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COMMENT SORTIR DE LA RENTE

Le Développement humain durable

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Les prix du pétrole ne connaissent pas de stabilitéLes prix du pétrole ne connaissent pas de stabilité

«Ce n'est pas le plus fort de l'espèce qui survit, ni le plus intelligent. C'est celui qui sait le mieux s'adapter au changement.» Charles Darwin (L'origne des espèces)

Ce titre a priori alléchant n'est pas là pour dire que la solution est simple! C'est un long et lent processus de maturation qui commence par un changement de paradigme. Nous faisons partie de la Nature, la géographie de notre pays a mis à notre disposition un viatique qui ne nous appartient pas en propre, nous n'en sommes que les gestionnaires qui devraient être soucieux de ne pas dilapider d'une façon égoïste un viatique qui devrait profiter aux générations futures. Les Nations unies ont mis en place en septembre 2016 -après le challenge du millénaire qui consiste à diminuer de moitié la faim dans le monde- de nouveaux objectifs pour le Développement humain durable déclinés en 17 thèmes, notamment le droit à l'eau, le droit à l'alimentation, le droit à l'éducation, le droit à la santé, à l'énergie, à un environnement sain...

La situation actuelle de l'énergie
La situation mondiale de l'énergie est délicate. Les prix du pétrole ne connaissent pas de stabilité et il est illusoire de compter sur une augmentation des prix du pétrole, sauf d'une façon ponctuelle en cas de conflit comme cela a été le cas avec le bombardement en Syrie.
J'avais écrit dans un article précédent que l'énergie de plus en plus difficile à exploiter pouvait expliquer en creux ce qui se passe en Syrie. On sait que le Qatar, l'Europe et les Etats-Unis voulaient casser le verrou syrien pour que le gazoduc qatari arrive en Europe et procède à la conquête de l'Europe. Un gouvernement docile aurait permis cela. Dans le même ordre on apprend qu'une redistribution des cartes énergétiques gazières sont en train d'être élaborées avec un nouvel acteur, Israël, et le gisement Leviathan, contesté en partie par Chypre et par le Liban. Après des années de retard, Israël s'engage dans un vaste projet d'infrastructure jamais réalisé avec le développement de l'énorme champ de gaz offshore Leviathan en Méditerranée. La première phase implique un investissement initial de 4 milliards de dollars pour produire 12 milliards de mètres cubes de gaz par an. L'Algérie est directement menacée si l'Italie renonce au gaz algérien jugé trop cher.
Lors de la réunion à Bruxelles, le ministre de l'Energie a rassuré le commissaire européen chargé de l'Energie sur la pérennité des approvisionnements de l'Algérie et sur le fait que l'Algérie a des potentialités qui ne demandent qu'à être exploitées. Cependant; les contrats se font de pays à pays et les politiques énergétiques sont différentes d'un pays à un autre. Par contre, l'accord avec Total lundi dernier ouvre de réelles perspectives de coopération.
Il m'a fallu une vingtaine d'années avec certainement d'autres collègues pour constater enfin que mon sacerdoce quant à la sobriété énergétique qui fait petit à petit son chemin dans l'opinion nationale, mais pas forcément dans les politiques publiques. Il ne faut pas nier qu' un certain nombre de mesures adoptées récemment vont «dans la bonne direction»: implication et sensibilisation de l'ensemble de la société et des institutions, nécessité d'un vaste débat pour définir et mettre en place un «modèle énergétique national», importance des économies d'énergies, insistance sur la formation d'une ressource humaine de qualité... Tout ceci se fait d'une façon cosmétique car le citoyen ne se sent pas engagé du fait que les enjeux du futur ne lui sont pas expliqués et qu'il est acteur de la solution vers la transition énergétique vers le Développement humain durable.

Pour des «Assisses nationales sur l'énergie»
«L'Algérie disposerait de 2500 milliards de m3 de gaz. Nous produisons à peu près 100 milliards de m3 par an dont nous exportons à peu près 55 milliards de m3 et dont nous consommons une quarantaine de milliards de m3. A cette cadence, nous n'aurons plus de gaz dans vingt ans», annonce-t-il. Pour le pétrole, notre pays «en a encore pour une quinzaine d'années». Le modèle actuel avec 40% de résidentiel, 40% de transport, 10% dans l'industrie et 10% dans l'agriculture n'est pas viable. Economiser et préservez ces ressources est aujourd'hui «une priorité et un devoir à l'égard des générations futures. Et pour cela notre meilleure banque, c'est le sous-sol algérien.»
Assurer une consommation d'énergie aux citoyens a été pendant plus d'un demi-siècle, la préoccupation des gouvernements. Depuis une quinzaine d'années la loi n° 04-09 du 14 août 2004 est venue moraliser la consommation d'énergie en parlant pour la première fois du développement des énergies renouvelables et de développement durable Partout dans le monde, des stratégies sont mises en place pour aménager des bouquets énergétiques dont en font partie les énergies fossiles, mais aussi les énergies renouvelables avec le plus grand gisement qui est celui des économies d'énergie et de l'efficacité d'énergie qui consiste à faire le même travail avec moins d'énergie. Par exemple bannir l'importation des voitures consommant plus de 100 g de CO2Km (4 à 5 litres au 100 km) au lieu des 6 à 8 litres actuels (jusqu'à 150g de CO2/km).
L'Union européenne a développé un modèle de 20/20/20 c'est-à-dire 20% renouvelables, 20%d'économie d'énergie et 20% d'efficacité énergétique d'ici 2020. Le modèle marocain se base à près de 50% sur les énergies renouvelables (solaire, eolien, hydraulique). Il y a aussi le modèle allemand qui mise sur la sortie totale du nucléaire en 2022. Les modèles font de plus en plus la plus grande part aux énergies renouvelables et les scénarios à 50% renouvelables sont de plus en plus courants. La France étudie un scénario à 100% renouvelable en 2050 en sortant définitivement du nucléaire.
Nous ne devons pas nous tenir à l'écart des mutations de par le monde. Comment peut-on développer un modèle de consommation graduelle pour arriver en 2030 à ce que 50% de l'énergie consommée serait d'origine renouvelable? Ce modèle à 50% DHD, est complémentaire de ce qui se fait actuellement et pourrait accompagner le plan du gouvernement s'il fait l'inventaire de toutes les possibilités visant à substituer aux énergies fossiles les énergies renouvelables et l'électricité qui est en train de structurer à l'échelle mondiale la nouvelle vision de la consommation d'énergie où tout se fait grâce à l'électricité d'origine renouvelable: le chauffage, la cuisson, mais aussi la voiture électrique, il est prévu 300 millions de voitures électriques dans une douzaine d'années. Les constructeurs abandonnent graduellement le Diesel et limitent l'essence, même le GPL (sirghaz) est de plus en plus demandé. Nous devons prendre exemple sur les pays développés et gagner une étape en misant sur la locomotion électrique. L'accord signé entre une entreprise algérienne et française lors de la visite du Premier ministre français pour la mise en place d'un bus électrique est à saluer, car c'est la nouvelle vision du transport qu'il nous faut développer.

Un modèle énergétique à 50% durable à l'horizon 2030
On sait que les pouvoirs publics envisagent la construction de centrales solaires et fermes éoliennes pour environ 22 000 MW d'ici 2030. Un programme aussi ambitieux gagnerait à s'appuyer sur une stratégie d'ensemble car ce ne sont pas les hydrocarbures qui vont régler le problème de la consommation actuelle qui est débridée car les utilités sont quasi gratuites tout en sachant que ces prix anormalement bas profitent surtout aux classes aisées et à nos voisins de l'Est et de l'Ouest qui partagent avec nous la rente. Il vient que ce programme de développement des énergies renouvelables n'aurait pas dû être uniquement l'affaire du gouvernement. Il aurait dû impliquer la société civile, les universitaires et les opérateurs économiques.
La définition d'un modèle énergétique national est un préalable pour encadrer et orienter les choix énergétiques de l'Exécutif et des acteurs économiques. La stratégie énergétique ne peut pas, ne doit pas, reposer sur la seule responsabilité du ministère de l'Energie et Sonatrach... Elle doit impliquer également tous les départements ministériels qui, à des degrés divers, ont une part de responsabilité dans la mise en oeuvre de la société civile, les experts, les universitaires et les opérateurs économiques dans une vaste réflexion nationale. Ce que j'appelle les Assises de l'énergie. Il faut un engagement non seulement des décideurs, mais aussi celui de la société elle-même car c'est elle qui est appelée à appliquer les mesures préconisées dans le programme.
Dans le but d'arriver à un bouquet énergétique à 50% renouvelable dans moins de 15 ans, il faut mettre en place «un bouquet énergétique incluant à la fois le solaire, l'éolien, l'hydraulique et le géothermique, mais aussi le gaz de schiste qui est un viatique pour les générations futures étant entendu que son exploitation obéira à des contraintes drastiques car il ne faut pas marchander avec l'écosystème saharien et la nappe phréatique.
L'ambition de l'étude est justement de faire un plaidoyer pour une transition énergétique multidimensionnelle qui ne peut réussir que si la société entière adhère à cette nouvelle vision du développement durable. Pour ce faire, il est possible de renforcer le programme de cette transition énergétique en y intégrant un modèle énergétique qui trace la consommation d'énergie d'ici 2030. Des propositions concrètes sont faites sur les modalités d'arriver au développement humain durable avec la participation de chacun Il faut expliquer au citoyen que tout a un coût et que rien ne doit être gratuit. Le principe est de payer chacun selon ses moyens tout en étant sobre. Toutes ces composantes qui font l'épanouissement de l'Algérien du futur doivent être dimensionnées en fonction d'une consommation raisonnable, mais aussi du pouvoir d'achat du consommateur. Sans un juste prix, il n'y aura pas de transition énergétique vers le développement humain durable et différer, cela ne fera que compliquer la tâche des générations futures. Nous devons tout faire pour que l'Algérie de 2030 soit une Algérie de progrès. Pour cela les décisions courageuses doivent être prises maintenant.

Le plus grand gisement: celui des économies d'énergie (10 à 20%)
Le gisement des économies d'énergie reste encore le plus important. Les économies à réaliser sont partout. Dans nos habitations d'abord qui sont de véritables passoires et consomment en moyenne 300 KW par m2 et par an contre 3 fois moins actuellement en Europe. Dans le domaine des transports également, bien sûr: «Il faut que l'Etat à travers ses parcs de véhicules et les transports collectifs publics et privés donne l'exemple en s'équipant systématiquement en GPL.» Le levier des prix du carburant et de l'énergie doit être utilisé «de façon différenciée par une augmentation rapide qui touchera surtout les tranches supérieures de consommation». Mais aussi «de façon progressive et régulière en expliquant et en sensibilisant la population par une communication plus active et intelligente.

Le coût estimatif du programme
Le décret du 28 février 2017 pose pour la première fois les conditions de la mise en place d'installations de production d'électricité à partir de sources d'énergies renouvelables. La volonté existe. Nous ne devons pas différer le programme des ENR car chaque année qui passe ce sont des milliards de m3 de gaz et des millions de tonnes qui sont consommées alors qu'il est possible de les remplacer en partie par les énergies vertes. La négociation sera difficile pour obtenir le prix du kWh le plus bas, la fourchette va actuellement de 4 à 10 centimes.
Le programme coûterait environ 30 milliards de dollars. Les calculs les plus simples montrent que d'ici 2030, sur les quinze prochaines années, c'est environ 300 milliards de m3 de gaz qui peuvent être épargnées. Au prix de 300 millions de $ le milliard, c'est près de 90 milliards de $ sur 15 ans. Il est donc tout à fait possible de lancer le plan énergie renouvelable. L'idéal pour mettre en place ce plan Marshall serait de choisir une «locomotive» qui a fait ses preuves dans les énergies renouvelables, C'est le cas de l'Allemagne et de la Chine.

La ressource humaine nationale dans le développement durable
La transition énergétique qui est l'affaire de tous tant les citoyens doivent être impliqués dans la mise en oeuvre, notamment dans les économies d'énergie. Ce sont des dizaines de milliers d'emplois qu'une «Ansej de l'intelligence» aurait à gérer et à proposer dans le cadre d'une stratégie multisectorielle. Si nous avons comme ambition un réel transfert de technologie l'université devra jouer son rôle. Mais le Développement humain durable est un combat qui commence à l'école où nous devons éduquer l'enfant à la nécessité de consommer moins en consommant mieux, en étant respectueux de l'environnement, en essayant d'inventer un avenir sans pollution.
Le comportement écocitoyen devra prendre la place du comportement de l'égo-citoyen qui pense que tout est gratuit alors que tout a un coût, l'eau a un coût, l'électricité les carburants ont un coût qu'il nous faut atteindre en respectant les classes à faible pouvoir d'achat sans pour autant qu'elles ne gaspillent. Il nous faut apprendre à l'enfant qu'une chasse d'eau qui fuit c'est 40 m3 d'eau de perdu dans l'année. Sur les 8 millions de logements actuels si seulement 10% ont des fuites dans leur logement, c'est 80 millions de m3 d'eau de perdus soit la consommation de 1,2 million de personnes pendant un an! L'eau en Europe coûte en moyenne deux dollars/m3 contre 0,15 dollar chez nous et l'Algérie est un pays en stress hydrique.
Au collège et au lycée l'élève sera initié aux énergies renouvelables et au développement durable. On peut même penser à un «baccalauréat du développement durable». Nous pouvons aussi mettre en oeuvre les métiers du développement durable à la fois dans la formation professionnelle par une formation, mais aussi un recyclage des techniciens formés. Rien que dans la rénovation des bâtiments en les rendant plus économes en énergie ce sont des milliers d'emplois. Il en sera de même dans les métiers verts et de l' utilisation optimale de l'énergie grâce à des smarts grids (réseaux intelligents). Ce sont aussi les métiers de techniciens et d'ingénieurs que l'université en phase avec la demande aura à mettre en place; nous avons les compétences et nous pouvons le faire. La mise en oeuvre du chantier du développement des énergies renouvelables nécessite la formation de dizaines de milliers d'ingénieurs et de techniciens. Il y a là un challenge que nous pouvons relever tous ensemble. Le temps nous est compté.
Les défis sont à relever et il n'est pas nécessaire de passer par le même chemin que les pays industrialisés pour aller vers le développement. Des by pass existent, c'est notamment le cas de la révolution de l'électricité dans le développement d'un réseau de transport pour les voyageurs (bus, tramway, métro), de marchandises (camions électriques, rails), particulièrement l'ambition de mettre en place une transaharienne du rail qui nous permettra de dégorger le Nord et développer le Sud d'une façon multiforme (énergie, eau agroindustrie, tourisme). N'oublions pas que le Sahara est appelé une pile électrique, mettons-là sur on...

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