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LA DOCTRINE TRUMP ET LA RESTRUCTURATION DU MONDE

Que fait l'Algérie pour sa visibilité?

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Le président des Etats-UnisLe président des Etats-Unis

«L'Internet est le futur baril de pétrole.» Bill Gates inventeur de Microsoft

Le monde se réorganise à grande vitesse. Les prémices étaient prévisibles avec la fin du monde unipolaire. Les peuples relèvent la tête. Tout est parti pour la période récente de la formation des Brics qui avaient l'ambition d'être un contre poids à l'Empire au nom de la mondialisation, du libre-échange, du consensus de Washington, bref de toutes les recettes, voire la doxa imposée par l'Empire et ses vassaux quand cela arrangeait leurs affaires. Restaient les matières premières, là il n'y a pas 36 solutions ou c'est le soft power à la chinoise avec le slogan «winn-winn» ou c'est le hard power la démocratie aéroportée pour les peuples qui ont soif de liberté, au passage on les dépouille de leurs richesses. Si cela ne suffit pas on créé des révolutions multicolores et autres printemps arabes, l'essentiel est de créer un chaos réorganisateur, selon le mot de Candie Rice.
Le monde se réorganise constamment. On apprend à titre d'exemple que la Chine met sur pied un nouveau bloc baptisé les Brics. Plus avec la participation de 11 pays. «L'Iran, le Pakistan, le Bangladesh, le Nigeria, la Corée, le Mexique, l'Indonésie, la Turquie, les Philippines et le Vietnam en sont les membres. Le ministre chinois des Affaires étrangères, Wang Yi, a également annoncé que Pékin tentait de promouvoir ses relations avec les pays en voie de développement et de définir les objectifs stratégiques de ce bloc. (...) Il est à noter que la Chine présidera en septembre de l'année en cours les Brics. Aux dires des experts, en formant ce bloc Pékin cherche à renforcer son influence sur l'échiquier mondial et à modifier ses politiques vis-à-vis des Brics et des pays à l'instar de l'Inde. Le président chinois estime que les pays membres des Brics soutiennent les pays en voie de développement et ils constituent une force pour protéger et sauvegarder la paix dans le monde.» (1)

Une nouvelle architecture globale, prélude d'un monde multipolaire
Même les pays du Golfe que l'on croyait embués par les vapeurs de narguilés bougent et vont plus loin, ils ambitionnent eux aussi de créer des alliances. Ainsi, on apprend que le roi saoudien Salman s'est rendu en Indonésie, la nation musulmane la plus peuplée du monde avec comme doctrine l'exportation du wahhabisme diplomatique, version carnet de chèques pour emporter l'adhésion. Wayne Madsen analyse ces différentes stratégies qui ne touchent pas seulement les pays du Golfe mais tout l'Extrême-Orient.: «Salman écrit-il s'est également rendu en Malaisie, qui a été impliquée dans un scandale politique majeur découlant de l'acceptation par son Premier ministre, Najib Razak, d'un «don» d'un milliard de dollars de la part d'une société publique saoudienne. Cette projection du pouvoir saoudien en Asie du Sud-Est et le voyage du roi d'Arabie saoudite en Indonésie, première visite d'un monarque saoudien depuis 1970, par le roi Fayçal, interviennent alors que le président américain Donald Trump annonce que les États- Unis vont considérer leur intérêt national avant celui des autres pays.» (2)
«Alors que Trump a demandé une augmentation massive du budget militaire pour le Pentagone, il y a clairement un changement dans les alignements mondiaux en raison de la nouvelle politique bilatéraliste de l'Amérique, en opposition au multilatéralisme. L'objectif immédiat et déconcertant de Salman de visiter l'Indonésie, la Malaisie, le Brunei et les Maldives, tous pays à majorité musulmane, semble être de stimuler les sociétés musulmanes déjà strictes du Brunei et des Maldives et d'encourager la radicalisation islamique en Indonésie et en Malaisie, deux pays qui abritent d'importantes minorités chrétiennes, bouddhistes et d'autres groupes religieux. (...) Au-delà de la propagation du wahhabisme radical, les Saoudiens adoptent une politique stratégique «tournée vers l'Est». Salman et son entourage vont également se rendre au Japon et en Chine. À Pékin, Salman pourrait être attendu, au sujet du soutien de l'Arabie saoudite aux Ouïgours musulmans qui se battent dans la région autonome du Xinjiang-Ouighour (XUAR) pour un État islamique indépendant «du Turkestan oriental». (2)
Les Émirats arabes unis étendent également leur influence au-delà du Golfe. Ils ont récemment annoncé qu'ils construisaient une base militaire à Berbera, sur le golfe d'Aden, dans la république séparatiste de Somaliland, qui n'est pas reconnue au niveau international. Le Somaliland a déclaré son indépendance de la Somalie en 1991. La base du Somaliland s'ajoute à une base des EAU déjà en activité à Assab en Érythrée. En outre, les Saoudiens envisagent une base militaire à Djibouti pour soutenir leur campagne génocidaire contre les forces anti-saoudiennes au Yémen. La Turquie a également établi sa première base militaire en Afrique, dans la capitale somalienne de Mogadiscio.» (2)
«Il n'y a pas si longtemps poursuit Wayne Madsen, le président Obama annonçait son «pivot économique et militaire» vers l'Asie, fondé sur le partenariat transpacifique (TPP) Après le retrait de Trump du TPP, l'Australie se tourne vers la Chine pour des liens économiques plus étroits, les Philippines veulent mettre fin à la présence des troupes américaines dans le pays, et, comme on le voit avec la visite du roi Salman, l'Indonésie et la Malaisie lancent de nouveaux partenariats stratégiques avec le Moyen-Orient.» (2)
Wayne Madsen cite aussi l'Inde qui veut compter dans le futur: «L'Inde a construit des bases navales sur l'île de l'Assomption aux Seychelles et dans l'archipel d'Agalega, un territoire de l'île Maurice qui se trouve à 1000 kilomètres au nord de Maurice. L'Inde entretient également une installation radar de renseignements dans le nord de Madagascar, près d'Ambilobe, et un dépôt naval à Mascate, Oman. (...) Singapour est en train de négocier des droits pour une base aérienne, destinée principalement à la formation de pilotes de la Force aérienne singapourienne, à la base aérienne d'Ohakea en Nouvelle-Zélande et à la base aérienne d'Anderson, dans le territoire américain de Guam. (...) Le Pacifique Sud pourrait bientôt rejoindre la Corne de l'Afrique et l'océan Indien, comme endroit où tout le monde cherche à établir des bases navales et aériennes. La Chine est connue pour s'intéresser à de telles bases dans les pays qui sont les principaux bénéficiaires de l'aide chinoise, comme Fidji, les îles Samoa, les îles Tonga ou le Vanuatu. Les États-Unis considèrent le Pacifique Sud comme un «lac américain», mais comme ses substituts régionaux, l'Australie et la Nouvelle-Zélande, cherchent de nouvelles relations stratégiques, d'autres acteurs étatiques, dont le Japon, l'Inde, la Russie, l'Allemagne et le Canada, pourraient établir leur propre présence militaire dans la région.» (2)

L'Europe se cherche: une puissance économique aux pieds d'argile
Il est devenu patent que l'Europe sans le sabre ne sera pas audible, nous l'avons vu avec le problème palestinien, le quartette et tout le cinéma des puissances fondatrices de l'Europe qui se veulent plus égales que d'autres. Cette tentation est plus que jamais affirmée lors du dernier sommet européen où on parle de plus en plus d'une Europe à au moins deux vitesses. La France s'accroche à la locomotive de l'Allemagne et tente de garder la tête hors de l'eau bien qu'elle soit la seule puissance nucléaire maintenant que le Royaume-Uni a quitté le navire en perdition. On comprend que pour Trump L'Europe n'est plus l'Europe. Il sème la division et le départ des Britanniques est du pain bénit pour les Etats-Unis. De plus, engluée avec des pays de l'ex-Europe qui ne sont là que «pour profiter des subsides» et qui sont plus nationalistes que jamais quand il s'agit des migrants, preuve que les droits de l'homme de l'Union européenne ce fameux mythe fondateur a fait long feu. Ces droits de l'homme qui autorisent l'emploi des femmes voilées sous certaines conditions dans l'administration. C'est dire si les demons du nationalisme, ce chauvinisme de la prospérité est en train de formater durablement les élites qui feront tout pour avoir les suffrages des peuples en surfant sur les peurs comme en France, où il ne faut pas croire que l'extrémisme est monopole du FN, la droite et son représentant rattrapé par les affaires fonce dans le brouillard et tente de rameuter les extrêmes en caressant dans le sens du poil l'électorat de l'extrême droite.
Curieusement, la situation actuelle de l'Europe était globalement la même il y a plus de 60 ans. La contribution suivante due à, nous le confirme François Honti, l'un des fondateurs avec Hubert Beuve-Méry du Monde diplomatique: «(...) La Communauté économique européenne pourra-t-elle dans un proche avenir cheminer vers la formation d'une union politique et militaire? Le sort de la CEE. dépend en définitive de la réponse qui sera donnée à cette question; une puissance économique qui n'est pas en état d'assurer sa propre défense ni de définir une ligne politique commune risquerait de se désintégrer à l'occasion d'une crise internationale. La supranationalité, qui était à l'origine l'objectif des Grands Pays européens, est apparue comme prématurée; l'opinion publique des Etats membres ne paraît guère prête à accepter que des décisions prises par un organisme extra-national puissent, le cas échéant, être jugées plus ou moins préjudiciables à certaines catégories de citoyens, ce qui arriverait fatalement tôt ou tard; le gouvernement non plus, car c'est lui qui aurait à répondre devant le Parlement et les électeurs d'actes décidés en dehors de lui.» (3)

Et l'Algérie dans tout çà?
La politique extérieure de l'Algérie manque de visibilité. C'est un fait, les efforts de l'Algérie en direction de l'Afrique ne sont pas payés de retour. L'Algérie a effacé des dettes de pays africains pour près d'un milliard de dollars. Comme récompense l'Algérie n'est plus audible comme auparavant dans les conférences africaines. Au-delà de l'épisode de la non-désignation de l'Algérie pour l'organisation de la coupe d'Afrique, l'épisode de la réadmission du Maroc au sein de l'Union africaine fait mal! Avons-nous démérité? Il serait plus que jamais opportun de réétalonner nos relations avec le monde qui nous entoure et chercher la légitimité d'abord en nous en étant confiant en nous et ne demandant pas de satisfecit de l'extérieur.
Nous le voyons avec la tentation actuelle qui veut qu'inexorablement nous confions notre destin à l'ancienne puissance coloniale qui voit en nous un pré carré à interdire aux autres. La dernière conférence du consul à Annaba est éloquente. Il annonce: «Pas moins de 410.000 visas ont été attribués aux Algériens en 2016, ce qui classe l'Algérie en deuxième position après la Chine. Ce qui est pour lui très important du fait des relations et liens humains et culturels entre l'Algérie et la France. 90% d'étudiants étrangers en France sont des Algériens, soit 27 000 étudiants. Il a également indiqué qu'entre 5 et 8 millions d'Algériens vivent en France précisant que ce chiffre peut être revu à la hausse au vu des personnes qui ne se déclarent pas. La France jouit de 11 millions de locuteurs en Algérie, ce qui permet une communication fluide et le développement plus louable dans le partenariat entre les deux pays. il y a 300 vols entre l'Algérie et la France et que rien qu'entre Alger et Paris on note 12 vols par jour. 450 entreprises françaises présentes en Algérie, la France reste un partenaire incontournable pour l'Algérie. Le conférencier qui indique que l'Algérie est très bien positionnée, à savoir 54ème dans le monde, quatrième en Afrique et deuxième en Afrique du Nord avec un PIB de 168USD en 2016 constitue un plateau d'investissement très important.
Si on veut décoder les non-dits, le fait qu'il y ait des gens qui voyagent c'est bon pour le tourisme français à défaut de tourisme en Algérie. Il n'est pas juste que les étudiants étrangers - hors algériens- en France n'interviennent que pour 10%. Par contre le chiffre de 27 000 étudiants est minoré. Ce sont des milliers de diplômés qui participent au développement scientifique et technologique de la France sans qu'ils n'aient coûté un centime. L'Unesco évalue à 100 000 $ la formation d'un bac +5. C'est cela l'émigration choisie...
On le voit, le drame des peuples européens était inscrit dans l'ADN des traités initiaux: tout se décide en dehors d'eux. François Honti va plus loin en proposant une forme d'organisation viable qui n'a pas pris une ride: «Dans ces conditions, la seule forme d'union possible pourraît être une confédération qui ne toucherait pas à la souveraineté intérieure des Etats et n'imposerait à leur souveraineté extérieure que les restrictions indispensables pour établir un programme de politique extérieure et un système de défense communs. Il semble que c'est vers une telle formule que tend la proposition française de secrétariat politique. Ce n'est sans doute pas l'idéal, mais c'est dans le domaine du possible et permettrait aux pays européens de prendre en main leur propre destin.» (3)

En conclusion
«Il ne faut pas se faire d'illusion écrit François Honti avec des phrases prophétiques: si un partage conforme aux réalités nouvelles peut momentanément aboutir à un meilleur équilibre, celui-ci sera toujours menacé d'être remis en question par les rivalités inévitables et les rapports de force changeants; il ne mettra pas non plus fin à l'exploitation des faibles par les forts. Et quelle place sera faite à des puissances montantes comme la Chine, le Japon et à l'Inde avec ses cinq cents millions d'hommes? Qu'en sera-t-il du Proche-Orient, où les intérêts américains et soviétiques s'opposent de plus en plus? Avec ou sans régionalisation, il n'y aura pas de solution durable tant que l'esprit communautaire ne prévaudra pas dans les relations internationales et que toutes les ressources humaines et matérielles de la Terre ne seront pas mobilisées et coordonnées au service du bien commun.» (3).
S'agissant de l'Algérie nous donnons l'impression de fonctionner sur un ancien logiciel qui puise ses fondamentaux dans la glorieuse révolution de Novembre qui ne fait plus recette à force d'être galvaudée. Le problème est de savoir pourquoi à l'instar des autres pays il n'y ait pas une nouvelle doctrine? Une nouvelle vision du futur avec de nouveaux partenaires en ne faisant plus de social avec les pays africains devient incontournable. Rien ne peut se faire sans l'éducation où devra être formé le cyber-citoyen de demain. Compter sur le pétrole ne nous mènera pas loin, c'est quelque part une malédiction qui a stérilisé toute initiative de s'en sortir par le haut et de créer de la richesse par le savoir.
Le fameux avis de Bill Gates dont la fortune issue de «ses neurones» est évaluée à près de 100 milliards de dollars, reçu par le président français François Mitterrand, il lui aurait dit «l'Internet est le futur baril de pétrole», devrait être pour nous la voie à suivre. Nous devrions miser sur la technologie et les sciences exactes en réhabilitant les sciences de l'ingénieur laminées. Le XXIe siècle nous impose d'inventer une autre révolution, celle de la légitimité du savoir avec la nécessité de maîtriser le fonctionnement du monde avec les outils du Web 3.0, du Dow Jones, du Brent du marché spot, autant de référents qui devraient constituer à titre d'exemple, le bréviaire de nos diplomates.

1.http://www.presstv.ir/DetailFr/2017/03/13/514164/La-Chine-cre-les-BRICS-Plus
2.Wayne Madsen http://lesakerfrancophone. fr/une-nouvelle-architecture-globale-prelude-dun-monde-multipolaire
3.François Honti https://www.monde-diplomatique.fr/1972/04/HONTI/30842

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