est sommée de montrer ce qu'elle sait faire. Dans le domaine du football, du fait d'une emprise sociale importante, on glane çà et là quelques miettes en essayant de faire comme si nous avions une équipe de football qui donne quelques satisfactions à une jeunesse algérienne qui n'a d'autres dérivatifs que de s'accrocher à ce prozac avec naturellement des réveils douloureux. Le fin mot de l'affaire est qu'on ne peut pas donner une visibilité réelle à la pratique du sport en général avec une équipe off shore fruit de débauchage de jeunes bi-nationaux non retenus en France dans les équipes françaises. J'ajoute que le logiciel du sport en Algérie est obsolète et l'on se contente de gérer les problèmes sans imagination sans ambition et plus certainement, sans cap.
Dans le monde du sport qui est de plus en plus gangréné par le dopage, mais aussi - on n'en parle moins, -par la corruption et la triche faisant que les pays qui n'ont pas d'élites sportives de renom débauchent celles des pays pauvres du Sud (Africains). Ce que l'on peut appeler aussi «body shopping», les pays riches «achètent» ces athlètes en leur offrant des ponts d'or. Que devient alors cet hymne national ânonné par une Chinoise ou un Tchétchène pour le compte de la France ou de la Grande-Bretagne. Nous allons de fait vers un nationalisme au rabais qui permet de fermer les yeux. Quand on parle du Qatar avec «sa légion étrangère» du hand-ball on oublie de dire que l'équipe de France de 1998 - à l'époque avec le slogan black blanc beur- était composée principalement de Français d'origine étrangère. A Rio 16 médailles sur 42 ont été gagnées par des athlètes issus de l'émigration.
Chaque pays stimule ses athlètes. La prime pour une médaille d'or aux Jeux olympiques va de 0 à 450.000 euros. Pour l'Azerbaïdjan (450.000 euros), l'Indonésie 34.5000 euros, il y a la Russie avec 135.000 euros, la Chine 68.000 euros, la France 50.000euros, les Etats-Unis 22.000 euros, l'Allemagne 20.000 euros.
À l'inverse, au Royaume-Uni, 'La prime est de 0 euro''» (1)
On le voit, la symbolique donne une valeur supplémentaire à la médaille d'or car les athlètes se battent pour l'image de marque et la dignité de leur pays. En Algérie certains athlètes sont loin de l'humilité et réclament chaque fois des moyens et des primes. Aux derniers jeux de Londres, un athlète a reçu trois primes conséquentes plus quelques cadeaux invisibles. Les 40.000 dollars en une fois, versés à l'athlète Makhloufi pour ses deux médailles représentent le salaire moyen d'un enseignant algérien pendant 10 ans.

Bref rappel de la participation algérienne aux Jeux olympiques
Pour l'histoire Boughera El-Ouafi, Algérien d'Ouled Djellal, près de Biskra, était un athlète hors normes. Il avait remporté la médaille d'or au marathon des Jeux olympiques d'été de 1928, organisés à Amsterdam aux Pays-Bas. Depuis 1964, en 15 participations aux Jeux olympiques (12 fois aux Jeux d'été et 3 fois aux Jeux d'hiver). il n'y eut en 52 ans que 5II athlètes de haut niveau soit moins de 10 athlètes par an à distribuer sur la vingtaine de disciplines. Après 2016, l'Algérie totalise en 52 ans 16 médailles (5 médailles d'or, 3 médailles d'argent et 8 médailles de bronze). Lors des Jeux de 1996 à Atlanta il y eut 2 titres olympiques. Aux Jeux de 2000 à Sydney il y eut 5 médailles (1 en or, 1 en argent et 3 en bronze). Au total 16 médailles dans les JO d'été depuis l'indépendance
La première médaille en or de l'Algérie indépendante: une grande signification. Ce jour-là, le 8 août 1992, Hassiba Boulmerka offre à l'Algérie sa première médaille d'or olympique en remportant le 1500 m en athlétisme. Elle devient ainsi le symbole d'une «Algérie qui gagne», selon ses propres termes. Elle exulte, montre son maillot de l'Algérie avant de se saisir du drapeau et de saluer son public depuis la piste tout en étreignant certains de ses compatriotes. Il faut dire que cette victoire intervient dans un contexte bien particulier pour l'Algérie: il y a un peu plus d'un mois, le président Mohamed Boudiaf a été assassiné par un membre d'une unité d'élite de l'armée dans des circonstances troubles. (...) En ce 8 août 1992, la championne incarne plus que jamais la fierté des femmes algériennes dans un pays meurtri. Elle s'adresse au journal Le Monde en ces termes: «Boudiaf, c'est un Algérien, c'est un frère, c'est un père. Ça n'est pas de la politique. Si j'aime Boudiaf, cela ne signifie pas que j'aime la politique.» Et d'ajouter: «Je veux l'Algérie qui gagne, l'Algérie courageuse. C'est ce que je veux pour l'Algérie.» (2)
Nous arrivons à la débâcle de Rio en 2016 sur les 65 athlètes, un seul athlète a pu être médaillé. La délégation qui devait faire au bas mot une centaine de personnes qu'il a fallu transporter, nourrir, loger pendant un mois est revenue bredouille. Pour le moment il y a un silence religieux. Personne ne rend compte à personne. Pourtant, les prémices de la débâcle étaient prévisibles. En 2012, après la débâcle des JO de Londres, Hassiba Boulmerka déclarait qu'«il n'y a pas de politique sportive en Algérie». Selon elle «il n'y a pas de politique sportive» dans son pays. Nos dirigeants gèrent l'athlétisme de manière archaïque, sans professionnalisme. Je suis le fruit de la réforme sportive de 1977, qui a notamment amené les entreprises publiques à financer le développement du sport. Nous avions à l'époque des jeux sportifs nationaux qui permettaient de détecter les athlètes, des infrastructures aux normes internationales dans chaque wilaya (région)... En 1989, cette politique a été cassée, elle n'a pas été remplacée, amenant les entreprises publiques à se désengager.» (3)
Les athlètes à Rio ont dénoncé les «agissements» des responsables du sport. Cependant, ces certains athlètes monnayent d'une façon scandaleuse leur médaille et se retrouvent comme je l'ai indiqué dans un article, à récolter des primes en une fois ou en une saison s'agissant du foot équivalentes au gain de professeurs d'université en une carrière de bons et loyaux services. Même constat d'échec pour le football professionnel. Qui se souvient de l'équipe mythique du FLN? Les footballeurs quittèrent comme un seul homme la France où ils avaient des postions sociales avantageuses pour se mettre au service de l'Algérie (...) En 50 ans nous n'avons fait que bricoler sauf que cette fois-ci c'est avec l'argent du contribuable. Quand un joueur reçoit d'une façon indécente 4 millions de DA par mois quand on ramène à 1 million de dollars un joueur étranger pour quelques heures c'est un très mauvais signal pour la société et l'éducation qui ne fait plus rêver.

Comment gagner des médailles?
On le sait, les Etats-Unis raflent toutes les médailles et ce n'est pas uniquement un problème de nombre, c'est aussi une politique de long terme. Aux États-Unis, le sport fait partie intégrante de la vie des étudiants à l'université. Les programmes sportifs favorisent l'esprit de corps au sein de l'établissement et l'intégration sociale sur le campus: si vous êtes bon à un sport et que vous voulez faire partie de l'équipe de basket ou de natation par exemple, vous pourriez obtenir le statut très prisé d'étudiant-athlète, statut qui n'existe généralement pas au niveau universitaire en dehors des États-Unis. Les Américains intègrent le sport et la formation des athlètes au cursus scolaire. L'université devient le lien entre les jeunes sportifs et le milieu professionnel. Les athlètes universitaires au même titre que les professionnels, sont entièrement sponsorisés par de grandes marques.
En 1996 à Atlanta l'Algérie était mieux classée (34) que la Grande-Bretagne (36) avec seulement une médaille en or contre deux pour l'Algérie Ce fut un électrochoc pour ce pays. «Vingt ans après, la Grande-Bretagne est classée 3e devançant la Russie avec 29 médailles 3 fois les médailles de la France pour le même nombre d'habitants. Le cru 2016 semble aujourd'hui légèrement altéré: ce n'est pas la Chine qui se classe deuxième, mais la Grande-Bretagne. L'équation est simple: plus d'athlètes, [de haut niveau, ndlr] c'est quasiment l'assurance d'avoir plus de chances de médailles (...) La Grande-Bretagne ne s'est jamais pardonné les Jeux olympiques de 1996. A la suite des ces Jeux ratés, les Britanniques décident de financer le sport olympique grâce à la loterie nationale qui reverse une part des profits. La répartition des fonds est ingénieuse: les sports qui ont le plus d'argent sont ceux qui ont le plus de chances de médailles aux JO. (...)» (4)
Il en est de même du modèle chinois «La sélection des athlètes chinois est précoce puisqu´ils sont littéralement» pris au berceau». Repérés dès l´école primaire, les enfants sont ensuite envoyés dans des écoles de sport professionnel où la majeure partie de leur temps sera consacrée à l´entraînement. Plus de 80% des athlètes alignés à Pékin ont débuté leur carrière aux derniers jeux d´Athènes (...) Mais tout le monde a besoin de héros, quel que soit le champ de bataille. Dans une enquête difficile, le magazine Sports Illustrated China a recueilli les préceptes qui, sur les murs des centres, rappellent les athlètes à leur devoir civique: «Sois prêt à en découdre», «Tu n´écouteras pas ta peur et ta souffrance, pour la gloire de ton pays». Li, Chen, Yang représentent la Chine. Ils sont la Chine. Ils n´ont pas de famille, pas d´amis, pas de vie privée, pas d´accès Internet.» (5)

Donner une utopie, un cap
Faut-il le rappeler que l'immense majorité des athlètes américains provient des universités. Nous devons faire un bilan sans complaisance. En Algérie, le sport est encore une vue de l'esprit. A-t-on vu des sponsors donner de l'argent à la jeunesse aux sports collectifs plutôt qu'à 23 joueurs dont la valeur ajoutée est hautement discutable en termes symboliques avec des salaires scandaleux qui ne peuvent servir d'exemple aux jeunes Le ministère de la Jeunesse devrait être la cheville ouvrière de la mobilisation de la jeunesse et de tous les sports
Les rares réussites individuelles ne sont pas significatives. C'est par leur aptitude personnelle que Boulmerka, Morcelli, Benida Merah ont conquis l'or olympique. Mais une hirondelle ne fait pas le printemps. Pourquoi? parce que nous avons toujours travaillé dans l'éphémère. Pourquoi? nous nous attachons encore à l'homme providentiel car le sentiment national a disparu. Nous avons l'impression que le ministère de la Jeunesse et des Sports se résume à celui d'une Equipe nationale pratiquement off shore. Que fait le ministère de la Jeunesse pour le vivre ensemble? Quel est le bilan pour un ministère en charge de 75% de la population. A t-il les moyens de sa politique? A- t- on vu le ministère de la Jeunesse mobiliser sainement la jeunesse dans des activités sportives intellectuelles, et ludiques?
Le sport devrait être pratiqué d'une façon intensive dans le système éducatif. C'est l'unique façon de reconquérir la jeunesse et d'aller à travers des milliers de compétitions vers une réelle visibilité de l'Algérie. Avec seulement 10 millions de jeunes du système éducatif nous aurions pu construire un système sportif. A-t-on vu le sport à l'école et à l'université, l'organisation d'un championnat inter -wilaya, région, lycée, national? A-t-on vu des compétitions, des jeux d'échecs, de robotiques? Avec seulement dix millions de jeunes du système éducatif nous aurions pu construire un système sportif.
L'unique façon de reconquérir la jeunesse et d'aller à travers des milliers de compétitions vers une réelle visibilité de l'Algérie. Les chantiers de jeunes sont une expérience inoubliable pour les adolescents... ces chantiers leur permettent de s'associer à des projets vraiment utiles, Les chantiers de volontariat peuvent et doivent occuper sainement les jeunes en les faisant participer à la réalisation de biens communs! Ils peuvent travailler à la rénovation des monuments,mettre en place d'une façon pérenne le reboisement de 10 millions d'arbres chaque année. Chaque wilaya devrait construire son auberge de jeunesse. Faire un concours architectural pour définir un plan type qui sera décliné selon les différentes régions Dans ces auberges «vertes» tout sera fait pour le développement humain durable. Qui empêche le système éducatif dans son ensemble de s'organiser pour la journée de l'arbre 11 millions d'élèves et d'étudiants c'est 11 millions d'arbres potentiels.
Le sport de l'élite du pays ne pourrait surtout pas provenir principalement du système éducatif. De ce fait, il est nécessaire de réhabiliter un championnat national scolaire et universitaire par discipline et à la limite régional. Le signal de base est la performance mais aussi la nécessité de brassage avec un message sous-jacent, l'hymne national les valeurs les fondamentaux du pays Les compétitions individuelles, pourraient être récompensées pas seulement d'une façon pécuniaire, mais d'une façon honorifique. Il existe une dizaine de sports de masse qui sont à notre portée. Ils pourront aussi contribuer au brassage tant désiré.
L'investissement des entreprises dans le sport est aussi un enjeu crucial pour le pays: il allègera la dépense publique, crée des emplois et de la richesse et pourrait représenter un soutien important à la stratégie de développement. La législation relative aux avantages fiscaux accordés aux entreprises qui investissent dans le sponsoring n'est plus adaptée à l'environnement économique actuel; il est nécessaire de l'adapter. Il est temps de solliciter les mécénats divers et vectorialiser les aides vers les choses utiles rassembleuses.
Où sont les Mustapha Zitouni, les Rachid Mekhloufi, ces guerriers qui ont porté haut et fort la voix de l'Algérie sur les terrains et gagné la majorité des 80 matchs au nom du peuple algérien? Où sont les Madjer, Belloumi Assad, Merzekane qui ont donné au football algérien ses lettres de noblesse avec des maillots de la Sonitex et comme prime qui un réfrigérateur, où une chaîne steréo Eniem qui une télévision Enie. Ces guerriers qui ont battu avec élégance et détermination la grande Allemagne qui gagnera la Coupe du monde 1982. C'est dire si le drapeau et l'hymne avaient un signifiant. Les marchands de rêve qui nous amènent les Messi, les Maradona dont on a acheté à prix d'or leur déplacement en Algérie ont rendu un très mauvais service à l'Algérie de ce XXIe siècle qui a besoin de guerriers dans tous les domaines. Nous devons cesser de travailler dans l'éphémère et remettre à l'honneur le patriotisme puissant élément fédérateur qui permettra de donner un cap à la jeunesse traversée par différents courants. A nous de l'inciter à l'effort, au dévouement suprême qui ne doit pas être synonyme de marchandage. Pour cela tout doit être remis à plat. Les jeunes doivent être partie prenante d'un cap à définir. Je suis sûr alors que les jeux de Tokyo seront différents.

1.http://www.contrepoints.org/2016/08/13/262975-pays-donnent-plus-de-prime-medaille-dor-aux-jeux-olympiques
2.http://www.jeuneafrique.com/346317/societe/jour-8-aout-1992-hassiba-boulmerka-offre-a-lalgerie-premiere-medaille-dor-olympique/
3.Propos recueillis par Saïd Aït Hatrit http://www.jeuneafrique.com/174761/politique/hassiba-boulmerka-il-n-y-a-pas-de-politique-sportive-en-alg-rie/
4.http://www.lesechos.fr/sport/omnisport/0211206389134-pourquoi-les-britanniques-raflent-ils-autant-de-medailles-2020938.php?g2iJXsdseFtesUU3.99
5.http://www.lexpressiondz.com/chroniques/analyses_du_professeur_chitour/57633-Le-labeur-chinois-et-le-farniente-arabe.html

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