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Du bon usage de la fraude

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Le leader du FFS, M.Hocine Aït Ahmed, dit Da el Ho, déclare à la veille des élections législatives: «Ana man votich!». Traduisez qu´il appelle au boycott.
La raison invoquée: ce n´est pas avec les élections qu´on peut changer les choses.
Explication: il faut changer les choses, mais ne comptez pas sur l´urne et le bulletin de vote. Puisqu´on sait que depuis l´indépendance, les scrutins ne sont que des mascarades, les résultats sont truqués, il y a la fraude; le bourrage des urnes. En outre, les mécanismes de contrôle des élections ne fonctionnent pas, les gens de l´administration (du pouvoir) s´arrangeant toujours pour changer les données à la dernière minute, et pour faire un enfant dans le dos aux candidats de l´opposition, à tous ceux qui ne sont pas parrainés par le système.
On est vraiment devant un casse-tête chinois. Sachant que la démocratie, malgré tous ses défauts, est le meilleur système de gouvernement au monde et qu´on n´a rien inventé de mieux pour permettre l´expression de la souveraineté populaire et l´alternance au pouvoir, on ne peut que contester le fait que la volonté populaire, au stade de sa concrétisation, soit confisquée par les spécialistes de la fraude, du trucage, du charcutage, du remodelage, du biseautage, du maquillage...
Une fois qu´on est tous d´accord sur ce point, on peut tout de même se demander ce qu´il y a lieu de faire pour remédier à cette situation. Est-on devant une impasse, une situation désespérée? Ou bien alors existe-t-il un autre moyen pour avoir des scrutins crédibles et des votes transparents? Des députés de l´opposition -ceux d´El Islah pour ne pas les nommer - ont réussi à apporter des modifications à la loi électorale, pour entre autres, mieux contrôler le déroulement du scrutin et supprimer les bureaux spéciaux (ceux des corps constitués). Malgré ces mesures (à l´époque l´opposition avait crié victoire), les mêmes suspicions reviennent à chaque nouvelle élection. Il y a quelques solutions de rechange: nommer les députés par décret. C´est une pratique qui a déjà été testée, notamment avec le Conseil consultatif national (CCN) ou le Conseil national de transition (CNT).
Des députés sans aucune légitimité populaire, mais qui avaient eu l´heur de combler un vide, de voter les lois, de faire aller la vie politique nationale. Ce n´est pas dans le cadre modeste de cet article qu´on fera un bilan de ces parlementaires élus par décret. Par la politique des quotas? C´est la pratique la plus délicieuse, avec des résultats cachés dans le placard. On organise les élections, on invite les gens à être candidats et les électeurs à voter, mais les listes sont faites à l´avance. On fait tout de même croire que les gens ont été élus. Ce n´est pas très différent du «décret», mais là on fait comme si...
Ce n´est pas tellement nouveau, parce que, en Algérie, tout le monde fait comme si. Le maquillage est une pratique devenue courante, à tous les niveaux. Ça commence déjà au niveau du marchand de légumes: on vous montre de belles pièces au-dessus du panier, juste pour attirer le client nigaud, mais on vous sert des pièces ratatinées et pourries cachées au fond du cageot. La même chose a lieu le jour du vote: vous mettez un bulletin dans l´urne, mais les urnes sont déjà bourrées. Faut-il des urnes transparentes? On trouvera une autre astuce, n´est-ce pas, pour falsifier les résultats. Les astuces, ce n´est pas ce qui manque.
Nous avons parlé des méthodes douces; mais il y a les méthodes plus musclées. On peut organiser des émeutes, brûler des pneus, manifester dans la rues, occuper les places publiques, faire le siège du Palais du gouvernement. Ce sont des méthodes auxquelles les partis légalistes répugnent à recourir. Sans doute parce qu´ils n´aiment pas le désordre, mais aussi parce que l´Etat possède des moyens dissuasifs.
M.Hocine Aït Ahmed, lui, propose une autre méthode; celle du boycott actif. On verra à l´usage ce qu´elle pourra donner, et surtout si la base militante du FFS suivra la consigne, et ne se sentira pas quelque part flouée. Car un parti existe pour mener des luttes politiques, et les joutes électorales sont ce qu´il y a de mieux pour cela.

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