Fictions

Les lendemains d´élection se ressemblent tous peu ou prou. On attend que l´heureux vainqueur passe à l´action et se mette à appliquer son programme, en tenant bien sûr, les promesses qu´il a faites durant la campagne électorale. Or ce qu´on constate est différent : le président a plutôt repris son bâton de pèlerin. Il a commencé par le Sommet arabe puis l´Union africaine. Le hasard du calendrier a voulu qu´il s´occupe d´abord de notre précarré arabe et africain. Puis il s´est envolé à Sea Island, en Georgie, au sommet du G8, sur invitation de George Bush. Et voilà qu´on annonce un prochain voyage en Italie. Le grand périple à travers les wilayas durant tout l´été 2003 est donc derrière nous et bien fini. Le président a récupéré, à la faveur du scrutin du 8 avril, ses prérogatives constitutionnelles, qui font de lui le chef de la diplomatie et de la Défense nationale. Il semble, à travers ce comportement, avoir confié les clefs de l´intendance à Ahmed Ouyahia, qui donne l´impression de jouir de plus de pouvoirs que ses prédécesseurs : Smaïl Hamdani, Ahmed Benbitour et Ali Benflis.
Dans ses interventions devant les deux chambres du parlement, interventions reprises par l´Entv, Ahmed Ouyahia apparaît comme le maître d´oeuvre de la politique gouvernementale. Ce qui n´est pas évident a priori, au vu des expériences passées. Le fait d´affirmer qu´il applique le programme pour lequel le président a été élu, confère plus de poids à son action, surtout lorsqu´il répond du tac au tac aux journalistes qui rêvent de le piéger ou de le prendre en défaut. «Je suis en phase avec le président de la République» ne cesse-t-il de clamer, histoire de couper court à ceux qui rêvent de semer la zizanie entre lui et le président. Bouteflika, se limitant à des apparitions protocolaires, laisse les coudées franches à son Premier ministre qui, sur la plupart des dossiers apparaît comme le seul maître à bord, surtout qu´il bénéficie pour le soutenir, d´une alliance présidentielle qui lui reste fidèle et dévouée, malgré quelques difficultés vite aplanies.
Que ce soit sur les questions économiques, comme les privatisations par exemple, sécuritaires, comme la levée de l´état d´urgence, voire politiques, comme pour ce qui est de la réconciliation nationale, Ahmed Ouyahia apparaît comme celui qui interprète les thèmes de campagne du président et explicite la démarche à suivre. Avec l´été qui commence, les citoyens vont vaquer à leurs vacances (au double sens du terme) en essayant d´oublier la politique. Juillet et août ne sont-ils pas les deux mois de l´année où l´on dépense les économies faites durant l´année? Au retour en septembre, le teint bronzé mais les poches vides, on a d´autres chats à fouetter et d´autres urgences qui viendront bousculer le calendrier : les frais de la rentrée scolaire et ceux d´un ramadhan qui arrive avec ses ailes d´oiseau automnal, auront vite fait de tempérer les ardeurs contestataires, d´autant plus que l´Aïd vient relancer plus tôt que prévu la frénésie dépensière. Les quelques maigres sous glanés dans l´augmentation du Smig y passeront et fondront comme neige au soleil. Le gouvernement se contentera de faire le dos rond en attendant l´arrivée de l´hiver, pendant que le président aura bouclé le tour des capitales du monde. Mais ce n´est là qu´un schéma utopique, la réalité ayant des mains plus calleuses que celles de la fiction.
Une étincelle parfois, suffit à allumer le brasier de la colère populaire et à surprendre la quiétude gouvernementale.