Accueil |Chroniques | L'analyse du Professeur CHITOUR |

NOUS AVONS SUBI 2016

Nous attendons avec espoir 2017

Par
Taille du texte : Decrease font Enlarge font
Cette fin d'année a vu la libération de la ville syrienne AlepCette fin d'année a vu la libération de la ville syrienne Alep

«Tout le secret pour rester jeune en dépit des années, et même des cheveux blancs, c'est de protéger en toi l'enthousiasme par le maintien de l'harmonie dans ton âme.» Henri-Frédéric Amiel

Rituellement, à la fin de chaque année, on fait le bilan de l'année en cours et en donnant du même coup quelques tendances pour l'année qui vient. 2016 n'a sûrement pas été la meilleure année que nous ayons connue. Une année de perturbations, les conséquences d'une gestion néolibérale du monde: terrorismes, crises migratoires, débâcle des pays de l'Opep plus rentiers que jamais, convulsions climatiques. Deux bonnes nouvelles: Alep a été libérée, un début de lueur pour la cause palestinienne. Un nouveau départ pour le Moyen-Orient?

Les principales escales de l'année 2016 dans le monde
La guerre en Syrie a eu la grosse part de l'information main stream. On sait que les pourparlers qui ont débuté le 25 janvier 2016, à Genève, n'ont abouti à rien du fait de l'ambivalence de la politique occidentale. Toujours deux fers au feu. Avec Al Nosra qui fait du bon boulot -en égorgeant notamment des enfants- et Assad «qui ne mérite pas de vivre» et qui vient de libérer Alep en décembre en faisant prisonniers des dizaines d'officiers occidentaux qui «conseillaient» les terroristes. Pas un mot par contre du génocide de la coalition arabe au Yemen menée par l'Arabie saoudite qui mène une véritable guerre d'extermination avec la complicité de l'Occident et d'Israël à la fois en termes d'armement et de médias.
Par ailleurs, toujours en 2016, le Sommet humanitaire mondial du 23 au 24 mai à Istanbul (Turquie) qui avait pour but de proposer des solutions aux défis et définir un programme pour l'action humanitaire dans le futur n'a débouché sur rien de tangible.
Les Jeux olympiques de Rio ont eu lieu du 5 au 21 août 2016 et plus de 10.500 athlètes de 206 comités nationaux olympiques ont participé à cet événement malgré le coup d'Etat fomenté par la droite qui a vu l'éviction de Dilma Roussef. Sans doute, les progrès les plus remarquables réalisés au cours du sommet du G20 tenu à Hangzhou (Chine) ont été le changement d'attitude de l'architecte du texte final, la Chine, qui a montré sa force tranquille en misant sur la quatrième révolution. Enfin, l'année 2016 a été marquée par l'accord de la Turquie avec l'Europe pour endiguer l'émigration moyennant 3 milliards de dollars. Le président turc Erdoðan a survécu à une tentative de coup d'Etat en Juillet. Ce sera le début du rapprochement russo-turc sur le plan économique et sur le plan politique avec un début de solution de la crise syrienne.

La bataille d'Alep: victoire de la vérité
Vladimir Poutine, que l'on croyait vulnérable, non seulement a tenu bon, mais il fait bouger les lignes. En Ukraine, en Syrie, où il a pris les rênes de la lutte contre Daesh. L'Europe avec ses rodomontades, n'a pas tenu longtemps devant la détermination de la Russie. Pour une quatrième fois consécutive, le magazine Forbes l'a désigné en 2016, l'homme le plus puissant. Malgré un battage innommable des médias et une politique impériale autiste, notamment de la part des valets européens envers l'Empire, l'Etat syrien aidé par des troupes russes et iraniennes est venu à bout du terrorisme entretenu et alimenté par l'Occident. Dans l'Alep sud libérée. De plus de nombreux dépôts contenant d'importantes quantités de produits alimentaires et de nourriture ont été retrouvés.
La mort de l'ambassadeur a été l'aboutissement d'une campagne hystérique contre la Russie pour voir finalement libérés du joug de Daesh des civils qui disent être soulagés. Tous les pays occidentaux et Ban Ki-moon n'ont pas arrêté de dénoncer la reprise d'Alep où on découvre un véritable arsenal et de la nourriture en quantité, Alexei Pouchkov, du comité des Affaires étrangères de la Douma [le Parlement russe], avait raison lorsqu'il a dit, à la suite de la mort d'Andrei Karlov, que l'Occident était responsable parce que son hystérie et ses délires sur les événements d'Alep ont favorisé un climat de haine déchaînée envers la Russie.

Bilan de la présidence d'Obama: une fin de règne sans gloire
Le président Obama qui a débuté dans l'euphorie de la promesse d'un nouveau départ avec le monde musulman (discours du Caire) au point d'avoir eu le prix Nobel, termine la présidence dans l'incertitude la plus totale, même le vote de la résolution contre les colonies en Palestine est plus vu comme un règlement de comptes envers l'administration israélienne (Netanyahu arrive aux Etats-Unis invité par le Congrès et ignore le président Obama). Le président Obama aura déçu tout le monde, pour n'avoir pas été du côté de la morale. Nous lisons sur le site Blomberg sous la plume de Leonid Berchidski: «L'un des principaux résultats de la présidence de Barack Obama est le sentiment que les États-Unis ne sont plus la puissance dominante. Dans les conditions actuelles, Washington peut être négligé, la Russie se trouve à l'avant-garde de cette nouvelle tendance: cette semaine, les ministres russe, iranien et turc des Affaires étrangères se sont réunis à Moscou afin de discuter de la situation en Syrie. Les États-Unis n'ont pas été invités. Au terme de cette rencontre, les ministres ont adopté une déclaration selon laquelle leurs pays se disent prêts à servir de garant de l'accord entre le gouvernement syrien et l'opposition. La déclaration précise notamment que tout autre pays «capable d'influencer la situation en Syrie» peut se joindre à cette initiative. Dans sa récente intervention, le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov a souligné que la Russie et les États-Unis restaient en contact, mais qu'à chaque fois que Moscou et Washington concluaient un accord, les Américains ne respectaient pas leurs engagements et se mettaient à faire la morale. (...) Un autre argument est le Brexit que les Britanniques ont voté en boudant les États-Unis avec leurs mises en garde. L'aspiration grandissante globale à prendre ses distances de Washington est le résultat direct des incohérences d'Obama dans sa politique extérieure. Il la qualifie d'«orientée vers les valeurs», alors que la majorité des pays du monde ne partagent pas ces valeurs, soupçonnent les USA de jouer double jeu et les accusent d'arrogance.» (1)

Le conflit libyen
Un cadeau du tandem Obama-Clinton, de Cameron et de Sarkozy est le chaos en Libye après le lynchage d'El Gueddafi. Ces quatre personnes ne seront plus là, mais le drame libyen est toujours actuel. «En Libye, écrit le général Jean-Bernard Pinatel, l'année 2017 va commencer avec une situation profondément modifiée par rapport à janvier 2016 tant sur les plans politique que sécuritaire. Cette évolution constitue un succès pour la politique russe et chinoise en Méditerranée orientale et annonce l'échec de l'accord de Tunis de décembre 2014, réalisé sous l'égide de l'ONU et soutenu par les puissances occidentales. Sur le plan sécuritaire, comme on pouvait l'entrevoir au début 2016, la greffe de Daesh n'a pas réussi à prendre en Libye. Sur le plan politique, ces actions, qui sont probablement l'amorce d'un ralliement de Misrata au général Haftar, fragilisent le Conseil de Présidence issu de l'accord de Tunis de décembre 2014 et qui est présidé par Fayez al-Sarraj et dont les Misratis étaient le principal soutien. Face à cette situation c'est clairement le général Haftar qui tient dans ses mains l'avenir du pays à condition qu'il arrive à pérenniser son rapprochement avec Misrata. (...) Comme le constatait le secrétaire général de l'ONU dans son rapport du 1er décembre 2016 sur la Mission d'appui des Nations unies en Libye, la situation politique est toujours bloquée. Le Conseil de la Présidence est incapable de mettre en application l'Accord politique libyen conclu en décembre 2015. (2) (3)
Cependant, une lueur d'espoir avec les visites à quelques jours d'intervalle du maréchal Haftar et du Premier ministre libyen Fayez al-Sarraj à Alger ces derniers jours augurent d'une entente entre les deux parties protagonistes. Si cela réussit, le drame de la Libye cessera en 2017. L'Algérie qui s'est éloignée du fait des parasitages en tout ordre revient à sa façon d'une faon discrète et pourrait faire aboutir un accord.

Que sera le monde en 2017
Pour Jean-Claude Junker, président de la Commission européenne, le ras-le-bol des peuples composant l'Europe c'est du populisme. Pour lui: «Les démocraties occidentales seront encore contestées l'année prochaine, car on prévoit des partis populistes faire des gains en Europe». La démocratie libérale en Europe et aux États-Unis est en crise.
Le populisme de droite a augmenté au cours des dernières années, alimenté par l'agitation sociale provoquée par la récession en cours, le terrorisme, et de la xénophobie déclenchée par un afflux massif de réfugiés et de migrants de la guerre par le Moyen-Orient et en Afrique. Nulle part ils ne parlent de leurs responsabilités: «L'enfer c'est les autres», disait Sartre. Ayant été sourds aux appels désespérés des peuples les dirigeants européens furent choqués par le vote des électeurs anglais (Brexit) de ne pas rester sur le bateau Europe qui fait eau de toutes parts. Ils font peur aux électeurs en diabolisant Marine Le Pen qui pourrait être élue présidente de la France. De même pour eux l'islamophobe des Pays - Bas (PVV), Geert Wilders, pourrait remporter les élections. Les négociations du Brexit seront lancées en mars, si le Premier ministre britannique Theresa May déclenche l'article 50. Pour les décideurs de l'UE, les principaux défis découlent de «la perception d'un manque de contrôle et de craintes liées à la migration, le terrorisme et l'insécurité économique et sociale», lit-on dans les conclusions du sommet de Bratislava. Trois dirigeants des pays du G7 sont sur le point de quitter le pouvoir. Après Barack Obama, Mattéo Renzi, David Cameron et François Hollande, le G7 sera affaibli car l'Italie, l'hôte de la célébration du Traité de Rome aussi. Le sommet du G7 est en pleine tourmente car l'Italie est à la fois trop importante pour la laisser échouer, et trop grande pour pouvoir la sauver financièrement. En face, l'inoxydable Poutine, le sage chinois et l'énigmatique indien. Ni la Russie ni la Chine ne sont invités au sommet qui se tiendra en Sicile, en dépit de leur influence croissante au Moyen-Orient et de l'Asie du Sud-Est. Le 31 juillet, les dirigeants européens doivent renouveler les sanctions imposées pour faire plier Poutine sur l'Ukraine. Si Trump rompt les rangs par l'assouplissement des sanctions, l'Union européenne aura du mal à maintenir sa cohésion car même dans les 27, certains pays ne veulent plus participer à cette punition qui a permis à la Russie d'être plus autonome, voire autosuffisante.
Le 31 mars, le Premier ministre britannique enverra une lettre à Bruxelles pour déclencher le compte à rebours de deux ans pour le divorce. En Allemagne, Angela Merkel est menacée par la colère et la peur depuis que plus d'un million de demandeurs d'asile sont venus en Allemagne. De plus, l'attentat de Berlin du 19 septembre a donné du grain à moudre aux extrémistes qui peuvent empêcher un quatrième mandat de Angela Merkel en septembre.

L'énigme Trump
La victoire de Donald Trump a stupéfié les Européens qui avaient misé sur Hillary Clinton plus proche de l'idéologie obamienne. Donald Trump, qui prend les rênes de la Maison-Blanche le 20 janvier, se prépare à désengager l'Amérique de la scène mondiale. Le vide politique sera rempli par la Chine, qui aspire à devenir une superpuissance mondiale, dans le domaine économique. Si le président Trump tient toutes ses promesses, ce sera un chamboulement dans les pays satellites et au Moyen-Orient. Il est possible que «America first» permettra une certaine retenue sur le front syrien avec un deal avec la Russie. Par contre, concernant Israël nous allons au-devant d'une escalade, notamment avec la volonté américaine d'annuler la fameuse résolution concernant les colonies. S'agissant du climat, la COP21 présentée comme un succès a été un vaste canular qui a lancé un sortilège sur les participants, Aucune limite à la pollution, aucune contrainte. Même si en 2016 un accord a été signé par les grandes puissances le 4 novembre enlevant de ce fait toute crédibilité à la Cop22 qui a démarré le 7 novembre. Le président Trump climato-sceptique devant l'Eternel nous promet de détricoter l'accord et avec l'abandon des 2 °C.

Le conflit israélo-palestinien
Après s'être abstenu lors du vote du Conseil de sécurité sur l'arrêt de la colonisation en Palestine occupée, les Etats-Unis s'apprêteraient à proposer la reconnaissance d'un Etat palestinien! Celui-ci inclurait des échanges de territoires et une reconnaissance des frontières de 1967. Selon le journal palestinien Al-Quds, l'un des points majeurs de sa proposition résiderait dans une reconnaissance d'un Etat palestinien se fondant sur le tracé des frontières de 1967 avec Jérusalem-Est comme capitale. En échange, les Palestiniens devraient reconnaître Israël comme Etat juif, John Kerry envisagerait de proposer ce texte au mois de janvier, soit quelques jours à peine avant la passation de pouvoir entre Barack Obama et Donald Trump. (4)

Et en Algérie
Déjà en 2015 nous attirions l'attention sur les problèmes du pays, notamment sécuritaires. Les Algériens savent que le pays est en danger avec ce qui se passe à nos frontières. Quelque chose venant des Américains et des Occidentaux se concocte. Cependant, il en est autrement sur le plan économique. L'Algérie a perdu plus de 50% de ses revenus pétroliers. A tort, l'Algérie ne faisant pas preuve d'humilité pense qu'elle a réglé le problème des prix du pétrole. Ce qui est non seulement faux, mais surtout dangereux, car deux messages sont distillés: l'Algérie pays des miracles et le deuxième message plus dangereux celui de retomber dans le farniente «Arrougdou» «Dormez braves gens, le pétrole veille sur votre paresse».
Plus que jamais, une feuille de route est nécessaire pour une transition multidimensionnelle sur tous les plans (énergies, agriculture, éducation, économie de la connaissance), qui serait une rupture avec le schéma traditionnel de gestion. Pour cela il faut initier un débat avec les experts, la société civile, les étudiants, bref les forces vives de la nation. Un Etat stratège devait donner l'exemple, notamment par la réduction du train de vie, par une pédagogie des actions qui doivent être acceptées et mises en oeuvre par les citoyens. S'agissant de l'intégration, il est illusoire de croire que nous pouvons fabriquer à titre d'exemple le silicium, les pays européens l'achètent en Chine. Par contre, un partenariat d'ensemble avec un pays leader est indiqué. Nous avons perdu dix ans à dire que le photovoltaïque n'était pas rentable! Enfin, personne ne peut garantir à moins d'être devin qu'il y aura du pétrole en Algérie en 2030! Même le mode de transport sera hybride et le diesel va disparaître. Pourquoi construire 3 raffineries et miser sur le diesel? Pourquoi ne pas laisser un viatique aux générations futures et miser surtout sur les usages nobles du pétrole comme la pétrochimie? Enfin, rien ne peut se faire encore une fois sans la formation des hommes qui est absente du discours des hommes politiques actuels.

1. https://fr.sputniknews.com/international/ 201612241029332861-usa-russie-negligence/
2. http://arretsurinfo.ch/vers-une-prise-de-pouvoir-du-general-khalifa-haftar/
3. http://www.geopolitique-geostrategie.fr/
4.https://francais.rt.com/international/31338-etats-unis-sappreteraient-proposer-reconnaissance-etat-palestinien

Suivez ces commentaire via le flux RSS Réactions (0)

total :| Affiché :

Réagir à cet article

Entrez le code que vous voyez dans l'image s'il vous plait:

Captcha