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POUR UNE TRIPARTITE DU DÉVELOPPEMENT HUMAIN DURABLE

Un pari à notre portée

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La stagnation actuelle aux alentours de 56 dollars le baril n'arrange pas les pays de l'OpepLa stagnation actuelle aux alentours de 56 dollars le baril n'arrange pas les pays de l'Opep

«Si vos projets portent à un an, plantez du riz; à dix ans, plantez un arbre. Si vous voulez que vos projets portent à l'éternité, éduquez un enfant.» Lao Tseu 500 av. J.-C.

Dans cette contribution je veux profiter de ce vingtième rendez-vous des forces vives du pays pour proposer une vision du Développement humain durable. Je vais articuler mon plaidoyer d'abord sur la situation énergétique mondiale et ses tendances à 2030 -2035. Dans un deuxième temps je ferai un état des lieux de la situation énergétique actuelle, des efforts réalisés et des voies et moyens à mettre en oeuvre une transition énergétique vers un Développement humain durable, qui, faut-il le rappeler, est une vision qui devrait impliquer les citoyens.

La situation énergétique mondiale et ses perspectives
L'avenir de l'humanité est devenu l'enjeu majeur du XXIe siècle. Cette préoccupation nous concerne tous, parce que nous avons atteint les limites de ce que peut supporter notre biosphère, la Terre. On sait que la chute des prix du pétrole de plus de 60% a fait perdre aux pays de l'Opep 1000 milliards de dollars. Il semble que la stagnation actuelle aux alentours de 56 dollars le baril n'arrange pas les pays de l'Opep; l'Arabie saoudite vise à porter les cours à 60 dollars d'ici la fin 2017. Un tel niveau correspondrait à un niveau idéal permettant de soutenir l'investissement dans le secteur pétrolier, sans pour autant encourager la production d'hydrocarbures de schiste aux Etats-Unis. Ce qui est faux car les producteurs américains produisent maintenant avec des prix actuels. Le nombre d'appareils de forages a été multiplié par deux passant de 420 à plus de 800. Cependant, les pays développés ont des stratégies en partant du fait que la conférence de Paris devrait être vue comme un tournant si on veut limiter les effets du réchauffement à moins de 2° C en limitant de ce fait la consommation des énergies fossiles pour stabiliser les émissions de CO2 autour de 400 ppm. Les grands pays consommateurs mettent en place des stratégies intégrées, un bouquet énergétique qui mise sur les économies d'énergie, l'efficacité énergétique et les énergies renouvelables. Ainsi, le paquet climat-énergie de l'Union européenne a fixé l'objectif «20-20-20» ou «3x20» visant d'ici à 2020 à: faire passer la part des énergies renouvelables dans le mix énergétique européen à 20%; réduire les émissions de CO2 des pays de l'Union de 20%; accroître l'efficacité énergétique de 20%. Le 24 octobre 2014 un accord engage leurs pays à diminuer les émissions de gaz à effet de serre d'au moins 40% en 2030 porter la part des énergies renouvelables à 27%, économiser 27% des consommations d'énergie et tendre vers un taux d'interconnexion de 15%.

L'Energiewende ou la transition énergétique allemande
Les objectifs de l'Allemagne pour le milieu du siècle ont été annoncés après l'accident de Fukushima. L'Energiekonzept définit essentiellement les objectifs de l'Allemagne pour 2050, avec dans certains cas des jalons à 2020 ou 2030. Les principaux objectifs sont: sortir du nucléaire d'ici 2022. Les émissions de gaz à effet de serre devront baisser de 80% par rapport à 1990. Consommation d'énergie primaire: baisse de 50% de la consommation d'énergie primaire par rapport à 2008. L'électricité sera à 80% d'origine renouvelable. La consommation d'électricité: baisse de 25% par rapport à 2008 par des méthodes mettant en oeuvre l'efficacité énergétique. De plus, la consommation d'énergie dans les bâtiments devrait baisser de 80%. Enfin, la consommation d'énergie dans les transports, devrait baisser de 40% par rapport à 2005.

La stratégie énergétique chinoise
La Chine est le 1er importateur de pétrole depuis 2013 et est un importateur majeur de gaz naturel. Le charbon est la principale source d'énergie primaire dont la Chine est de loin le premier importateur et consommateur. La Chine a rejeté près de 6 tonnes de CO2/hab/an contre 16 tonnes/hab/an pour les Etats-Unis en 2012. Depuis 2013, la Chine achète pour plus de 6 millions de barils/jour de pétrole. La dépendance va dépasser les 60%. Plus de 1000 mines de charbon ont été fermées en Chine en 2016: d'ici 2030, la part du charbon dans le mix énergétique chinois devrait baisser de 67% à 44%, de ce fait, le pays développe une transition énergétique basée sur le nucléaire et les énergies renouvelables dont elle est le champion incontesté. Le barrage des Trois Gorges développe 18.000 MW de puissance autant que toute la production algérienne. La Chine est devenue en 2015 la première puissance ´´renouvelable´´ mondiale avec un montant record d'investissement de 110,5 milliards de dollars en 2015 en hausse de 17% par rapport à 2014, soit près du double du niveau dépensé aux États-Unis (56 milliards de dollars). La capacité éolienne installée s'est hissée à 33 GW l'année passée, La Chine a également ajouté 15 GW de capacité solaire photovoltaïque l'an passé, soit une croissance de +40% par rapport à 2014, portant le total installé à 43 GW et devenant, devant l'Allemagne, le numéro un.
Le plan, qui couvre la période 2016-2020, prévoit d'investir 361 milliards de dollars dans l'électricité à base de renouvelables d'ici 2020, avec à la clé 13 millions de nouveaux emplois. La consommation de charbon a commencé à baisser depuis 2013-2014. Le plan quinquennal prévoit d'arriver à 15% d'énergies non fossiles dans le mix énergétique d'ici trois ans. «Dans ces 15% sont comptés l'éolien (passage de 29 à 210 GW entre 2015 et 2020), le solaire (de 43 à 110 GW), mais surtout l'hydraulique et le nucléaire. Plus d'une trentaine sont en exploitation et une dizaine de centrales seraient en construction. En misant sur le secteur des énergies renouvelables, ils créent des emplois, élargissent la filière, gagnent des parts de marché à l'étranger et garantissent un environnement plus sain pour la population. Le pays est devenu le premier producteur mondial d'énergie solaire en 2016. La Chine s'affirme aussi comme le champion mondial des énergies renouvelables, avec 32 milliards de dollars investis dans des projets liés aux énergies renouvelables à l'étranger, soit 60% de plus par rapport à 2016.» (1)

Le Clean Power Plan des Etats-Unis
Le «Clean Power Plan», a été finalisé en août 2015. Dans ce Plan, l'administration américaine a pour objectif de réduire les émissions nationales de CO2 des centrales électriques existantes de 26% en 2020 et de 30% en 2030 par rapport à leur niveau de 2005. (...) utiliser des sources d'énergie moins émissives, améliorer l'efficacité des centrales, réduire la demande d'électricité, etc. ceci dans le but de réduire l'empreinte carbone du pays et d'une plus grande indépendance énergétique grâce à la révolution des hydrocarbures non conventionnels. Ainsi, dans le mix électrique américain d'origine renouvelable, la part combinée du solaire et de l'éolien a fortement augmenté. Elle est maintenant supérieure à 20%. En dépit d'une progression spectaculaire au cours des cinq dernières années, les énergies renouvelables (hors hydroélectricité) occupent une place modeste dans le mix électrique américain (7%). Avec l'administration Trump les premiers signes vont dans un renforcement de la production des pétroles et gaz de schiste, ce qui va induire une perturbation durable du marché pétrolier.

Les tendances futures de l'industrie des transports
Devant toutes ces avancées technologiques, la révolution des transports va perturber le marché pétrolier car le secteur des transports (40% de l'énergie) va graduellement être converti à l'énergie électrique renouvelable ce qui fait que la croissance du parc automobile actuellement de 1 milliard de voitures augmentera à près de 1,5 milliard de véhicules dont 100 millions seraient des véhicules électriques sans que la croissance d'essence et de diesel ne soit aussi importante. Cela concernera aussi les bus et les camions et plus largement la traction électrique (chemins de fer, tramway, métro).

Où en sommes-nous?
Nous avons une population de 40 millions d'habitants, des habitudes de consommation de pays riches que l'on se permettait tant que le baril valait 100 dollars et plus. Comment satisfaire la demande locale tout en préservant ses parts de marché à l'export? La consommation d'électricité augmente de 8% par an, la consommation de gasoil a triplé entre 2000 et 2014, et celle de l'essence a plus que doublé durant cette période. Nous consommerons dans les prochaines années 40 milliards de m3 de GN avec une consommation irrationnelle. Cela est dû aux subventions qui sont données tous azimuts. Nous devons changer de fusil d'épaule et avoir une vision d'ensemble, ce n'est pas seulement des MW renouvelables à installer, c'est une rupture d'avec le schéma de consommation d'avant.
Selon la Banque mondiale, le déclin de la production primaire et l'état des réserves prouvées «placent le pays dans une nécessité de préparer et d'anticiper l'après-pétrole à l'horizon 2035 dès aujourd'hui». Pour relever le défi énergétique de l'après-pétrole l'institution de Bretton Woods propose, une stratégie articulée autour de quatre points. «Des actions d'efficacité énergétique, des actions de développement des énergies renouvelables. Ces deux actions ne pourront être optimisées que si les points suivants sont déployés, à savoir le renfoncement de la participation du secteur privé et des mesures d'intervention au niveau de la réduction des subventions. Pour le développement optimum du programme des 22.000MW il faut mettre en place un cadre réglementaire clair et stable qui donne une bonne visibilité aux investisseurs. Et pour le pays, profiter des possibilités financières avantageuses offertes par la Banque mondiale et développer une filière industrielle intégrée.» (2)

La technologie au secours de l'homme: la révolution de l'électricité renouvelable
L'électricité renouvelable sera la colonne vertébrale de la consommation énergétique du futur. Le pétrole sera surtout utilisé pour la pétrochimie De ce fait, la Révolution du transport en voiture, bus, camion et rails électriques est en marche. 2 millions de voitures électriques circulent actuellement dans le monde, on en prévoit 100 millions en 2035. Après les voitures hybrides, le marché pousse directement vers les voitures électriques, graduellement l'essence et surtout le gaz oil seront réduits (le gas oil sera supprimé d'ici 2030 car cancérigène). Volkswagen ne produira plus de véhicules au gas oil à partir de 2025, le gas oil (diesel pose un problème de santé publique, car cancérigène, mais aussi génère des maladies cardiovasculaires, l'asthme). Le gas oil algérien est encore plus dangereux que le gas oil européen (norme euro 6 cent fois moins de particules nocives que le gas oil algérien qui est à la norme euro 2). La révolution du transport par l'électricité renouvelable (solaire, éolien. hydraulique..) est un nouveau challenge que même les compagnies pétrolières essaient de relever.
Nous devons dépasser la vision classique de consommation de plus en plus dépassée ailleurs. C'est une erreur que de vendre le pétrole, un produit aussi noble, à 50 dollars le baril, alors que le baril d'essence est vendu en Europe à 250 dollars! Et le baril de pétrole serait quant à lui à 400 dollars. Si l'Algérie rentre dans l'aval pétrolier en Europe ou ailleurs, elle ne se contenterait pas de vendre du pétrole, mais des produits à forte valeur ajoutée: carburants, mais aussi produits pétrochimiques. Cependant, l'avenir de l'Algérie n'est pas uniquement dans les hydrocarbures qu'il faut garder pour les générations futures, mais aussi et surtout dans «le Sahara qui peut s'il était réellement développé être une véritable pile électrique». Notre gisement solaire est trois fois plus important que celui de l'Allemagne (en Inde un appel d'offres a été adjugé à 5 cents le kWh!). Nous devons avoir à l'esprit que «chaque calorie exportée devrait correspondre à l'importation d'un savoir-faire.» La Chine ou l'Allemagne pourraient nous aider d'une façon importante dans la mise en place du solaire. En fait, «calorie thermique contre kWh voilà le nouveau deal». D'ici à 2030 nous allons graduellement chaque année faire un effort tous ensemble, les ministères sont tous concernés pour réaliser ce challenge:
1° Nous devons faire la chasse au gaspillage sous toutes ses formes. Nous pouvons économiser sur le gaz naturel environ 50% de la consommation en utilisant des chauffe-eau solaires qui peuvent être aidés par un chauffage d'appoint.
2° Nous devons diriger les subventions sur l'énergie et l'eau vers ceux qui en ont besoin. De ce fait, il y a lieu par exemple, de substituer au régime de subventions actuel un système de compensations ciblées et directes au profit des couches les plus défavorisées
3°Dans ce cadre des économies de carburants, le diesel cancérigène devrait être graduellement réduit
4°Nous devons avoir une politique volontariste pour le sirghaz (GPL) avec une politique d'au moins 100.000 véhicules/an convertis au sirghaz. Il en est de même du GNC. Dans certains pays il est possible aux particuliers de s'alimenter à partir des compteurs de gaz domestiques.
5° La réhabilitation du Barrage vert et d'une façon générale les plantations d'arbres systématiques devraient faire l'objet d'une attention continue. A titre d'exemple Sonatrach vient de donner l'exemple d'une entreprise citoyenne en prenant en charge la plantation de milliers d'arbres. «La révolution électrique est un challenge qui devrait nous permettre de revoir fondamentalement la vision du transport en misant sur des transports en commun bus, tramway, chemin de fer et camions.» Nous devons nous aussi sauter une étape et penser à mettre en place un modèle à 50% renouvelable à 2030. Nous pourrions commencer dès à présent à encourager en plus du GPL, la locomotion électrique. Il serait indiqué d'encourager les «monteurs» sous licence de voitures électriques et des camions électriques et même demander aux constructeurs étrangers de nous faire gagner cette étape cruciale pour le pays car elle diminuera la pression sur les hydrocarbures que l'on devrait laisser aux générations futures. A titre d'exemple, la Golf électrique ne coûte pas plus cher que la Golf diesel (30.000 euros en Allemagne 3,5 millions de DA).
Imaginons que 25% de l'énergie électrique proviendrait d'ici 2030 des énergies renouvelables. Cette énergie électrique pourrait impulser un développement de la locomotion électrique. Une voiture électrique consomme de l'électricité qui provient du solaire. Une voiture électrique peut même se charger à partir d'une prise électrique. Si on ambitionne 25% des voitures électriques en 2030, c'est l'équivalent de 3 millions de tonnes d'essence disponibles pour l'exportation avec en plus une diminution de la pollution et ceci chaque année et encore mieux si elles ne sont pas consommées, c'est un viatique pour les générations futures.
Tout revient en définitive à la formation des hommes, une bonne partie des enseignements du supérieur devrait être revue, notamment dans les disciplines technologiques pour prendre en charge les nouveaux défis. En Allemagne 37% des étudiants sont inscrits en technologie et en sciences. En Inde 33% et en Algérie moins de 10%. La création de richesse passe par une formation appropriée et de qualité. Le développement du pays nous commande un recours d'une façon massive à l'université. Comment mobiliser le plus grand nombre autour d'une utopie seule capable de sauver l'Algérie quand la rente ne sera plus là. Il serait indiqué de soumettre cette vision du futur aux grands acteurs de la scène économique. Le Développement humain durable est avant tout une rupture avec le gaspillage tous azimuts des denrées alimentaires, notamment du pain, de l'énergie, de l'eau. Assurément il mérite qu'on lui consacre une tripartite. Je suis sûr que son impact sera apprécié par les citoyens.

1.http://www.liberation.fr/planete/2017/01/06/la-chine-sur-le-podium-des-energies-renouvelables_1539558
2.http://elwatan.com/economie/la-bm-met-l-algerie-en-demeure-02-03-2017-340333_111.php

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