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LES VÉRITÉS DU PAPE FRANÇOIS

Money-théisme, islam et science?

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Le pape François rentre dans la mêléeLe pape François rentre dans la mêlée

«Le monde est en guerre. Une guerre d'intérêts, pas de religion» Pape François

Un pape iconoclaste c'est ainsi que l'on peut résumer le pape François, un pape du XXIe siècle qui n'hésite pas à mettre les pieds dans le plat et comme le dit si bien Jean-Paul Sartre, il fait comme les vrais intellectuels «il s'occupe des choses qui ne le regardent pas»! Je vais articuler mon plaidoyer autour de trois «dossiers» chauds qui ont vu le pape prendre position sans atermoiement, sans arrière-pensée au risque de le rendre illisible pour les catholiques de l'extrême, des hommes politiques et de ceux qui réellement tiennent la planète sous leur joug.

Le pape François dénonce l'indifférence face à la détresse humaine
Le pape François ne s'est pas contenté d'observer d'une façon neutre, il rentre dans la mêlée. Il dénonce l'indifférence envers le dérèglement du monde dont la signature la plus visible est l'indifférence. Ainsi à Assise, où il était à l'honneur pour le 30e anniversaire de cette initiative François a appelé les chefs religieux à être «des médiateurs créatifs de paix». «Cet appel écrit Jean-Marie Guénois, lancé au monde par le pape François à Assise - a revêtu une force toute particulière dans l'actuel contexte international. «Nous avons vu dans les yeux des réfugiés la douleur de la guerre, l'angoisse de peuples assoiffés de paix» D'emblée, François a insisté sur le caractère spirituel de sa démarche, qui vise à rompre ce qu'il a appelé «le paganisme de l'indifférence» par des «réponses spirituelles concrètes pour vaincre les fermetures en s'ouvrant à Dieu et aux frères». Car «Dieu nous demande (de) faire face à la grande maladie de notre époque: l'indifférence». L'indifférence qu'il dénonce depuis le début de son pontificat: «C'est un virus qui paralyse, qui rend inerte et insensible.» (1)

François et l'islam
Devant la curée médiatique contre l'islam, alimentée il faut bien le dire par des actes abjects et dont on ne peut pas dire, qu'ils sont le fait d'une guerre de l'islam contre le monde occidental, d'autant que l'immense majorité des musulmans est spectatrice d'un destin façonné par les autres et visant pour des raisons que l'on connaîtra un jour, à faire appel à l'islam d'une façon sanglante. Le pape François avec une rare lucidité ne rejoint pas la meute de la curée. Il fait le distinguo et surtout il replace cette poussée extrémiste dans l'histoire des religions qui, à des degrés divers, sont passées par les mêmes expériences... Petit à petit, au fil des débats, le pape François fidèle à l'aggiornamento prôné par Paul VI lors de Vatican II et plus ou moins freiné par Jean-Paul II, le débat sur l'islam prend racine.«Si je parle de violence islamique déclare-t-il, je dois parler de violence catholique Je crois qu'il y a presque toujours dans toutes les religions un petit groupe de fondamentalistes. Nous en avons.» François a d'abord répondu: «Je n'aime pas parler de violence islamique, parce qu'en feuilletant les journaux je vois tous les jours que des violences, même en Italie: celui-là qui tue sa fiancée, tel autre qui tue sa belle-mère, et un autre... et ce sont des catholiques baptisés! Ce sont des catholiques violents.Non, les musulmans ne sont pas tous violents, les catholiques ne sont pas tous violents. C'est comme dans la Macédoine, il y a de tout... Il y a des violents de cette religion...» «Je crois qu'il n'est pas juste d'identifier l'islam avec la violence, ce n'est pas juste et ce n'est pas vrai. J'ai eu un long dialogue avec le grand iman de l'université Al-Azhar et je sais ce qu'ils pensent. Ils cherchent la paix, la rencontre.» «Ce sont des frères! On peut vivre ensemble bien.» (2)

Le pape François et sa croisade contre le Dieu argent
Dans sa lutte contre le Dieu argent, le pape François ne prend pas de gants, à juste titre il tient le Dieu argent, en quelque sorte le money-théisme comme responsable du dérèglement du monde. Le pape François considère «le Dieu argent» comme «un terrorisme de base»: «Le terrorisme est partout. Pensez au terrorisme tribal dans certains pays africains. Le terrorisme est aussi... je ne sais pas si je peux le dire car c'est un peu dangereux, mais le terrorisme grandit lorsqu'il n'y a pas d'autre option. Et au centre de l'économie mondiale, il y a le Dieu argent, et non la personne, l'homme et la femme, voilà le premier terrorisme. Il a chassé la merveille de la création, l'homme et la femme, et il a mis là l'argent. Ceci est un terrorisme de base, contre toute l'humanité. Nous devons y réfléchir.» (3)
Rémi Brague, philosophe et chrétien, spécialiste de la pensée médiévale arabe et juive décortique la pensée du pape. «Le geste de Jésus est avant tout prophétique. Sur le plan matériel, il se contente probablement de renverser une table ou deux. S'il en avait renversé davantage, la garnison romaine serait intervenue! (...) Le Christ n'accuse pas l'usage de l'argent, mais le culte qui est rendu, qui est de nature idolâtrique. (...) La condamnation de l'argent par le Vatican n'est pas nouvelle, mais elle est ici radicale, et désigne une des raisons du terrorisme politique. Elle intervient surtout à un moment où les inégalités se creusent comme jamais dans l'histoire de l'humanité, rejetant aux oubliettes toute promesse de maintien, sans parler d'extension, des droits démocratiques conquis avec tant de sacrifices. Cette prise de conscience réserve d'autres surprises. Vous vous souvenez de Francis Fukuyama qui annonçait au début des années 1990 «la fin de l'histoire», autrement dit le caractère indépassable du capitalisme. Eh bien, il alerte maintenant contre le «pouvoir de l'argent», pire menace sur la «démocratie». (3)
«Les faits auxquels vous faites référence ont une signification religieuse; leur sens économique et/ou politique est moins clair. (...) Partout où l'on échange des biens ou des services, et donc partout où il faut mesurer la valeur de ce que l'on échange pour que cet échange soit équitable, on a soit le marché, soit le marché noir. il y a un point commun entre la violence physique et la dictature du marché. Tout comme les terroristes recherchent que les gens se couchent devant eux sans combattre, les phénomènes économiques ont un effet de sidération qui ressemble aux effets de la terreur. Ils donnent l'impression qu'il n'y a pas d'autre alternative, que cet ordre est inévitable. Ceux qui mettent en oeuvre cette terreur cherchent d'ailleurs très consciemment cet effet de sidération qui provoque la soumission. (...) La pauvreté n'est pas la misère, elle peut être volontaire, nous l'avons vu. Mais la misère est toujours subie. En revanche, j'aime le mot de «sobriété». Elle est le contraire de l'ivresse. Etre sobre, comme en anglais «sober», désigne celui qui évite l'alcool ou la drogue, et celui qui a une conduite mesurée. L'ivresse déforme notre vision de la réalité; la sobriété rend capable de voir celle-ci.» (3)

Le pape et la théorie du genre
Un autre sujet qui tient à coeur au pape est la personne humaine dans ce qu'elle a de plus intime et que des milliers d'années ont forgée. Le pape François a accusé dimanche 2 octobre 2016 les manuels scolaires français de propager l'«endoctrinement de la théorie du genre». Le pape s'est souvent élevé contre la théorie du genre depuis son élection, sans toutefois viser directement l'enseignement français. En 2014, il martelait: «On ne peut rien expérimenter avec les jeunes et les enfants! Ce ne sont pas des cobayes de laboratoire!». S'exprimant devant les journalistes dans l'avion qui le ramenait à Rome après trois jours dans le Caucase, il a raconté une anecdote rapportée par un père de famille français dont le fils de 10 ans envisage de devenir une fille. «Le papa s'était alors rendu compte que dans les livres du collège, on enseignait la théorie du genre. Ceci est contre les choses naturelles! Pour une personne, une chose est d'avoir cette tendance, cette option, et même de changer de sexe, autre chose est de faire l'enseignement dans les écoles sur cette ligne, pour changer la mentalité. C'est cela que j'appelle la colonisation idéologique.» (4)
Ceux qui la dénoncent affirment que la théorie du genre vise à effacer toute différence, biologique comme sociale, entre les hommes et les femmes. Elle est selon eux introduite insidieusement à l'école, notamment via les manuels scolaires. En réponse, face à eux il est opposé qu'ils ont une mauvaise lecture des «gender studies» anglosaxons. Ces études de genre visent, selon leurs partisans, à comprendre les mécanismes sociaux qui conduisent aux inégalités entre les hommes et les femmes, et non à nier la différence des sexes.» (4)
Le pape François a précisé ce qu'il avait voulu dire, en parlant de «guerre mondiale contre le mariage» à propos de la diffusion de la «théorie du genre». François avait commencé sa réponse par ce rappel: «L'image de Dieu n'est pas l'homme, mais l'homme et la femme, ensemble. Ils sont une seule chair quand ils s'unissent. Voilà la vérité! Quand on détruit cela, on salit l'image de Dieu.» Il avait conclu par cette remarque: «Il y a une guerre mondiale contre le mariage et nous devons être attentifs à ne pas laisser ces idées entrer en nous.» Et François de conclure: «Vous comprenez? La vie est la vie. Et les choses doivent se prendre comme elles viennent. Le péché est le péché. Les tendances ou les déséquilibres hormonaux créent tant de problèmes et nous devons être attentifs.» (5)

Les vertiges d'une science sans garde-fous
La théorie du genre n'est que le prélude d'une science sans éthique. On sait qu'avec la technique Crisp on peut arriver à créer le bébé parfait. Dans le même ordre de ce que certains appellent la dérive de l'éthique, on apprend que le Royaume-Uni veut expérimenter une technique de procréation assistée avec l'ADN de trois parents L'objectif est dit-on d'éviter la transmission d'un gène qui cause de graves maladies du foie, neurologiques et cardiaques. Cette technique de procréation assistée dans laquelle l'ADN de trois parents est utilisé pour créer un embryon en bonne santé. Cette technique est destinée à éviter que des mères transmettent à leurs bébés des maladies génétiques graves, à cause d'un ADN mitochondrial défectueux. (..) Le traitement de fusion de deux ADN maternels a été développé par le professeur Doug Turnbull, de l'université de Newcastle. Il s'agit de remplacer moins de 1% de l'ADN défectueux de la mère par celui d'une donneuse en bonne santé. Implanté par FIV (fécondation in vitro), le bébé à naître tiendra environ 99,8% de son ADN de ses deux parents, et le reste de la donneuse.» (6)
On peut faire mieux, aux Etats-Unis des études ont montré qu'il n'est plus nécessaire de faire de la gestation intra-utérine on peut la faire en dehors dans des sortes d'utérus artificiels et certains scientifiques envisagent même que la gestation puisse être portée par l'homme. Dans ces conditions, la société va changer et l'accouchement dans la douleur pour la femme comme dit dans la Bible ne sera plus qu'un lointain souvenir qui a commencé à s'estomper avec la césarienne et la péridurale. Ce que disait Simone de Beauvoir à propos de la femme: «On ne naît pas femme, on le devient» serait alors juste.

Faut-il choisir entre le salut de l'âme et la santé du corps?
C'est l'interrogation que pose Etienne Klein directeur de recherches au Cnrs,. «Imaginez, en somme, qu'à partir de demain, il n'y ait plus de techniciens, d'ingénieurs, de chercheurs, plus non plus d'anesthésie chez le dentiste, plus de laser pour soigner les décollements de la rétine et toutes sortes d'autres choses, etc. Je sais bien que, parfois, nous voudrions retourner à la nature brute, mais à la condition expresse de pouvoir emporter des vêtements en textile synthétique, une carte de crédit, un téléphone portable et un sac à dos rempli d'antibiotiques.
Ainsi s'exprime le paradoxe de notre rapport au progrès: nous prétendons ne plus y croire, mais nous tenons encore à lui farouchement, même si ce n'est plus que de façon négative, c'est-à-dire en proportion de l'effroi que nous inspire l'idée qu'il puisse s'interrompre.» (7)
Aujourd'hui, un fait social total s'impose: nous avons peur. Je n'ai pas encore dit que nous avons peur de la science, j'ai simplement dit que nous avions peur d'une façon générale. D'abord, le futur inquiète: nous sommes assaillis par toutes sortes de craintes concernant l'avenir. (...) Nous sentons que notre maîtrise des choses est à la fois démesurée et incomplète: suffisante pour que nous ayons conscience de faire l'histoire, insuffisante pour que nous sachions quelle histoire nous sommes effectivement en train de faire.» (7)
«Je voudrais ajoute Etienne Klein commencer par rappeler deux constats qui me paraissent assez peu contestables aujourd'hui. Le premier concerne le statut de la technique, le second celui de la science. Premier constat, dans la société d'aujourd'hui, deux forces majeures s'opposent: la première de ces forces est la technique, qui diffuse dans tous les aspects de la vie de la société. La technologie transcende la dimension de l'action individuelle et même celle de l'action collective. La fonction anthropologique de la technique devient ainsi celle d'une nouvelle divinité, d'un «sacré» non-religieux, mais qui possède toutes les caractéristiques d'un dieu tout-puissant. La seconde de ces forces est une résistance à la technique, qui manifeste la peur d'aller trop vite vers l'inconnu. La société se trouve saisie d'une peur de l'incertitude face à l'avenir. Le second constat porte sur le statut de la science, qui est manifestement devenu ambivalent dans notre société. (...) Par exemple, sur les paquets de cigarettes, il n'est jamais écrit que fumer déplaît à Dieu ou compromet le salut de l'âme. D'ailleurs, le salut de l'âme, objet même du discours théologique, s'est effacé au profit de la santé du corps qui, elle, est l'objet de préoccupations scientifiques. En ce sens, et comme Auguste Comte l'avait prophétisé nous considérons qu'une société ne devient vraiment moderne que lorsque le prêtre et l'idéologue y cèdent la place à l'expert, c'est-à-dire lorsque le savoir scientifique et ses développements technologiques et industriels sont tenus pour le seul fondement acceptable de son organisation et de ses décisions.»
Nous voilà avertis, nous avons besoin de la science qui n'a pas d'état d'âme. Les religions passent leur temps à compter ce qui reste d'ouailles au lieu de proposer une alternative qui permet d'expliquer le monde. Les combats d'arrière-garde n'ont pas d'avenir face à une science qui nous promet des miracles à la chaîne. C'est aux religions de montrer les chemins de la transcendance avec les outils du XXIe siècle.

1. Jean-Marie Guénois: Le plaidoyer du pape contre «l'indifférence» Le Figaro 20/09/2016
2.Jean-Marie Guénois: Le Figaro, Jean-Marie Génois, 01/08/2016
3. Caroline Brizard http://tempsreel.nouvelobs.com/societe/20160812.OBS6237/le-dieu-argent-le-premier-terrorisme-selon-le-pape-francois-le-premier-des-maux.html
4.http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2016/10/03/01016-20161003ARTFIG00209-le-pape-et-la-theorie-du-genre-la-polemique-en-cinq-questions.php
5.http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2016/10/02/01016-20161002ARTFIG00197-le-pape-denonce-un-manuel-francais-de-college-qui-promeut-la-theorie-du-genre.php
6.http://www.la-croix.com/Ethique/Medecine/Le-Royaume-Uni-veut-experimenter-une-technique-de-procreation-assistee-avec-trois-parents-2013-06-28-979898
7.http://www.union-rationaliste.org/index.php/ardeche-drome-isere/251-faut-il-avoir-peur-de-la-science

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