LE PRÉSIDENT TRUMP ASSUME

Le fond rocheux suprématiste blanc avant tout

Le président des Etats-Unis
Le président des Etats-Unis

«En tant que citoyens de pays d'Afrique, nous refusons votre racisme. Nous rejetons votre ignorance, votre volonté de diviser et le manque de respect que vous affichez à l'égard des peuples de notre continent. Nous nous opposons à votre désir de diviser le monde entre ceux qui vous ressemblent et les autres. Nous vous rappelons que votre pays a été construit par des gens du monde entier qui ont fait des États-Unis ce qu'ils sont aujourd'hui. Nous nous opposons à votre tentative de nous dresser les uns contre les autres. Nous rejetons votre colère. Nous sommes du côté de l'humanité, de l'espoir et de la bienveillance pour toutes et tous» Les citoyens des pays d'Afrique

Il y a deux jours le monde a fait le point sur une année de convulsions mondiales, de sueurs froides, de peur du feu et de la furie comme promesse du président américain au président coréen. Un journal américain a décompté la quantité de twetts du président Trump, elle se monterait à plusieurs centaines, en moyenne de deux à trois twetts/jour. Pourquoi cette propension à régenter le monde et donner son avis sur tout? Pourquoi prendre le risque de se marginaliser? Apparemment cela n'inquiète pas le président Trump qui détricote minutieusement les rares accords et avancées sociales de son prédécesseur à l'image de l'obamacare. Cette tentation d'empire omnipotent, omniscient, plonge ses racines dans l'american way of war. On dit que depuis que les Etats-Unis ont été fondés en 1776, ils ont été en guerre 214 ans sur les 235 ans de leur existence (NdT: texte de 2011, une mise à jour a été faire en fin d'article donnant le chiffre avancé). En d'autres termes, il n'y a que 21 années de calendrier durant lesquelles les Etats-Unis n'ont mené aucune guerre.
La contribution suivante parue sur le journal L'Expression fait un point pratiquement sur le parcours de Trump qui a pu faire en tout cas à l'extérieur - exception d'Israël- l'unanimité contre lui. Nous lisons: «Il est arrivé à la Maison-Blanche avec la promesse de l'Amérique d'abord.'' Un an et plusieurs décisions spectaculaires plus tard, Donald Trump a confirmé sa volonté de tourner le dos au multilatéralisme sur la scène internationale. Au terme de la première année du mandat du président américain, son image dans le monde est plus mauvaise que ne l'a jamais été celle de ses deux prédécesseurs, Barack Obama et George W. Bush, selon un sondage Gallup publié jeudi. Seuls 30% des personnes interrogées dans 134 pays approuvent l'action du milliardaire républicain. Pour James Lindsay, du Council on Foreign Relations, certains des plus proches alliés de l'Amérique «craignent la fin de l'époque où les Etats-Unis exerçaient un leadership mondial». «On a un problème avec les Européens, mais le reste du monde n'est pas bouleversé», relativise Jim Jeffrey, «Trump n'a pas fait beaucoup de dégâts à l'ordre international jusqu'ici», assure-t-il, saluant sa stratégie sur la Corée du Nord, l'Iran et la Syrie.» (1)
Les Etats-Unis ont annoncé en juin leur retrait de l'accord de Paris sur le climat, contraire selon Donald Trump aux intérêts économiques américains, même si concrètement cela ne sera possible qu'en fin de son mandat. Washington a aussi claqué la porte à d'autres accords ou organisations multilatéraux: traité de libre-échange Asie-Pacifique, Unesco, Pacte mondial sur la migration... Le président Trump menace aussi de se retirer de l'accord sur le nucléaire de 2015 Il vient de donner jusqu'au printemps aux Européens pour l'aider à combattre les «activités déstabilisatrices» de sa bête noire, Donald Trump a reconnu début décembre El Qods comme capitale d'Israël. Si Israël applaudit, les Palestiniens ne décolèrent pas. Face aux ambitions nucléaires nord-coréennes, principal défi international aux yeux de Washington, la stratégie est tout autre: convaincre le monde de pousser Pyongyang au dialogue par des sanctions draconiennes.» (1)

L'Etat profond
Un dénominateur commun à toutes les stratégies des présidents américains est que la stratégie d'Empire déclinée de différentes façons ne souffre d'aucune remise en cause et à regarder de près, il y a l'écume des évènements que les présidents républicains ou démocrates gèrent, mais s'agissant de la puissance américaine, elle est gérée ailleurs dans ce que d'aucuns appellent l'Etat profond, le complexe militaro-industriel, Wall Street l'oligarchie financière internationale Pour Thierry Meyssan, la tentation d'empire est toujours aussi vivace et les Etats-Unis feront tout pour maintenir le statut quo ante. Il écrit: «(...) le président Bachar el-Assad est la seule personnalité à s'être adaptée à la nouvelle «grande stratégie états-unienne». Depuis 70 ans, l'obsession des stratèges états-uniens n'aura pas été de défendre leur peuple, mais de maintenir leur supériorité militaire sur le reste du monde. Durant la décennie allant de la dissolution de l'Urss aux attentats du 11 septembre 2001, se développait l'idée de terroriser les populations en leur assénant un formidable coup sur la tête (Shock and awe, le choc et la stupeur) C'était idéalement l'usage de la bombe atomique contre les Japonais, dans la pratique, le bombardement de Bagdad par une pluie de missiles de croisière.» (2)
Meyssan se réfère au gourou Leo Strauss qui a formaté l'imaginaire des va-t-en guerre des néo-conservateurs. Il poursuit: «Les Straussiens (c'est-à-dire les disciples du philosophe Léo Strauss) rêvaient de mener et de gagner plusieurs guerres à la fois (Full-spectrum dominance, la domination tous azimuts). Ce furent donc les guerres d'Afghanistan et d'Irak, placées sous un commandement commun. Parlant de la tentation de l'hyper-puissance à tout prix dans le sillage du Pnac (Project for New American Century) «Projet pour un Nouveau Siècle Américain, il écrit: «Ces idées et ces phantasmes ont d'abord conduit le président Bush et la Navy à organiser le plus vaste système d'enlèvement international et de torture, qui a fait 80.000 victimes. Puis, le président Obama à mettre sur pied un système d'assassinat, principalement par drones, mais aussi par commandos, qui opère dans 80 pays et dispose d'un budget annuel de 14 milliards de dollars. À partir du 11-Septembre, l'assistant de l'amiral Cebrowski, Thomas P. M. Barnett, a dispensé de nombreuses conférences au Pentagone et dans les académies militaires pour annoncer ce que serait la nouvelle carte du monde selon le Pentagone. «Barnett affirmait que pour maintenir leur hégémonie sur le monde, les États-Unis devaient faire la part du feu'', c'est-à-dire le diviser en deux. D'un côté, des États stables (les membres du G8 et leurs alliés), de l'autre le reste du monde considéré comme un simple réservoir de ressources naturelles. À la différence de ses prédécesseurs, il ne considérait plus l'accès à ces ressources comme vital pour Washington, mais prétendait qu'elles ne seraient accessibles aux États stables qu'en passant par les services des armées états-uniennes. Dès lors, il convenait de détruire systématiquement toutes les structures étatiques dans ce réservoir de ressources, de sorte que personne ne puisse un jour ni s'opposer à la volonté de Washington, ni traiter directement avec des États stables.».

Le fiasco diplomatique de la reconnaissance de Jérusalem
D'une façon illégale et contre toutes les conventions accords et relations internationales, bafouant des résolutions onusiennes notamment la 242 qui place Jerusalem avec un statut spécial pour les deux nations, Trump décide d'appliquer une promesse de campagne, il reconnaît que Jérusalem est la capitale d'Israël. Pour René Backmann en reconnaissant les faits accomplis de la colonisation israélienne de la Palestine, en prétendant transférer l'ambassade des Etats-Unis à Jérusalem, «Donald Trump viole le droit international et menace la région d'embrasement. Cette situation renforce les responsabilités politiques de l'Europe. Il est temps que l'UE prenne ses responsabilités, impose le droit, condition incontournable de la paix. Il a mis en difficulté ses principaux alliés arabes, condamné son rôle dans les pourparlers et subi aux Nations unies deux fiascos retentissants. Depuis son entrée à la Maison-Blanche, il se révèle un piètre géopoliticien et, surtout, un désastreux diplomate. Ce premier faux pas diplomatique a été suivi, en deux semaines, de deux épisodes qui ont confirmé l'isolement des États-Unis dans le dossier israélo-palestinien. Le 18 décembre, Washington a dû recourir au veto, devant le Conseil de sécurité des Nations unies, pour s'opposer au vote d'une résolution proposée par l'Égypte, au nom de la Ligue des États arabes. Ce texte réaffirmait clairement le consensus international sur Jérusalem et indiquait que «toute décision ou action qui visent à modifier le caractère, le statut, ou la composition démographique de la ville sainte de Jérusalem n'ont aucun effet juridique et sont nulles et non avenues». Le problème, pour Washington, c'est que les 14 autres membres du Conseil - dont des alliés fidèles comme la France, le Royaume-Uni, le Japon, l'Italie et des pays amis comme la Suède, l'Éthiopie, l'Ukraine, l'Uruguay, le Sénégal, avaient approuvé cette résolution. Trois jours plus tard, une nouvelle épreuve attendait la diplomatie américaine aux Nations unies. la Turquie et le Yémen avançaient un nouveau projet de résolution, devant l'Assemblée générale, cette fois. Reprenant l'essentiel du texte égyptien, le nouveau document rappelait que «Jérusalem est une question qui relève du statut final et qui doit être réglée par la voie de la négociation, comme le prévoient les résolutions pertinentes de l'Organisation des Nations unies.» «que toute décision ou action qui visent à modifier le caractère, le statut ou la composition démographique de la Ville sainte de Jérusalem sont nulles et doivent être rapportées en application des résolutions sur la question adoptées par le Conseil de sécurité et, à cet égard,» demandait «à tous les États de s'abstenir d'établir des missions diplomatiques dans la Ville sainte de Jérusalem [...]». (2)
Last but not least, le président Trump promet de couper les vivres à l'Autorité palestinienne et comme l'écrit Norman Finkelstein: l'aide US aux Palestiniens coûte moins qu'un yacht saoudien.

Vers la partition de la Syrie?
Avec l'appel à renverser le pouvoir iranien, et à ne pas reconnaître l'accord de 2015, Trump montre qu'il fait ce qu'il dit. Le plus dangereux est que le problème syrien qu'on croyait en voie d'être réglé va connaître une troisième mi-temps. Apparemment les Américains renforcent leur présence et de facto occupent une partie de la Syrie du côté du Golan comme tampon avec Israël. «Si jusqu'à présent lit-on sur la contribution suivante la position officielle US était qu'ils étaient venus en Syrie pour battre Daesh, puis feraient demi-tour dès leur mission accomplie, maintenant nous voilà désabusés. Les Américains ne vont s'en aller nulle part, ils vont rester là pour toujours, ou jusqu'à ce qu'on les mette à la porte; et ils occuperont un autre morceau de la Syrie, à côté des hauteurs du Golan. «Les US vont garder une présence militaire en Syrie... Nous n'allons pas refaire l'erreur de 2011, quand nous nous sommes retirés d'Irak. Nous allons tout faire pour réduire l'influence iranienne, l'arc [chiite] au nord leur sera retiré, et les voisins de la Syrie [comprenez l'Israël] seront en sécurité. [Nous resterons jusqu'à ce que la Syrie soit]... débarrassée de ses armes de destruction massive.... Les US ne vont pas se retirer tant que Assad ne sera pas parti.» Par conséquent, l'affirmation de Sergueï Lavrov la semaine dernière, selon laquelle les US cherchent à démembrer la Syrie, se trouve confirmée. Un processus de partition de la Syrie s'engage, disait le ministre des Affaires étrangères russe. Et cette prédiction est en cours de réalisation. Les Américains ne s'en vont jamais de leur plein gré. Partout où ils débarquent, c'est pour tenter de s'installer définitivement. Ils ont débarqué aux Philippines en 1898, et ils y sont toujours, malgré tous ceux qui ont réclamé leur départ. Ils ont débarqué à Cuba en 1898, et ils y sont toujours, malgré moult promesses de lâcher Guantanamo, En 1945, ils ont occupé l'Allemagne et le Japon, et ils y sont toujours, seuls leurs marionnettes changent(...)» (4)

De quoi Trump est-il le nom?
Dans un article percutant, Renel Exentus, et Ricard Gustave nous expliquent l'hubris de Trump par sa conviction qu'il appartient à la race des élus. Celle de la «Destinée Manifeste» qui permet de traiter comme quantité négligeable tout ce qui n'est pas blanc. Nous lisons: «Un fait actuellement nous semble indéniable: Trump est le porte-parole, la figure emblématique du mouvement international de la suprématie blanche. Le personnage est certainement adulé, comme Hitler d'ailleurs, par les tenants du fascisme, du néonazisme et de l'idéologie de la supériorité de l'homme blanc. D'après certains analystes, 60 millions de personnes ont voté pour Trump lors des dernières élections. Des hommes, des femmes, des évangélistes, qui ne jurent que par la race et par la religion (....) Trump prête sa voix à ces gens que le système a abandonnés. Il leur explique que le chômage, les crimes, la crise du logement, de l'éducation, etc. sont causés par cette multitude qui vient d'ailleurs, ces immigrants d'une autre humanité, venus de «pays de merde» et qui viennent foutre «la merde» dans son «beau pays civilisé». (5)
Dans sa rhétorique raciste, Trump ne fait pas de nuance. Il n'en a cure. Pour lui, un Haïtien reste un Haïtien, c'est-à-dire un «nègre», et cela, quels que soient son éducation, son savoir, Haïti, pour lui, est une «latrine», quels que soient son histoire, son passé glorieux ou sa signification dans l'histoire de l'humanité. C'est cela Trump, son idéologie, celle de ses disciples, de ce courant néofasciste qui se ramifie un peu partout en Occident. (...) Déconstruisons ce mythe: l'idée de faire passer sous le compte de la maladie mentale et de l'ignorance les propos racistes de Trump ne fait, au fond, qu'occulter un fait qu'on aimerait bien nous faire oublier: cette idéologie, le racisme, (y compris le sexisme et le machisme) est l'un des éléments constitutifs de la nation étasunienne. Aujourd'hui encore, dans la culture dominante, la figure de l'autochtone continue à être assimilée à la sauvagerie, à la barbarie. De plus, si l'extermination d'un grand nombre d'Amérindiens a créé l'espace nécessaire à la fondation du pays, l'esclavage des Noirs en a fait la richesse. Pendant près de trois cents ans, le système esclavagiste a permis d'accumuler une richesse colossale contribuant d'abord au développement industriel de l'Angleterre et par la suite à lancer le capitalisme étasunien. Ces deux facteurs, le génocide et l'esclavagisme, sont pour ainsi dire la face cachée de la fondation et du développement des États-Unis comme nation. Le racisme, comme idéologie, est consubstantiel, organique à une telle nation, car il est le seul qui, de par sa «rationalité», peut justifier son existence» (5).
Le monde est en train de changer et l'Occident n'a pas encore pris la mesure de l'inéluctabilité du déplacement du barycentre du monde vers l'Asie; les tentatives occidentales, notamment de la vieille Europe qui a perdu son magister moral en se mettant à la remorque américaine sont vaines. Comme le martèle le président chinois il y a de la place pour tout le monde, il n'y a pas lieu de continuer un combat d'arrière-garde tendant à maintenir en vain un monde unipolaire. La paix est à ce prix. Ainsi va le monde.

1.http://www.lexpressiondz.com/internationale/284352-un-an-de-politique-etrangere-de-trump.html
2.https://www.agoravox.fr/actualites/international/article/une-guerre-sans-fin-en-afghanistan-196452#forum4991023
3.René Backmann Israël-Palestine: le fiasco diplomatique de Donald Trump Mediapart 24 12 2017
4.http://reseauinternational.net/vous-penetrez-dans-le-secteur-americain/#gZPkqSJsQDkgEET8.99
5. Renel Exentus, Ricard Gustave https://www.legrandsoir.info/de-quoi-trump-est-il-le-nom.html