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LES YÉMÉNITES EN PERDITION

Une guerre de religion pour le pétrole

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Depuis sa naissance jusqu'ici, le régime saoudien a déclenché de nombreuses guerres contre le YémenDepuis sa naissance jusqu'ici, le régime saoudien a déclenché de nombreuses guerres contre le Yémen

«Rien ne se construit, ne se fait, ne s'invente, sinon dans la paix relative, dans une petite poche de paix locale, rare, maintenue au milieu de la dévastation universelle, produite par la guerre perpétuelle.» Michel Serres, philosophe

Qui se souvient de l'Arabie heureuse? l'actuel Yémen, qui représentait, pour les Romains, le plus souvent une terre semi-fabuleuse, où habitait le phénix et d'où provenait l'encens nécessaire aux actes religieux, ainsi que d'autres épices: «Au-delà du débouché du Nil, à Péluse, lit-on sur Wikipédia, se trouve, baignée par la mer Rouge, l'Arabie dite heureuse, regorgeant de parfums et de richesses. L'Arabie heureuse (Arabia felix) s'opposait par son nom aux autres «Arabies» connues par les Romains: l'Arabie pétrée, ancien royaume des Nabatéens, l'Arabie déserte, constituée de déserts parcourus par les Arabes. La riche civilisation caravanière de la myrrhe et de l'encens, c'était bien avant l'avènement du pétrole.
La tourmente actuelle qui semble s'être installée durablement au Moyen-Orient prélude à un nouveau partage du monde. Les partages des territoires des peuples faibles entre la Grande-Bretagne (perfide Albion) et son âme damnée la France, furent une constante depuis la défaite à Waterloo et l'exil de l'empereur Napoléon. Ce sera ensuite le congrès de Vienne, la conférence de Berlin. Tantôt adversaires comme dans le partage de l'Afrique comme à Fachoda où les deux rivalités éclatèrent au grand jour. Ainsi, les projets d'expansion français vers l'Est (pour relier l'Atlantique - Dakar - à la mer Rouge - Djibouti) et les projets britanniques d'extension du chemin de fer Le Cap - Le Caire, se sont heurtés à Fachoda le 18 septembre 1898. L'incident a donné naissance du côté français au «complexe de Fachoda». Plus tard, le conflit né de la Première Guerre mondiale n'était pas encore terminé que les deux compères pensent à se répartir la dépouille encore fumante de l'Empire ottoman agonisant. Ce furent les tristes accords.
Sykes-Picot dont les répliques se font sentir un siècle après.

Est-ce une guerre de schisme dans l'islam?
Dans une contribution précédente, nous avions décrit l'historique des inimitiés de l'Arabie saoudite et du Yémen. On nous dit que c'est une guerre schismatique: le conflit sunnite - chiite date de Ali (gendre du prophète, Qsssl). Les chiites ne reconnaissent pas les trois califes (Arrachidine: les bien guidés) qui ont suivi la mort du prophète (Qsssl) du fait qu'ils ont usurpé le califat qui devait revenir à Ali. Le conflit actuel contient les ingrédients d'une guerre de religion avec le Web 2.0. La cause? Pour nous convaincre, le ministre Riyadh Yassine a agité la menace d'une prise de contrôle du Yémen par l'Iran, principal soutien des Houthistes.

La réalité du conflit: le pétrole et le gaz
Depuis sa naissance jusqu'ici, le régime saoudien a déclenché de nombreuses guerres contre le Yémen sous des prétextes quelconques; or le vrai objectif est de faire main basse sur les ressources pétrolières du Yémen.: «La guerre qu'ont récemment déclenchée les Saoudiens et la coalition arabo-américaine contre les Yéménites s'explique dans ce sens. En 1934, le régime saoudien a déclenché sa première guerre contre le Yémen et occupé les provinces de Jizan, d'Assir et de Najran. Il s'est emparé également de Wadiya et de Sharoura au cours des deux guerres qui ont éclaté durant les années 70. Le site Internet Arabi Presse explique ainsi l'objectif du régime saoudien dans sa guerre contre le Yémen: «L'objectif de l'Arabie saoudite dans son intervention militaire contre le Yémen est bien clair et c'est de s'emparer de l' Hadramaout, dans le Sud-yéménite. Le Yémen, notamment ses provinces M'arib, Jawf et Hadramaout sont riches en gisements pétroliers. En 1979, une compagnie pétrolière italienne a commencé ses activités dans l'Est du Yémen, plus précisément au Hadramaout et elle a annoncé en 1982 avoir découvert des gisements pétroliers prometteurs dans les différentes régions du Yémen.» (1).
L'exploitation de pétrole dans le pays est centrée sur deux ensembles de gisements, Ma'rib et Massila. Fin 2010 la production était légèrement inférieure à 250.000 bbl/j. les exportations nettes ont chuté en 2002 à moins de 150.000. Ses réserves de brut prouvées sont de plus de 4 milliards de barils (640.000.000 de m³); le pays a commencé fin 2009 à exporter du gaz naturel liquéfié grâce à une usine de liquéfaction opérée par Total. «Un expert économique yéménite a déclaré que l'Arabie saoudite vole les réserves de pétrole brut de son pays dans des régions frontalières en collaboration avec le géant de l'énergie français, Total. «63% de la production de brut du Yémen est volée par l'Arabie saoudite en coopération avec Mansour Hadi, le président yéménite fugitif et ses mercenaires» a déclaré Mohammad Abdolrahman Sharafeddin à Fars News Agency (FNA). Sharafeddin a déclaré que Riyadh achète des armes et des munitions avec les pétrodollars volés au peuple yéménite et les fournit à ses mercenaires pour tuer les Yéménites. A la fin de l'année dernière, un autre expert économique a déclaré que Washington et Riyad avaient soudoyé l'ancien gouvernement yéménite pour qu'il s'abstienne d'organiser des forages pétroliers et des activités d'exploration, ajoutant que le Yémen a plus de réserves pétrolières que toute la région du golfe Persique. «L'Arabie saoudite a signé un accord secret avec les Etats-Unis pour empêcher le Yémen d'utiliser ses réserves pétrolières durant les 30 dernières années» a déclaré Hassan Ali al-Sanaeri à FNA. Al-Sanaeri a ajouté que le Yémen a des réserves pétrolières abondantes à Ma'rib et dans les régions d'Al-Jawf, de Shabwah et d'Hadhramaut. Il a noté qu'une série de documents secrets divulguée par WikiLeaks révèle que le gouvernement de Riyadh avait installé un comité présidé par l'ancien prince héritier, le Sultan Ben Abdel Aziz Al-Sanaeri et a ajouté que l'Arabie saoudite a chargé le comité de mettre en oeuvre un projet pour creuser un canal de l'Arabie saoudite à la mer arabe via Hadhramaout afin de rendre inutiles les détroits d'Ormuz et de Bab Al-Mandab. Il a réaffirmé que de nouvelles réserves pétrolières ont été découvertes dans la province d'Al-Jawf au Yémen qui pourraient faire du Yémen l'un des plus grands exportateurs de pétrole dans la région et dans le monde.» (2)

Le chaos actuel: tempête «décisive» dans le désert
«La coalition sur le mode américain. Une pâle imitation de Tempête du Désert'' du général Norman Schwarzkopf. Une coalition de dix pays, emmenée par l'Arabie saoudite, a lancé, il y a trois ans, une intervention militaire. L'Egypte, qui est redevable de la manne saoudienne de 12 milliards de dollars, vole au secours et, curieusement, à quarante ans d'intervalle, du camp de l'Arabie saoudite contre le même Yémen. Il en sera de même du Soudan et de la Jordanie, du Maroc, du Koweït, des Emirats arabes unis, du Qatar, du Bahreïn: 100 avions de guerre et 150.000 soldats saoudiens participent à la curée. En plus de son aviation, quatre navires de la marine égyptienne auraient franchi jeudi le canal de Suez. L'opération baptisée Tempête décisive'' Par hostilité atavique envers l'Iran, les Saoud ont longtemps encouragé Daesh. Aujourd'hui, la dynastie wahhabite cultive l'attentisme avec une crainte grandissante face au prestige accumulé par Téhéran parmi les populations de Syrie et d'Irak vivant sous le joug de Daesh.» (3)
«Les sources de renseignement à Sanaa ont révélé que les Etats-Unis ont envoyé des mercenaires de sécurité américains au Yémen du Sud pour la coopération avec la coalition dirigée par l'Arabie; les États-Unis payent chaque mercenaire 1500 $ par jour, et affirmé: La mission des mercenaires américains est de commettre des crimes et blesser les civils yéménites au Yémen.'' La coalition dirigée par l'Arabie a l'intention d'embaucher plus de mercenaires de Blackwater après ses récentes défaites dans les opérations de Bab al-Mandeb et le maintien de lourdes pertes. La guerre de l'Arabie saoudite sur le Yémen, les sources locales disent avoir tué au moins 13.100 personnes, a été lancée dans une tentative de ramener l'ancien gouvernement au pouvoir et de saper le mouvement Ansarullah.» (4)
Depuis sa naissance jusqu'ici, le régime saoudien a déclenché de nombreuses guerres contre le Yémen sous des prétextes quelconques, or le vrai objectif est de faire main basse sur les ressources pétrolières du Yémen.: «La guerre qu'ont récemment déclenchée les Saoudiens et la coalition arabo-américaine contre les Yéménites s'explique dans ce sens. En 1934, le régime saoudien a déclenché sa première guerre contre le Yémen et occupé les provinces de Jizan, d'Assir et de Najran. Il s'est emparé également de Wadiya et de Sharoura au cours des deux guerres qui ont éclaté durant les années 70. Le site Internet Arabi Presse explique ainsi l'objectif du régime saoudien dans sa guerre contre le Yémen: «L'objectif de l'Arabie saoudite dans son intervention militaire contre le Yémen est bien clair et c'est de s'emparer de l' Hadramaout, dans le sud-yéménite. Le Yémen, notamment ses provinces M'arib, Jawf et Hadramaout sont riches en des gisements pétroliers. En 1979, une compagnie pétrolière italienne a commencé ses activités dans l'Est du Yémen, plus précisément au Hadramaout et elle a annoncé en 1982 avoir découvert des gisements pétroliers prometteurs dans les différentes régions du Yémen.» (5)

L'enlisement et le retrait des pourvoyeurs d'armes
Un groupe d'intellectuels français qui signe Esprit de Divergence a fait une analyse assez fidèle de la situation. Les Houtis ne sont pas types intégristes que l'on décrit, mais des Yazidis, une doctrine intermédiaire, sorte de syncrétisme entre le sunnisme et le chiisme. Pour ces intellectuels, les pays occidentaux qui alimentent le conflit en armes, tentent de prendre leurs distances.: «Voyant l'enlisement progressif des Saoudiens dans le bourbier yéménite, les États-Unis se désolidarisent peu à peu et ont décidé de rappeler l'essentiel de leur personnel encore basé en Arabie saoudite afin de coordonner le soutien américain. Pour autant, ceux-ci poursuivent, même sous la présidence Trump, leurs attaques ciblées contre les leaders de l'AQPA. A l'instar de la Syrie, il s'agit bien là d'une guerre interminable sous-traitée par des vassaux du maître d'oeuvre occidental. Le décompte est affreux pour ce Yémen aux 26 millions d'âmes: environ dix-mille morts dont une large partie de civils, trois millions de déplacés et 200 000 exilés, 14 millions nécessitant une aide alimentaire. Si le délire schizophrénique et belliciste du Royaume saoudien et de ses alliés est hautement critiquable, c'est surtout l'insupportable laissez-faire de la «communauté internationale» qui révolte! Celui de la France en particulier, qui ménage honteusement une bienveillance à l'égard de son partenaire commercial saoudien! Eh bien si, dans le tiers-monde, le ridicule tue bel et bien, n'en déplaise à l'adage...» (6)

Les conséquences de la guerre
L'ONU avertit que 5 millions de personnes au Yémen sont à quelques semaines de mourir de faim. Les Saoudiens, les États-Unis et les Emirats bloquent toutes les routes, aéroports et les côtes du Yémen et aucune aide alimentaire n'entre dans le pays. Il s'agit d'un énorme crime de guerre et, littéralement, d'un génocide. Mais les médias «occidentaux» semblent totalement indifférents. Peu, pour ne pas dire aucun, parlent du Yémen. Jamais ils n'ont montré leur hypocrisie aussi ouvertement.
La première opération militaire importante autorisée par le président Donald Trump, un raid commando contre Al-Qaïda à Yakla, dans le centre du Yémen, a mal tourné provoquant des victimes civiles dont des enfants et la mort d'un soldat américain. Dans son rapport publié jeudi sur l'expansion d'Al-Qaïda au Yémen, l'International Crisis Group (ICG) a noté que l'opération a tué «de nombreux civils, dont au moins 10 femmes et enfants», ainsi que des hommes de tribus locales.» (7)
Depuis l'escalade de la guerre au Yémen en mars 2015, les Nations unies ont pu vérifier que près de 1400 enfants ont été tués et plus de 2140 blessés. Près de 2 000 écoles au Yémen ne peuvent plus servir parce qu'elles ont été détruites, endommagées, servent à accueillir des familles de déplacés ou sont utilisées à des fins militaires», a déclaré à la presse la représentante au Yémen de l'Unicef, Meritxell Relano. «Les écoles doivent être des zones de paix, des sanctuaires où les enfants peuvent apprendre, grandir, jouer et être en sécurité», a ajouté la représentante de l'Unicef. Selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS), le conflit au Yémen a fait plus de 7350 morts et 39.000 blessés en 20 mois, des chiffres qui incluent les civils et les combattants. Cette guerre oppose les rebelles Houthis soutenus par l'Iran aux forces pro-gouvernementales appuyées par la coalition sous commandement saoudien.
Le moins que l'on puisse dire La situation n'est pas limpide loin s'en faut! Cependant, quelques faits objectifs: les potentats arabes ont atteint le fond en termes de dignité. Au lieu d'être fascinés par la science et le savoir, ils s'équipent jusqu'aux dents pour porter la guerre soit à leur peuple soit entre eux. Qu'il nous suffise de savoir que l'Arabie saoudite a acheté aux Etats-Unis pour plus de 70 milliards de dollars d'armement. Il en est de même des autres potentats qui dépensent l'équivalent de 200 milliards de dollars en armes fournies gracieusement par un Occident qui divise pour régner.
Les peuples arabes n'ont pas des dirigeants légitimes, c'est cela leur malheur. Ce n'est pas demain, qu'ils se décoloniseront mentalement. Le spectre de l'islam est un faux nez, la seule vraie révolution qui aurait pu en son temps réussir, ce fut celle de la résurrection «El Baath» d'un monde arabe nationaliste, qui n'instrumente pas la religion. Les Nasser, les Saddam, les Assad, et même le trublion Kadhafi avaient une certaine idée de l'Etat, de la Nation arabe. Nous savons tous comment ils furent éliminés. Le conflit au Yémen n'a pas les faveurs des médias occidentaux qui, à des degrés divers, s'auto-censurent pour ne pas irriter un royaume moyenâgeux qui les alimente en devises, fait marcher leur industrie d'armement, le commerce, mais aussi le tourisme et le chiffre d'affaires des places Vendôme européennes. Où est le droit et la dignité des peuples? Pourquoi ne crée- t-on pas un Observatoire des droits humains que l'on installerait rive gauche comme l'Osdh syrien qui compte les morts à partir de Londres.

1.http://reseauinternational.net/larabie-saoudite-volerait-elle-le-petrole-du-yemen-avec-la-complicite-des-etats-unis-et-de-total/#UP0qHCgEfZLLUaaT.99
2.http://ahtribune.com/world/north-africa-south-west-asia/war-on-yemen/1537-saudi-arabia-yemen-oil-total.html
3. Chems Eddine Chitour https://www.legrandsoir.info/le-yemen-dans-la-tourmente-adieu-l-arabie-heureuse.html
4.Http://ahtribune.com/world/north-africa-south-west-asia/war-on-yemen/1505-us-mercenaries-yemen.html
5.En savoir plus sur http://reseauinternational.net/larabie-saoudite-volerait-elle-le-petrole-du-yemen-avec-la-complicite-des-etats-unis-et-de-total/#UP0qHCgEfZLLUaaT.99
6. Esprit de divergence 20 mars 2017 http://www.agoravox.fr/actualites/international/article/ guerre-civile-au-yemen-recit-d-un-190905
7.http://www.bfmtv.com/breves-et-depeches/yemen-la-premiere-operation-militaire-sous-trump-tourne-mal-1094805.html

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