LE MONDE VA VERS LA MOBILITÉ ÉLECTRIQUE

L'Algérie en retard

L'Algérie a environ 12 milliards de barils de pétrole
L'Algérie a environ 12 milliards de barils de pétrole

«Ma yabqua fi el oued ghir hdjarou» Ne restera dans l'oued que ses pierres. Proverbe du terroir profond.

Il est pour le moins paradoxal que les pouvoirs publics ne semblent pas conscients des enjeux mondiaux qui se jouent et pour lesquels nous ne nous sommes pas préparés. Ainsi, la canicule qui sévit un peu partout, notamment avec les 50°C au Sud et les incendies catastrophiques au Portugal et en Californie, ne sont pas le fruit du hasard. Les changements climatiques sont une réalité: 32 milliards de tonnes de CO2 ont été envoyés dans l'atmosphère. Les conférences sur le climat deviennent sans intérêt. Pour François Gemenne, spécialiste des questions de géopolitique de l'environnement, le climat est un des rares domaines où il existe des modèles scientifiques prédictifs sans cesse réactualisés permettant de se projeter dans l'avenir. Pourtant, celui-ci apparaît au mieux incertain, au pire terrifiant. À moins d'une révolution à la fois politique, mentale et narrative. Ce qui avait été prévu il y a un quart de siècle concernant le climat, non seulement est arrivé, mais cela s'est produit à un rythme beaucoup plus soutenu qu'imaginé initialement. Quant aux prédictions de Svante August Arrhenius (1859-1927), elles se sont réalisées en un siècle et demi, là où il prévoyait qu'il faudrait plusieurs milliers d'années. On va dans le mur du fait de l'avidité des gros, ça ne changera pas. Comment conjurer cela? La seule nécessité est que les Citoyens s'Organisent pour une Vie commune concrète, en actions et non en mots solidaire, intelligente, digne, sobre, et luttent pour le respect du Bien commun.» (1) Ce fameux bien commun qui, jumelé à la sobriété heureuse, fera que chaque écocitoyen prenne sa part de responsabilité dans la préservation de la Terre comme le décrit si bien Pierre Rabhi agro-écologique.
Comme une contrainte ne vient jamais seule, il est prévu des bouleversements dans le marché du gaz. Les Etats-Unis se sont retirés de l'accord. de Paris. Ils vont concurrencer les vendeurs de gaz méditerranéens. Nous serons amenés à brader les prix pour maintenir un niveau de vente. Il en sera de même avec un baril de pétrole erratique. Pourquoi attendre d'avoir des problèmes qui deviendront inextricables?

Ce que font les autres...
Dans ce sens, un coup d'accélérateur a lieu. c'est ainsi que l'on peut qualifier la transition énergétique vers les énergies renouvelables et la mobilité électrique, indépendamment des grandes puissances, même les pays arabes s'y mettent. Ainsi, quatre consortiums, dont les français EDF et Engie, ont été pré-qualifiés pour la construction d'un parc éolien d'un montant de 427 millions d'euros en Arabie saoudite, ont annoncé des sources officielles mercredi. Le prince héritier Mohammed ben Salmane avait annoncé plus tôt cette année son intention de développer le plus grand projet d'énergie solaire au monde, en partenariat avec le groupe japonais SoftBank, pour un montant de 171 milliards d'euros. Le protocole d'entente de ce projet prévoit une puissance installée de 220 gigawatts d'ici 2030, De même, en Egypte: Sissi inaugure trois mégacentrales électriques construites par Siemens pour un montant qui défie tous les records, à peine 6 milliards d'euros. L'Egypte a investi 25 milliards d'euros dans des projets énergétiques depuis 2014 pour tenter de diversifier ses sources d'énergie, autrefois constituées à 90% de gaz naturel. De plus, en Egypte un parc éolien de 220 mégawatts, a été réalisé et inauguré en collaboration avec la Jica japonaise.

Etat des lieux de la situation en Algérie
L'Algérie a des ressources en pétrole, gaz naturel et gaz de schiste, elle a même un gisement de charbon inexploité. L'Algérie a environ 12 milliards de barils de pétrole, 2500 milliards de m3 de gaz naturel et près de 20000 milliards de m3 de gaz naturel provenant des schistes. Elle a un immense gisement solaire, en tenant compte du rendement de conversion, un seul km² de Sahara pourrait produire 250 GWh d'électricité par an. Ainsi, il suffirait de couvrir un carré de 300 km de côté pour répondre aux besoins actuels d'énergie électrique dans le monde entier (20 000 TWh).

Production et consommation
Nous produisons 1 million de barils jour soit 50 millions de tonnes de pétrole par an, nous produisons également près de 80 milliards de m3 de gaz naturel et nous exportons près de 50 milliards (moitié par gazoduc, moitié par méthaniers sous forme de GNL). Pour le pétrole proprement dit, on n'exporte qu'une partie et l'autre partie est raffinée qui servira notamment de carburant où on atteint une consommation de plus de 16 millions de tonnes.
Nous sommes obligés d'importer du gasoil pour satisfaire la demande croissante. En 2016 2017 les importations étaient autour de 2 milliards de dollars. Malgré les dispositions prises, une grande partie des carburants ´´s'évapore´´ par les frontières marocaines, tunisiennes et celles au Sud, cette hémorragie est due au prix différentiel entre les pays voisins et l'Algérie. Nous consommons environ 55 millions de tonnes équivalent pétrole par an soit 1,25t par habitant/an. Nous consommons environ 1250kWh/an/habitant. nous avons un modèle de consommation basé principalement sur le résidentiel et sur les transports (40% chacun), la consommation énergétique de l'industrie et celle de l'agriculture sont à 10% chacune. Nous disposons d'un parc de 18.000MW en centrales thermiques, nous avons installé pour 380MW d'énergie solaire soit 2% du bilan global. Les pouvoirs publics envisagent la construction de centrales solaires et fermes éoliennes pour environ 22 000 MW d'ici 2030. Au rythme actuel, il est sera très difficile d'y arriver. D'autant que l'on ne sait pas à quoi correspondraient ces 22.000 MW dans la consommation en énergie électrique à 2030.

Les contraintes actuelles du pays
La population qui est autour de 42 millions d'habitants est de plus en plus exigeante en termes de confort, ce qui est normal, mais il faut le dire: le gaspillage est devenu un sport national ce qui n'est pas normal. Une faible prise de conscience des habitudes de consommation où tout est pratiquement gratuit avec une augmentation de la consommation d'énergie qui dépasse les 10% par an. Nous subissons les dangers des changements climatiques. A chaque inondation ce sont des pertes humaines, des infrastructures détruites et des coûts qui se chiffrent en dizaines de millions de dollars. Comme autre contrainte externe, Il y a les coûts erratiques du pétrole, quand cela a été décidé au niveau mondial, les Algériens l'ont subi parce que nous n'avons pas été assez vigilants, il faut donc sortir de cette dépendance. L'Algérie ne se tient pas le ventre à chaque fois que le prix du pétrole ´´yoyote´´! La situation ne peut pas durer ainsi si on veut pérenniser l'utilisation rationnelle de l'énergie et laisser un viatique aux générations futures. Autre danger qui est un véritable problème de santé publique, le gasoil (diesel) est très dangereux, il tend à être supprimé en Europe et les compagnies automobiles pensent à le supprimer. A titre d'exemple Volkswagen ne produira pas de véhicules Diesel d'ici 2025 au plus tard, par contre, elle se lance dans le segment de voitures électriques.

La triche et le gaspillage
La situation actuelle ne peut pas durer ainsi, qu'est-ce qu'il faut faire? Économiser, avoir une nouvelle vision du futur qui passe par l'éducation, la citoyenneté et faire preuve d'imagination. «Il faut passer d'une situation d'ébriété énergétique, vers une situation de sobriété énergétique, pour sauver l'Algérie.» Le moins que l'on puisse dire est qu'il y a une panne dans l'action. Le cri du coeur le 21 juillet à l'APS du directeur général de l'Aprue est à relayer: «J'insiste sur l'instauration d'un contrôle de l'efficacité énergétique pour s'assurer de la qualité des produits consommant moins d'énergie. Le contrôle est primordial pour crédibiliser le Programme de l'efficacité énergétique. Sinon, c'est un recul pour ce programme.» M. Bouzriba cite certains fabricants de lampes qui classent faussement leurs produits dans la classe A (moins énergivores), «car ils savent pertinemment qu'il n'y a aucun contrôle». Il faut attribuer à l'Aprue les moyens nécessaires pour qu'elle puisse se déployer sur tout le territoire national à travers des annexes et des agences et pouvoir être la plus proche possible des citoyens.» Pour rappel, le Programme de la promotion de l'efficacité énergétique, datant de 2015, consiste, principalement, à l'amélioration de l'isolation thermique des bâtiments, le développement du chauffe-eau solaire, la généralisation de l'utilisation des lampes à basse consommation (LED), la substitution de la totalité du parc de lampes à mercure par des lampes à sodium, la promotion du GPL/c et du GN/c, la promotion de la cogénération, la réalisation de projets de climatisation au solaire et le dessalement des eaux saumâtres. Il devrait permettre de réaliser un gain financier de 42 milliards de dollars à l'horizon 2030 avec une réduction de 9% de la consommation globale d'énergie à l'horizon 2030, soit une économie de 63 millions de tonnes équivalent pétrole (Tep). En outre, la mise en oeuvre de ce programme devrait conduire, notamment, à l'isolation thermique de 100.000 logements/an ainsi qu'à la conversion au GPL de plus d'un (1) million de véhicules particuliers et de plus de 20.000 autobus, en même temps que seront créés plus de 180.000 emplois.» (2).

Nécessité de sortir des énergies fossiles et d'abandonner le diesel cancérigène
Il nous faut un cap, une vision, une stratégie mobilisatrice où tout le monde serait impliqué. Il est important de mettre en place un modèle de consommation d'ici 2030. La population sera de 55 millions d'habitants en 2030, un premier scénario fil de l'eau qui tient compte des tendances actuelles, il faudra 110TWh d'énergie électrique, actuellement nous sommes à 55TWh il faut donc doubler la capacité mais est-ce qu'il faut le faire par le gaz naturel ou par le renouvelable? Cette vision vers un développement humain durable doit reposer sans être exhaustive sur quelques principes:
1° Halte au gaspillage sous toutes ses formes à la fois par une politique intelligente où la moindre calorie est récupérée pour la laisser aux générations futures.
2° Mettre en place une politique de substitution du solaire thermique aux chauffe-eau au gaz naturel et rendre les habitations sobres en énergie.
3° Mettre en place sans tarder la mobilité électrique qui nous permettra de réserver le pétrole qu'aux usages nobles, tout ce qui peut se faire pour diminuer la consommation par l'efficacité énergétique doit être fait.
4° Mettre en place un objectif à 2030 avec un plan Marshall pour les énergies renouvelables pour être au rendez-vous en programmant pour chaque année ce qu'il faut faire; une moyenne de 1500MW à installer par an. Développer la géothermie, le biogaz. Rentabiliser les 15 millions de tonnes issues des décharges pour récupérer à la fois l'énergie (la chaleur du biogaz) et toutes les matières recyclables (plastiques, papiers verre, métaux).
6° Former l'ingénieur, le technicien de demain en réhabilitant les disciplines scientifiques. Rien ne peut se faire sans la vérité des prix et sans faire dans la démagogie, il faut savoir que tout le monde gaspille à des degrés divers car nous avons encore le logiciel de «lbaïleck» que nous n'avons pas déprogrammé. Certes, les Algériens à faible pouvoir d'achat consomment moins mais ils sont nombreux Au lieu de subventionner tout le monde, il faut cibler ceux qui réellement ont besoin d'aide en ce qui concerne l'eau, l'électricité, les carburants, le pain, le lait...

Pour une mobilité électrique dans les transports
Le déclic a été donné en 2014. Actuellement, 2 millions de voitures dans le monde sont électriques. En 2030, on prévoit 35% de 80 millions de voitures faites qui seront électriques. Le parc aura 400 millions de voitures électriques sur un total de 1,6 milliard. Maintenant que le kWh solaire a le même coût que le kWh thermique, les grandes compagnies pétrolières et automobiles se lancent dans le segment transport électrique, en plus du rail de plus en plus développé, ce sont les bus et les camions qui sont développés. Partout, BYD le plus grand constructeur chinois de voitures, bus, camions, trains et même batteries électriques, installe quatre usines au Maroc, pourquoi pas en Algérie?
Nous ambitionnons de faire le montage de voitures consommant de l'essence ou pire, du diesel. Nous allons dans la mauvaise direction au moment où de par le monde on tente de sortir des véhicules thermiques; 25 installateurs viennent nous proposer leurs services! N'aurait-il pas été judicieux de miser dans le cadre du montage sur des véhicules électriques?
Nous devons être très vigilants car il y aura dans le monde de moins en moins de véhicules thermiques avec les anciens modèles énergivores comme les modèles qui sont montés dans le pays et qui consomment 20% de carburants 140 g de CO2/km contre 110g et il sera difficile dans quelques années de trouver des pièces détachées. Pourquoi ne pas miser aussi sur les véhicules électriques. C'est un challenge qui nous permettra de créer de la richesse, on va alors donner l'opportunité aux Algériens d'aller graduellement vers l'électrique. Les essences non utilisées constitueront un viatique pour les générations futures. Actuellement, il y a une révolution qui se fait dans le monde «le tout-électrique», l'Algérie ne doit pas rater cette révolution. On peut graduellement et comme le montrent les études, 25% de notre nouveau parc de voiture pourraient être électriques, il faut donc préparer la société à cela. En démocratisant les alternatives aux véhicules thermiques polluants, on gagne sur tous les plans et on répond dans la durée à l'enjeu de la pollution de l'air. L'argent public est plus efficace dans une politique de transports en commun, la prime à la conversion de l'essence au sirghaz! On peut aussi développer le covoiturage, le soutien à la mobilité électrique par le déploiement des bornes de recharge électriques, ce qui pourrait être confié à Sonelgaz dans le cadre justement du plan mobilité électrique qui sera au coeur de la transition énergétique vers le Développement durable.
Cependant, si un effort initial doit être fait ce sera dans les transports. Il faut donc passer à autre chose, changer de paradigme, avoir une nouvelle vision de la société. La grande majorité des Algériens a plus besoin de transports en commun que de voitures particulières. Mieux encore, cette révolution électrique peut être mise à profit pour créer un réseau de transport par camions et bus électriques. Peut-être qu'il faille aussi penser à une transsaharienne électrique, le train sera l'artère qui permettra une véritable explosion du commerce, notamment des produits agricoles du Nord vers le Sud!!
Actuellement, la Chine a 70% du marché des cellules photovoltaïques, elle est leader dans la locomotion électrique. Pourquoi ne pas donc s'associer à des pays leaders dans le cas de marchés où on propose une calorie thermique, contre une calorie photovoltaïque avec un transfert réel de technologie. En s'accrochant à des locomotives comme la Chine ou l'Allemagne, nous pourrons mettre en place cette transition. Notre gisement solaire est de 3500 kilos Wattheure par m2 par an, qui fait trois fois le gisement solaire de l'Allemagne qui est un leader dans le développement durable et, notamment en solaire Le Sahara est une véritable pile électrique si on sait y faire avec l'électricité renouvelable, la disponibilité de l'eau, il pourra devenir une seconde Californie, surtout si on y ajoute une politique de création de villes nouvelles où les jeunes seraient les pionniers d'une nouvelle utopie... Nous devons tendre à être des écocitoyens.
L'écocitoyenneté est un combat qui commence à l'école, il est nécessaire de faire beaucoup de pédagogie; expliquer les enjeux du développement durable. La nationalisation des hydrocarbures a été une deuxième indépendance. Nous sommes en 2018, il nous faut aller vers une 3ème indépendance qui est l'indépendance des neurones, de la science. Les Algériens sont capables de faire le saut qualitatif pour pouvoir passer d'une solution d'ébriété énergétique à ce qu'on appelle la sobriété énergétique, il faut de la pédagogie, il faut que les médias parlent de ça. Le développement durable devrait être un enjeu important. Le Conseil national de l'énergie est à même de définir une stratégie d'ensemble où tous les secteurs seraient partie prenante.

1.https://www.mediapart.fr/journal/culture-idees/230718/le-monde-d-apres-demain-58-francois-gemenne-il-ne-faut-pas-une-transition-mais-une-revolution
2.Algérie Presse Service: Publié dans Algérie Presse Service le 21 - 07 - 2018