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PROTECTIONNISME INTELLIGENT OU LIBÉRALISME DÉBRIDÉ

Une cause nationale

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L'Algérie ne pourra pas protéger son économie, aussi longtemps qu'elle restera ouverte aux «quatre vents»L'Algérie ne pourra pas protéger son économie, aussi longtemps qu'elle restera ouverte aux «quatre vents»

«C'est très souvent du côté de la foule que se montrent l'esprit politique, le patriotisme, le sentiment de la défense des intérêts sociaux.» Gustave Le Bon

J'ai été agréablement surpris en écoutant l'émission «L'invité de la rédaction» du 23 mars, dans laquelle Monsieur Abdelmadjid Tebboune ministre du commerce par intérim et ministre de l'Habitat, n'est pas allé par quatre chemins. Il a fait un exposé didactique que tout Algérien peut comprendre aisément, tant la langue de bois était minorée. Il eut fallu pour être plus complet ajouter que ce n'est pas le citoyen lambda qui profite du ketchup, de la sauce mayonnaise, encore moins du kiwi et à un degré moindre de la banane. S'exprimant à l'émission «L'Invité de la rédaction» de la Chaîne 3 de la Radio algérienne, Abdelmadjid Tebboune considère que l'Algérie ne pourra pas protéger son économie, aussi longtemps qu'elle restera ouverte aux «quatre vents» et servir de «poubelle» à des produits de «septième et huitième nécessité».
Faisant dans le parler vrai, il rappelle, qu'en 2016, la balance commerciale du pays a accusé un déficit de 17 milliards de dollars et si la balance des paiements a accusé un tel déficit, c'est parce qu'on a laissé «des gens» importer pour 18 millions de dollars de chewing-gum, mais aussi 200 millions de dollars de ketchup, mayonnaise, moutarde, sauces préparées et «autres futilités». 30 millions de dollars dépensés en biscuits, les 75 millions autres en chocolats, ou bien encore, les 11 millions de dollars destinés à payer des pâtes alimentaires produites à l'étranger, «alors que l'Algérie en produit en quantité». Il y ajoute les 10 millions de dollars consentis pour importer des olives, «alors qu'on est un pays oléicole», ou bien les 35 millions de dollars pour introduire des shampoings. Les produits de première nécessité (sucre, huile, café, thé, légumes secs, et céréales, en particulier) ne sont pas concernés. Tout le reste fera désormais l'objet d'une licence. A propos des importations de viande, le ministre rappelle que l'Algérie possède 29 millions de têtes d'ovins et questionne: «Est-ce qu'on a le droit de continuer à importer de la viande?»

Ce que l'Algérie a importé et exporté en 2016
Yacine Babouche résume ce que fut l'année 2016. Il écrit: «L'Algérie a enregistré un déficit de la balance commerciale de l'ordre de 17,84 milliards de dollars durant l'année 2016. Les importations du pays se sont établies à 46,72 milliards de dollars, tandis que les exportations ont permis à l'Algérie d'engranger 28,88 milliards de dollars. L'Algérie a importé pour 15,89 milliards de dollars de biens d'équipement et 14,33 milliards de dollars de biens destinés à l'outil de production. L'importation de biens alimentaires a quant à elle coûté 8,22 milliards de dollars à l'Algérie, tandis que les biens de consommation non alimentaires importés se sont chiffrés à 8,27 milliards de dollars. tandis que l'importation de réfrigérateurs et congélateurs a coûté 279 millions de dollars. Les meubles et leurs parties ont représenté 235 millions de dollars d'importations. (...) Dans le détail des biens de consommation non alimentaires, l'importation de médicaments (2,02 milliards de dollars) et les véhicules de tourisme (1,29 milliard) ont de loin représenté les deux postes de dépenses les plus importants de cette catégorie. L'importation de parties et accessoires de véhicules automobiles a coûté 393 millions de dollars, (...) À l'exportation, les hydrocarbures 27,1 milliards de dollars continuent de représenter l'essentiel des exportations de l'Algérie.» (1)

Comment se présente l'avenir?
Il est nécessaire de savoir où on va sachant que notre principale ressource n'est pas le fruit de notre travail, mais une manne céleste à laquelle nous ne devons pas lier notre destin. En effet, le marché de l'énergie, de la prochaine décennie se caractérisera par une stratégie des grands consommateurs, de rationalisation de la consommation des énergies fossiles, notamment le pétrole. De ce fait, la baisse de la demande d'hydrocarbures aura un impact négatif sur les prix. De plus, les rentiers de l'Opep appliquent une politique de défense du marché pour faire «monter les prix du baril à au moins 60 $ le baril. La décision ne leur appartient pas.
Sachant que les énergies renouvelables occupent de plus en plus une part importante du mix énergétique des grands pays à telle enseigne que l'on parle de la révolution de l'électricité tous azimuts notamment les voitures qui seront de plus en plus électriques obligeant les constructeurs européens japonais et coréennes à se «débarrasser des voitures à essence et surtout au diesel qui tend de plus en plus à être interdit. Nous avons importé pour 1,2 milliard de voitures toutes à l'essence et surtout au diesel du fait d'un prix bas alors que ce produit est un danger public. De plus, nous avons acquis pour près de 400 millions de dollars de pièces détachées dont une partie servira au montage CKD de voitures (une forme détournée d'importations de véhicules). Alors que c'est une révolution électrique qu'il faut mettre en oeuvre dans le cadre d'une transition énergétique vers le Développement durable et que j'appelle depuis plus de dix ans!!!

Le gel des importations inutiles
C'est une mesure salvatrice.! Fayçal Metaoui écrit à ce sujet: «Rien n'est à l'arrêt. Les licences et les autorisations qui ont été données en 2016 sont arrivées à échéance. Selon lui, les intrants n'ont pas été bloqués. «On n'arrête aucune usine, aucun produit de première nécessité. Mais nous contrôlons la qualité, les prix et les quantités», a-t-il appuyé. (...) Avec ces futilités que sont les biscuits, les chocolats et je ne sais pas quoi, 7,8 milliards de dollars ont été dépensés pour les importations en 2016», a-t-il noté invitant les chocolatiers étrangers à venir investir en Algérie. Il a indiqué que l'importation de la banane coûte en valeur 180 millions de dollars annuellement. «On importe du plastique. Je ne parle pas de la matière première, des intrants. Je parle de ce qui est produit fini... L'action du gouvernement est réfléchie, selon lui. «Elle est gouvernementale. Elle s'inscrit directement dans la sauvegarde de l'intérêt et de l'indépendance nationaux. En 2016, nous avons enregistré un déficit de la balance commerciale de plus de 17 milliards de dollars. C'est énorme. «Les réserves de changes ne sont pas faites pour les importations débridées qui ne servent ni l'économie, ni le citoyen.» (2.)

La santé du citoyen
«On ne peut pas protéger l'économie nationale en laissant l'Algérie ouverte aux quatre vents, en faisant de l'Algérie une poubelle, en important de la pacotille, des produits de 7e et de 8e nécessité.» Le ministre a raison, il n'y a pas de contrôle rigoureux à suivre qui permettrait en amont d'interdire l'importation de matières dangereuses qu'il s'agisse d'aliments, de shampoing achetés en fut et conditionnés dans des flacons, des jouets, bref, les pouvoirs publics devraient concrétiser sans tarder un réseau de laboratoires de références dans les ports d'importation par spécialités, biochimiques, chimiques, biologie, physique. Les compétitions existent et les normes peuvent s'inspirer des normes américaines ou européennes; la santé de l'enfant algérien est aussi précieuse que son «équivalent européen». Il serait même utile de spécialiser des brigades d'agents des douanes à faire les premiers échantillonnages. L'Algérie est entrée, selon lui, dans une nouvelle politique de croissance qui signifie l'augmentation et l'encouragement de la production nationale en vue de satisfaire les besoins nationaux et exporter.
Ensuite, il faut protéger la santé du citoyen. Tout le monde a vu ce qui se passe. Il y a des maladies qui apparaissent, les maladies de la peau. On importe des cosmétiques de n'importe où, de Syrie, de pays qui n'en produisent pas. L'origine est inconnue, il n'y a pas d'analyse chimique. C'est tout cela que nous voulons reprendre», a-t-il dit.

Le libéralisme débridé
«Pendant longtemps l'Algérie a été un bazar. Ceci a été accentué avec la manne pétrolière qui a culminé en 2013. Nous avons ouvert les vannes et dans le même temps sacrifié la production nationale Nous sommes allés, déclare le ministre, vers un libéralisme ultra orthodoxe et sans moyens de contrôle. Monsieur le ministre Tebboune fait allusion aux 40.000 importateurs d'il y a quelques années contre à peine 200 exportateurs dont le plus important est Sonatrach avec l'exportation des hydrocarbures. Cependant, avertit le ministre, l'Algérie n'est pas un déversoir des produits d'importation, mais les pouvoirs publics n'ont l'intention d'interdire les importations «d'aucun produit». Mieux encore, l'Algérie doit en assurer le contrôle et la régulation, dans le respect absolu de nos partenaires commerciaux à l'étranger et en conformité des accords internationaux conclus par l'Algérie.» (3)
C'est un désarmement tarifaire à sens unique. Le manque à gagner en droits de douane, du fait de l'Accord d'association (libre-échange) avec l'Union européenne (UE), s'élève à 700 milliards de dinars depuis 2005, selon les douanes. Pour la seule année 2016, les pertes se chiffrent à 120 milliards de dinars, après un montant de 140 milliards en 2015, indique la même source. Depuis l'entrée en vigueur de l'Accord d'association entre l'Algérie et l'UE, le manque à gagner représente un total de 700 milliards de dinars, soit un peu moins de 7 milliards de dollars. Pourtant l'Algérie est chaque fois pointée du doigt concernant sa non-adhésion à l'OMC et on crie au scandale quand elle parle de patriotisme économique.
Pendant ce temps, la realpolitik de Trump déstabilise l'ancien monde dont la super-structure est constituée par les Accords de Bretton Woods puis l'avènement de l'OMC. Trump remet en cause tout cela car cela n'arrange plus les Etats-Unis. Le détricotage des instruments mis en place à Bretton Woods qui n'arrangent plus les Etats-Unis partisans de plus en plus d'un protectionnisme hard comme affirmé lors du dernier G20 à Baden Baden où Le secrétaire américain au Trésor a pu imposer le fait de ne plus s'opposer au protectionnisme. C'est en fait la pertinence de l'OMC qui est mise en cause. au moment où il est fait injonction à l'Algérie d'émarger à l'OMC c'est-à-dire un désarmement tarifaire dont nous avons un avant-goût avec l'accord Algérie-UE.

Le patriotisme décliné sous différents angles
Aimer son pays c'est ne pas participer à la curée s'il est important que chacun de nous s'interroge comment 400.000 visas ont été délivrés par la France, c'est 400.000 touristes potentiels qui dépensent au moins 1000 dollars chacun. Il en est de même des 2 millions de touristes algériens qui ont visité la Tunisie qui fait tout pour les attirer même un tourisme pour scolaire C'est au total plus de 2,4 milliards de dollars qui ont été échangés au noir et qui auraient pu profiter à l'Algérie. Le tourisme religieux de la Omra est évalué à 150.000 fidèles avec là aussi près de 20.millions de dollars. Il y a un sérieux problème avec là aussi un gisement potentiel d'épargne de devises si des conditions objectives étaient disponibles Les Algériens ne connaissent pas leur pays! Une politique du tourisme devrait être aussi à mettre en oeuvre c'est à la fois bon pour l'économie, mais aussi pour le vivre ensemble. Le «patriotisme économique» est un ensemble de mesures prises par les pouvoirs publics, pour favoriser les produits ou les services du pays. Le patriotisme économique est donc un sentiment qui se matérialise dans des actes et il ne concerne pas seulement l'Etat, mais aussi les citoyens dans leurs gestes au quotidien «Buy American!» «America first», déclare Donald Trump. Pour y arriver il est nécessaire de savoir que l'Algérien vit au-dessus des moyens du pays. Paradoxalement, ce sont les classes du pays à faible pouvoir d'achat qui en profitent le moins. En son temps le secrétaire général de l'Ugta, qui a dénoncé les importations anarchiques de produits alimentaires disponibles dans notre pays a plaidé pour «un consensus au niveau national en matière de production et de consommation».(4)
Mais peut-on consommer algérien? Walid Aït Saïd de L'Expression a tenté de voir clair par lui-même. Faisant un balayage non exhaustif de la production nationale il écrit: «Le produit local n'a rien à envier à celui de l'importation De l'habillement, en passant par la nourriture, les produits cosmétiques et l'électroménager jusqu'aux petits objets que nous utilisons quotidiennement. Pour cela, nous avons tenté l'expérience de faire nos courses élémentaires 100% «made in bladi». L'électronique et l'électroménager sont les seules véritables industries que nous avons développées, avec les pionnières que sont les marques publiques Enie et Eniem qui ont ouvert la voie au privé algérien tel que Condor. L'ensemble de l'électronique et de l'électroménager est disponible chez eux à bon prix et de bonne qualité. (...) Faire émerger le «made in Algeria» demandera du temps et un vrai plan de développement, et non un coup de baguette magique (5)...»

La formation des hommes
Pour réussir il nous faut des cerveaux. L'échec ou la réussite d'un pays est indexé sur la performance du système éducatif. Nous devons militer pour un Etat stratège qui doit donner la chance à chaque Algérien pour peu qu'il en témoigne l'ambition d'évoluer dans la vie. Le problème du patriotisme économique n'est pas de donner une prime à la production de produits médiocres au nom de monopoles que l'on donne de fait à des producteurs nationaux qui s'installent dans la paresse au nom d'un marché qu'on leur garantit. Cela devrait être une compétition de tous les jours pour atteindre les standards internationaux Cela ne veut pas dire pour autant le ghetto. Dans le mot patriote il y a l'idée d'appartenance à une même collectivité. Dans le mot patriote il y a l'idée de fierté nationale. Pour cela, il y a urgence à mettre en place un système d'éducation évolutif s'adaptant à la nouvelle conjoncture internationale. Nous avons eu un échantillon de ce que c'est le désarmement tarifaire avec le fiasco de l'accord avec l'Union européenne dont on n'a pas fini de mesurer les retombées négatives pour le pays. Nous ne pouvons nous battre pour donner une utopie de ce pays qu'en mettant tout à plat et qu'en faisant émerger de nouvelles légitimités capables de perpétuer la défense du pays sous d'autres formes. Dans ces conditions donner du grain à moudre à nos entreprises nous paraît comme un devoir; bien entendu, il n'est pas question de farniente et de permettre une productivité algérienne de loin plus faible que celle d'un Chinois ou d'un Japonais. Nous devons compenser notre déficit technologique par un travail acharné pour diminuer les coûts de production et augmenter ce faisant notre compétitivité. Nous devons le traduire dans les faits. «Nos emplettes de nos produits nationaux sont nos emplois.» Nous sommes avertis... Cette mise au point du ministre outre sa dimension pédagogique est là pour rappeler que nous vivons au-dessus de nos moyens et que notre train de vie artificiel n'est globalement pas celui de l'effort. Il est vrai que ce n'est pas l'Algérien de l'Algérie profonde qui consomme beaucoup le ketchup ni la mayonnaise ni le chocolat, mais tant que l'on n'aura pas trouvé un mécanisme de ciblage des classes vulnérables il y a un malaise! le diesel à 33 DA est une anomalie, il nous coûte cher à l'importation (4 fois) c'est un grave danger pour la santé, et de plus il n'y a que ceux qui ont des véhicules qui en profitent. Il est temps de moraliser tout cela car même les licences d'importation ne devraient pas être des rentes, elles devraient de mon point de vue être indexées sur la nécessité de substituer le produit importé à une production locale même pour la banane! Sinon cela va développer des rentes illicites qui renverront aux calendes grecques toute remise en ordre de la maison Algérie qui nous tient tant à coeur.

1.Yacine Babouche | http://www.tsa-algerie.com/20170305/lalgerie-a-importe-exporte-2016/
2.Fayçal Métaoui: Tebboune confirme le gel des importations TSA 23 mars 2017
3.Tewfik Abdelbari http://www.tsa-algerie.com/20170116/accord-dassociation-lue-pres-de-7-milliards-de-dollars-de-pertes-lalgerie/
4. D. Akila http://www.elmoudjahid.com/fr/ actualites/76684 27-04-2015
5. http://www.lexpressiondz.com/actualite/215382-oui-j-ai-consomme-algerien.html

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