Sarkozy wala Tizi

La dérision. C´est tout ce que l´on peut dire du film Roma wa la n´touma (Rome mais pas vous). Un film qu´on n´a pas encore vu mais dont on devine le contenu: certainement l´histoire de jeunes harraga qui essaient de rejoindre coûte que coûte, y compris au péril de leur vie, les côtes de Lampedusa.
Non, erreur de synopsis: le résumé transmis à la presse, affirme que le film de 111 minutes de Tarik Teguia, sélectionné pour la 63e édition de la Mostra de Venise, raconte plutôt l´histoire de Zina et Kamel, en pleine aventure dans le désert algérien au milieu des années 90. Un peu pour échapper à la pression terroriste. Un peu pour effectuer un dernier pèlerinage avant d´aller voir ailleurs.
Comme nous parlions du même sujet, Brahim Takheroubt rapporte que sur un mur de la capitale du Djurdjura, il a eu à lire ce graffitti: «Sarkozy wala Tizi». (Sarkozy, mais pas Tizi).
Partir. Le maître mot. C´est quoi ce pays que les jeunes veulent quitter? Nous sommes déjà, disent les démographes quelque 34 millions d´habitants, chaque jour un peu plus nombreux, nous avons un pays grand comme quatre fois la France, diraient les livres de géographie, il y a de l´espace à caser un milliard de Chinois, mais tout ce que nous voulons, c´est partir. Et lorsque on est là-bas, nous avons la nostalgie du pays et nous rêvons de revenir.
Pendant ce temps, nous ne savons pas quoi faire de l´argent du pétrole. Au point qu´un grand quotidien national a cru bon de consacrer un débat à la question, dans le cadre d´un colloque où furent invités les spécialistes en questions économiques et en prospectives, dont Ahmed Ben Bitour, Hadj Nacer et Mouloud Hamrouche avant de titrer à la une: «L´industrie, la solution». Là, pas de doute, on croit rêver. Une lapalissade pareille avait-elle besoin de réunir un tel aréopage pendant plusieurs jours? d´autant plus que les mêmes intervenants, qui ont occupé de hautes responsabilités à la tête de l´Exécutif, comme Ben Bitour et Hamrouche, mais aussi le gouverneur de la Banque d´Algérie, n´avaient pas eu l´idée, à l´époque où ils étaient en fonction, de mettre leurs théories en application. L´opposition vous procure de ces critiques confortables!
Pour en revenir à la manchette en question, tel que le titre est forgé et mis en valeur, elle nous renvoie dans le mur des années 70, avec la formule de l´industrie industrialisante et les grands complexes qui ont amoché le paysage, multiplié les bidonvilles, pollué l´atmosphère, et qui sont pour la plupart, devenus des canards boiteux.
A l´heure où l´on insiste dans le monde entier sur le développent durable, la promotion de la PME-PMI, le développement du tourisme et du secteur des services accouplé à une meilleure prise en charge des nouvelles technologies de la science et de la communication, ainsi que le maillage du pays en infrastructures de base, un tel titre peut induire en erreur. Ce qui ne veut pas dire qu´il faille négliger le secteur industriel, loin de là.
Rassurez-vous, ce n´était qu´un survol des décennies 70, 80, 90 et 2000 en ce premier jour de Ramadhan. Saha f´tourkoum.