La drogue ou la mal vie

A la veille de la Journée internationale de lutte contre la drogue, les dépêches d´agences se télescopent sur le télescripteur. Ainsi, la Chine a exécuté vendredi au moins dix-huit personnes pour trafic de drogue, les condamnés ayant été exhibés lors de rassemblements publics avant d´être exécutés. Cela se passe au moment où, en Algérie, le ministre de la Justice garde des Sceaux vient d´annoncer le projet de supprimer la peine capitale. D´autres dépêches d´agences donnent des statiques et des chiffres sur la consommation de drogue dans le monde. Ainsi, on apprend que 185 millions de personnes, dans le monde, prenaient des stupéfiants en 2003, contre 180 million dans les années 90, le cannabis étant de loin la drogue la plus répandue avec 150 millions de consommateurs, selon les conclusions d´un rapport de l´ONU. Ce chiffre est lui-même à relativiser, puisque, en comptant les utilisateurs de plusieurs produits, il ressort que 38 millions de personnes consomment des drogues synthétiques (amphétamines, métamphétamines et ecstazy, tandis que 15 millions sont dépendantes des opiacées (opium, morphine et héroïne) et que 13 millions le sont à la cocaïne. Par ailleurs, si la prise de drogues synthétiques, d´opiacées et de cocaïne semble se stabiliser, la consommation de cannabis, marijuana et haschich s´étend à un rythme qui va s´accélérant, déplore l´agence antidrogue de l´ONU.
La production et les saisies ont progressé au cours de la dernière décennie pour retrouver les niveaux des années 80. «C´est un problème mondial, le cannabis étant cultivé dans plus de 140 pays dans le monde» a signalé le rapport. On remarquera que les opiacées constituent toujours le problème de santé publique numéro un, note l´Unodc en anticipant une augmentation de la récolte d´opium en 2004 en Afghanistan, alors qu´elle avait pratiquement disparu du temps des talibans. En revanche, la production de cocaïne a reculé de 18% en raison des importants efforts de contrôle déployés en Colombie, premier producteur mondial. C´est ainsi qu´un nombre record de laboratoires fabriquant des drogues synthétiques a été démantelé en 2002 dans le monde, dont la presque totalité en Amérique du Nord. Par ailleurs, on ne peut passer sous silence le fait grave que sept journalistes aient été assassinés en 2003, nombre d´entre eux en raison d´enquêtes et de reportages sur le trafic de drogue.
Le dernier a été assassiné le 22 juin passé. Il s´agit de Javiez Ortiz Franco, corédacteur en chef de l´hebdomadaire mexicain Zeta. On ne terminera pas ce bref tour d´horizon sans signaler que la quantité de stupéfiants saisie en Algérie en 2003 dépasse les 8 tonnes de drogues dures et douces et 571.138 comprimés de psychotropes, selon les statistiques de l´Office national de lutte contre la drogue et la toxicomanie, faisant ressortir une nette progression par rapport à l´année 2002. Toutefois, note l´APS, à juste raison, ces quantités ne représentent qu´une faible partie des drogues écoulées en Algérie. L´une des informations les plus inquiétantes concerne la consommation de drogue dans les cités universitaires. C´est ainsi que, d´après la Fondation nationale pour la promotion de la santé et le développement de la recherche (Forem), 13% des étudiantes vivant dans les cités universitaires sont victimes de ce fléau, une moyenne qui est pratiquement la même dans l´ensemble des résidences universitaires.
Les principales drogues utilisées sont le haschich et le cannabis (68%), le Valium et l´Artane (17%) alors que 5 % des consommatrices reconnaissent sniffer. Originaires des villes de l´intérieur et âgées entre 18 et 23 ans, la majorité de ces filles mettent en cause la mal vie universitaire, l´échec scolaire, la dépendance parentale et les conflits familiaux.
Il y a là autant de pistes de recherche pour les psychologues et les institutions de la santé pour venir en aide à cette catégorie de la population. Mais la drogue touche aussi les cités universitaires de garçons. C´est donc un phénomène plus global.