AMERICA FIRST ET VIEILLE EUROPE

G1 contre G6

Photo de famille du dernier sommet du G7
Photo de famille du dernier sommet du G7

«La France ne le sait pas, mais nous sommes en guerre avec l'Amérique. Oui, une guerre permanente, une guerre vitale, une guerre économique, une guerre sans mort apparemment. Oui, ils sont très durs les Américains, ils sont voraces, ils veulent un pouvoir sans partage sur le monde.» Président Mitterrand (1).

Le monde est en train d'entrer dans une nouvelle phase: celle de la pénurie. Tant que l'abondance permettait de couvrir les inimitiés, même entre pays du même bord, tant que ces pays en l'occurrence, avaient un adversaire commun qu'ils pouvaient piller sans vergogne pour entretenir un niveau de vie indécent, le monde occidental était soudé en apparence, encore que l'Empire dirigeait son monde d'une main de fer.
L'administration Trump a imposé des tarifs douaniers sur les exportations d'acier et d'aluminium en provenance de l'Union européenne, du Mexique et du Canada. En réponse à l'imposition de tarifs douaniers américains sur l'acier et l'aluminium canadien, le Canada décrète ses propres tarifs sur divers produits importés des États-Unis dont la valeur pourrait atteindre 16,6 milliards $. Les Européens commencent à comprendre ce que signifie vraiment le slogan «America First» de Trump. Le président est cohérent dans son approche. Tout doit être fait pour le prestige des Etats-Unis. Cependant, les Etats-Unis ne sont plus seuls. Le monde a vu l'avènement d'autres puissances et groupes de nations qui ne veulent plus subir. Ce sera le cas de la Chine, de l'Inde, de la Russie et à un degré moindre du Vietnam, du Brésil même avec le président actuel.

Les sanctions anti-iraniennes Résignation française et combativité allemande
De ce fait, le leadership du monde leur échappe. Ils sont obligés de se battre pour maintenir une american way of life au prix d'une american way of war, au prix d'une agression permanente, le soft power pour les vassaux européens, japonais, canadiens mexicains et coréens du Sud et le hard pour les autres, pas directement d'abord, en faisant voter des sanctions par les Nations unies contre la Russie, mais aussi en entretenant des guerres par procuration dans tous les pays, principalement musulmans détenteurs de ressources (Irak, Afghanistan, Syrie, Yémen, Libye, Soudan) ou de position stratégique (Somalie). Le seul pays qui, pour le moment, résiste est l'Iran malgré tout le battage israélien poussant les Etats-Unis à aller plus loin que la dénonciation de l'accord de 2015, à savoir déclarer carrément la guerre, laissant Israël maître du Moyen-Orient Même la Corée du Sud, un allié clé des États-Unis, a dû payer un lourd tribut pour obtenir une exemption tarifaire. Pour sauver son accord commercial avec Washington, Séoul a accepté des concessions. Selon la nouvelle mouture du traité, la Corée du Sud va davantage ouvrir son marché automobile aux constructeurs américains et accepte la prolongation jusqu'en 2041 de taxes américaines de 25% sur les pick-ups (véhicules à plateforme arrière). S'agissant de l'acier, Séoul accepte un quota annuel d'exportations vers les États-Unis de 2,68 millions de tonnes, soit 70% de la moyenne de ses exportations annuelles sur les trois dernières années.
Le ministre allemand de l'Economie Peter Altmaier se dit prêt à répondre si les intérêts européens sont négligés par la politique américaine de sanctions, notamment contre la Russie. Mais Paris semble plus réticent à froisser les Etats-Unis... Dans un contexte de sanctions américaines contre l'Iran, mais aussi contre la Russie, Peter Altmaier a attribué la volonté des Etats-Unis de bloquer la construction de Nord Stream 2, le nouveau gazoduc reliant la Russie et l'Allemagne sous la mer Baltique, à leur souhait de favoriser leurs intérêts économiques aux dépens de ceux de l'Europe. Les déclarations vives de Peter Altmaier à l'attention des Etats-Unis contrastent avec la position française exprimée la veille, le 17 mai, lors du sommet européen de Sofia en Bulgarie. (;..) Excluant tout affrontement commercial avec Washington, il avait ainsi expliqué: «Notre intérêt premier n'est pas un intérêt commercial ou d'entreprises, [...] il est d'assurer la stabilité.» Toute la différence entre la deuxième puissance exportatrice mondiale et l'avant-dernier de la classe en Europe. La résignation dont témoigne le discours français contraste avec la pugnacité des propos tenus par Peter Altmaier le lendemain.» (2).
Pourtant, les enjeux pour le commerce français en Iran ne sont pourtant pas des moindres. On apprend que: «Le constructeur automobile français PSA a indiqué préparer son retrait d'Iran afin de respecter l'embargo imposé par Washington à l'encontre de Téhéran après son désengagement de l'accord sur le nucléaire iranien. PSA a annoncé son intention de se retirer de la République islamique, qui représente son premier marché étranger en volume. (...) En 2017, PSA a vendu 444.600 véhicules en Iran. Selon Business France, le marché iranien pourrait tripler de taille d'ici 2030 à trois millions d'unités par an, dépassant ainsi le marché français. Auparavant, le groupe français Total avait annoncé son retrait du projet gazier South Pars 11 destiné à répondre aux besoins du marché intérieur iranien. Le groupe a reconnu «ne pas pouvoir se permettre d'être exposé à des sanctions secondaires américaines, qui pourraient comprendre la perte des financements en dollars par des banques américaines». (...) Les États-Unis ont ainsi rétabli leurs sanctions visant l'Iran ainsi que les entreprises ayant des liens avec Téhéran qui ont jusqu'à 180 jours pour se retirer de la République islamique.» (3)
Comme on pouvait s'y attendre après les gazouillis de Trump contre Trudeau, une autre diversion. Trump veut intégrer la Russie au G7. Donald Trump avait jeté un pavé dans la mare en proposant, le matin depuis Washington, de réintégrer la Russie à ce groupe, dont elle avait été exclue en 2014 après l'annexion de la Crimée. «Ils ont expulsé la Russie, ils devraient réintégrer la Russie. Parce que nous devrions avoir la Russie à la table de négociations.» Rapidement, les Européens ont enterré l'idée. Le motif invoqué: l'Ukraine et la Crimée n'interdisent pas à Angela Merkel- de faire des affaires juteuses avec les deux Nord Stream russes qui lui assurent une sécurité énergétique.
Pourtant, comme l'écrit Paul Antonopoulos: «Jean-Claude Juncker a déclaré qu'il était temps pour l'Union européenne (UE) de renouer avec la Russie et de cesser de l'attaquer'', en contraste frappant avec les Etats-Unis qui ont multiplié les accusations et les sanctions contre Moscou (...) «Nous devons donc revenir en arrière, je ne dirais pas pour des relations normales avec la Russie, mais il y a tellement de domaines où nous pouvons mieux coopérer avec la recherche et l'innovation et autres, sans oublier nos différences. La Russie doit être plus proche de nous (...) L'un des principaux arguments en faveur de meilleures relations est la taille de la Russie. (..) Cependant, la taille de la Russie n'a pas empêché l'UE et ses alliés de compromettre la diplomatie par une expulsion massive de diplomates russes il y a deux mois (...).» (4)
Robert Bibeau résume magistralement la comédie humaine des sommets du G7: «Ce n'est pas lors du sommet du G7 que les orientations se décrètent C'est dans les arcanes du grand capital mondial que se joue l'avenir de l'humanité et nullement dans ces rassemblements du G7 et autre G20. D'un côté, une puissance vieillissante - déclinante - surendettée - à la monnaie dévaluée - mais qui possède quelques beaux restes telles ses entreprises de plateformes numériques stratégiques, les Gafanatum, de l'autre côté une puissance ascendante, atelier du monde entier, en croissance constance, avide de valoriser son capital abondant et son argent florissant, soutenue par un «axe de l'émergence», comprenant l'Iran des hydrocarbures et la puissante Russie militarisée, et que Washington aimerait bien fissurer. Les simagrées des sept apeurés, rameutés au Canada dans un manoir princier, autour d'un bouffon blond tonitruant, ne doivent pas faire illusion. Les sept larbins du capital bancal s'attroupent pour fomenter des coups fourrés contre leurs commettants résistants et pour organiser, qui sa reddition, qui la confrontation aux assauts des capitaux chinois, russes et iraniens agressifs, qui seront absents de la rencontre, mais dont les spectres seront omniprésents.» (5)

Que faut-il en conclure?
Les rodomontades de l'Europe ont fait pschitt pour reprendre une expression de Jacques Chirac. Au final remis à l'Europe, celle-ci a montré ses limites d'autant que c'est le sauve-qui-peut. Chaque pays tentant de bien se faire voir de l'Empire. S'il y a bien une chose au crédit du président Trump, c'est qu'il dit ce qu'il va faire et il fait ce qu'il a dit: ces quatre promesses de campagne, il les a assurés contre vents et marées. D'abord en interne, il a détricoté l'obamacare qui permettait à des millions d'Américains de pouvoir se soigner. Ensuite, il jette aux orties l'accord de Paris sur le climat. Ensuite ce fut le transfert de l'ambassade américaine à Jérusalem, ensuite ce fut le retrait de l'accord de 2015 avec l'Iran et enfin il se tourne vers ses vassaux en les taxant sans retenue. America first au-delà du slogan est un cap qui lui permet d'engranger des voix, apparemment il a le vent en poupe pour sa réélection, mais le président Trump n'a pas pris la mesure de l'inexorabilité du multilatéralisme, il continue à régenter le monde avec ses vassaux qu'il traite durement pourvu que le niveau de vie d'une classe d'Américains soit maintenu. Au fur et à mesure de l'amenuisement des ressources, de l'émergence de nouvelles puissances comme la Chine, la Russie et l'Inde, la voix américaine portera moins d'autant que l'Europe commence à redécouvrir la Russie. Cette Europe que De Gaulle voulait de l'Atlantique à l'Oural...
On a parlé aussi climat -sans les Etats Unis- en contribuant généreusement à augmenter l'effet de serre par quelques milliers de tonnes de CO2 pour prendre en charge ce sommet. Pendant ce temps, en Palestine, loin de la zerda du sommet (Grande Bouffe) des Palestiniens continuent de mourir et chaque semaine la grande faucheuse prend sa dîme sous l'oeil indifférent des grands de ce monde qui préfèrent parler affaire et accessoirement des droits de la femme un mot valise qui ne veut rien dire si ce n'est que cette fois-çi c'est Malala qui s'en occupe on est rassuré!!! Combien de Malala palestiniennes sont en prison combien de Ahad Temimi sont en prison? Ce vendredi 8 juin, lors d'une nouvelle «Marche du retour» organisée aux abords de la barrière de séparation entre la bande de Ghaza et Israël, quatre Palestiniens ont trouvé la mort et 500 autres ont été blessés sous le feu des tirs de l'armée israélienne. La «Marche du retour» rassemble depuis le 30 mars des dizaines de milliers de Palestiniens de la bande de Ghaza près de la frontière. Depuis le début de la «Marche du retour», 31 mars 2018 au moins 129 Palestiniens ont été tués par des tirs de l'armée israélienne. Aucun Israélien n'a été tué. Pas un mot de compassion, pas une virgule de dignité pour ces damnés de la Terre
Même les grandes protestations contre l'ordre impérial du G7 connaissent un reflux. Les manifestations anti-G7 ont pour leur part été jusqu'à présent très limitées par rapport aux sommets précédents. La police a procédé à quelques interpellations à Québec, à 140 km de La Malbaie, après des incidents mineurs. Nous sommes loin de l'altermondialisme d'il y a huit ans et de l'utopie des Indignados (indignés) et des autres «El pueblo unido jamas sera vencido «Yes we camp», «Otro mundo es posible», «Occupy Wall Street....
En fait, Donald Trump n'a jamais caché que ce sommet historique sur la «dénucléarisation» de la Corée du Nord l'intéressait bien davantage que les discussions avec les vieux alliés des Etats-Unis qui n'arrêtent pas de supplier pour des règles commerciales communes, en vain. Dans ces guerres picrocholines, avec une comédie humaine de façade, le grand capital veille à ce que la machine ne déraille pas, que la mondialisation -laminoir continue son oeuvre Nul doute qu'il y aura un communiqué pour sauver la face de ce G1 contre G6, les choses continueront leur train train et à l'instar de la Corée du Sud et du Japon les Européens rentreront dans l'ordre décrété par l'Empire; Ainsi va le monde!

1. https://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Dernier_ Mitterrand
2. https://francais.rt.com/economie/50800-face-sanctions-americaines-allemagne-insurge-france-renonce
3. https://fr.sputniknews.com/international/201806041036663227-iran-psa-retrait-sanctions
4. https://reseauinternational.net/enorme-coup-de-gueule-de-juncker-leurope-doit-arreter-de-sattaquer-a-la-russie/
5.http://www.palestine-solidarite.org/analyses.robert_bibeau.250418.htm