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Tout feu, tout flamme

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Comme les trains, un scandale peut en cacher un autre. Sitôt fini le procès Khalifa, d´autres procès s´ouvrent, à Blida, Oran, ou Batna. Affaires Bcia, affaire BNA à Koléa, affaire BRC, affaire Digimex. Les chiffres, eux sont astronomiques, 1300 milliards de centimes dans le cas de l´affaire BNA, et ne parlons pas des sacs noirs sortant de l´agence de Chéraga.
Comme une porte, il faut qu´un procès soit ouvert et fermé, et tant pis pour les dommages collatéraux, ou les gros poissons qui échappent aux mailles du filet. Un arrêt de renvoi est fait pour encadrer un procès, l´encager, l´encercler, l´ensiler, l´enfermer, faire en sorte qu´il ne sorte pas des limites qui lui sont fixées par la bienséance ou la raison...d´Etat.
Quand les scandales financiers obéissent à une logique politique, c´est qu´ils échappent à la justice, et à ce qu´on appelle communément, l´indépendance des magistrats.
Par ailleurs, il en est des affaires de corruption comme tout le reste. Tant qu´on n´en parle pas, on a l´impression que tout est clean, mais dès qu´elles remontent à la surface, on a alors le sentiment que cela n´en finit pas. Faut-il bénir la période où les scandales étaient étouffés dans l´oeuf, pour ne pas froisser x et y, bien placés dans les rouages de l´Etat, ou plutôt celle où l´on n´hésite pas à en parler, mais aussi à sévir.
Il y a tant à faire pour réduire un tant soi peu le fléau de la corruption qu´on se demande par où il faut commencer. Le mieux serait, bien sûr, de commencer par le commencement: des lois bien faites et des moyens de lutte efficaces. Une police spécialisée dans la lutte contre la corruption, le blanchiment d´argent, l´abus de biens sociaux, le détournement de deniers publics, le faux et usage de faux. Et des magistrats tout aussi compétents, à tous les niveaux, depuis l´instruction jusqu´au tribunal.
Il y a deux méthodes en l´occurrence, la première consiste à taire les affaires, à les enterrer, jusqu´au jour où la coupe étant pleine, elle déborde. Généralement, il est trop tard. Et puis, il y a l´autre méthode, qui consiste à en parler, à faire des procès contradictoires, en toute transparence, devant l´opinion publique nationale et internationale. Il y a, néanmoins, une troisième méthode: elle consiste à parler des affaires, mais de le faire d´une manière si tronquée, si sélective, que l´opinion reste sceptique quant à la portée réelle des procès en cours, et de leur capacité à régler les problèmes de corruption. C´est une méthode qui consiste à donner le change. A faire croire qu´on fait quelque chose pour changer les choses, pour lutter contre le fléau, mais en réalité, on laisse les choses en l´état. Ce que l´on peut dire, en revanche, c´est que les procès anticorruption sont relativement récents en Algérie. La justice n´a pas encore totalement récupéré toute son indépendance, et le politique joue un rôle prédominant. Les interférences entre le politique et le judiciaire sont encore trop fortes. D´autres procès sont sur la rampe de lancement, et c´est sans doute la jurisprudence, elle-même, qui va créer une tradition. L´enfant qui se brûle une fois en touchant une flamme apprend, à ses dépens, mais une bonne fois pour toute, qu´on ne joue pas avec le feu.

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