Benchicou and Co

Alerte à la prison d´El Harrach. Les gardiens ont trouvé un stylo et des feuilles de papier sur Mohamed Benchicou, un prisonnier pas comme les autres. D´autant plus que la veille c´est un cinéaste d´Hollywood qui a demandé à le voir au parloir, pour lui proposer d´acheter les droits d´auteur sur son livre. Ce sont des spécialistes, les réalisateurs d´Hollywood. Du temps de Clinton, plusieurs films ont été tournés. Entre autres, Harrison Ford a joué le rôle du président US dans le film Air Force One : du nom de l´avion présidentiel américain, qui aurait été détourné par les terroristes. On reste là dans les films d´aventure, dans lesquels excelle Harrison Ford. Ce n´est donc qu´à la veille des élections pour un second mandat de Bill Clinton que le réalisateur Rob Reiner tournera Le président et Miss Wade dans lequel Michael Douglas va camper le rôle d´un Clinton aux tempes grisonnantes. La particularité de ce film est qu´il a quelque chose de prophétique. Bien avant la médiatisation de la relation de l´hôte de la Maison-Blanche avec Monica Lewinky, le héros du film va avoir une liaison avec Sydney Wade, une jeune avocate déléguée auprès de lui par une organisation écologique pour appuyer un amendement. Pressé de partout, il va devoir faire un choix, dit la chronique de la Maison-Blanche. L´autre film qui retient l´attention est Wag the Dog, traduit en français par Des hommes d´influence. Quel est le scénario du film? Là il s´agit au contraire d´essayer pour la Maison-Blanche d´étouffer le scandale sexuel avec une jeune stagiaire en provoquant une guerre virtuelle avec un petit pays, l´Albanie, pour détourner l´attention de l´opinion publique américaine et internationale.
Deux monstres d´Hollywood jouent dans ce film: Dustin Hoffman et Robert de Niro. Le premier en producteur positiviste et sans conscience politique, et le second en calculateur et fidèle à la raison d´Etat. On ne sait pas si on est en face d´une politique fiction ou au contraire d´un reality show. On remarquera cependant que toutes ces fictions hollywoodiennes, loin de nuire à l´image de Bill Clinton, l´homme qui joue du saxophone, l´ont rendu plus sympathique. La preuve, il avait été réélu pour un deuxième mandat. Son successeur George Bush a moins inspiré les cinéastes d´Hollywood. Il n´ a été le héros d´aucun film, à ma connaissance, mis à part le documentaire de Mike Moore, intitulé Fahrenheit 9/11, lauréat de la palme d´or 2004 à Cannes. Deux autres documentaires viennent de sortir et qui sont de véritables réquisitoires contre la politique de Bush. L´Américaine Christine Rose, qui a réalisé Liberty Bound qu´on peut traduire par «La liberté bâillonnée», veut lever, dit-elle, le voile sur la face obscure de l´empire américain en faisant un montage à partir des discours de Bush et de Hitler. L´autre documentaire est fait par Williman Karel et il est intitulé Le monde selon Bush.
Abdelaziz Bouteflika est certainement le président algérien qui a le plus inspiré les écrivains. Outre les livres du général Nezzar et de Aissa Khelladi, qui donnent de lui deux visions différentes et complémentaires, ceux qui ont lu le livre de Benchicou seront d´accord avec l´auteur sur le fait que ce n´est pas un dossier à charge. Au contraire, non seulement il décrit à la perfection les traits de génie de cet homme qui à 23 ans sera envoyé à la prison du château d´Aulnoy pour y dessiner en tant qu´architecte le destin de l´Algérie post-indépendante, mais ses supposés petits défauts le rendent plus sympathique, plus humain et plus proche des petites gens. Mélangeant politique et fiction, se basant sur des témoignages écrits ou oraux, il en fait un personnage de roman qui va contribuer à le faire réélire. On peut donc ne pas comprendre l´acharnement contre Benchicou, qui n´a fait que son travail de journaliste et d´écrivain.