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Les paris de Bush

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Un confrère talentueux a comparé le procès de Saddam Hussein qui s´ouvre en Irak à celui du couple roumain Nicolas et Helena Ceausescu. Et pourtant les différences sont fondamentalement visibles, criantes. Ceausescu était certes un dictateur, mais il n´était qu´un pantin fabriqué par la machine de l´ex-empire soviétique. Il faisait partie de ce qu´on appelait à l´époque le glacis, derrière le rideau de fer et dans l´orbite du tout-puissant KGB. Quand la roue de l´Histoire a tourné, le dictateur est tombé de lui-même, comme un fruit mûr. L´histoire ne pardonne pas. Saddam Hussein est un dictateur qui s´est fabriqué tout seul. Il était porté par trois choses : sa tribu des Tekrit (toujours le mécanisme de la açabia qui revient dès qu´on parle du monde arabe), son idéologie baathiste, sous le parapluie d´une sécurité militaire des plus efficaces, qui lui a permis à l´époque des nationalismes encore exacerbés de se donner une aura panarabe. Enfin, la rente pétrolière qui lui a offert l´aisance financière généreuse sur laquelle il a assis son règne, construit ses palais, et payé tous ses fantasmes de mégalomane. Sur ce plan, il a les mêmes goûts des Mille et Une Nuits que Ceausescu.
La chute de Ceausescu, au-delà de la farce de procès qui a discrédité ses juges, a été le résultat de la supériorité du système libéral par rapport aux anachronismes économiques et idéologiques du bloc de l´Est et du Pacte de Varsovie. Ce ne fut pas une victoire militaire, loin de là.
Le camp socialiste a été miné de l´intérieur par ses propres contradictions, ayant bridé toutes les énergies créatrices qui auraient pu lui permettre de se régénérer et de se développer, alors que le monde capitaliste, malgré les inégalités sociales et les superprofits des forces monopolistiques, avait trouvé dans son propre dynamisme les ressorts de sa supériorité historique.
Dès la chute du mur de Berlin, certains éditorialistes avaient prophétisé la fin de l´histoire. D´autres, au contraire, avaient immédiatement affirmé que l´ennemi allait venir du monde arabe et islamique, comme si l´Occident avait besoin d´avoir un ennemi en face de lui pour alimenter sa propre croissance. Dans ce monde arabe et islamique, deux idéologies principales menacent, disent les chroniqueurs, les intérêts de l´Occident : l´islamisme et le baathisme. Alors que l´islamisme, surtout chiite iranien, était plus ou moins circonscrit, plus ou moins maîtrisé, le baathisme version Saddam continuait de narguer l´Occident. Les attentats du 11 septembre ont révélé au monde une forme d´islamisme, encore plus radical que celui des Ayatollah : celui des talibans et de Ben Laden. Existent-ils des liaisons dangereuses et des connivences entre Saddam et Ben Laden? Les Américains eux-mêmes n´ont pas pu le prouver. Cela dit, les Américains ont fait tomber le régime des talibans. Ils ont aussi réussi à faire tomber celui de Saddam Hussein.
On avait vu en oeuvre la désinformation dans le procès de Ceausescu : les charniers de Timisoara et autres balivernes ont montré à quel point la manipulation des médias, surtout audiovisuels, peut être une arme redoutable qui fait des dégâts incroyables.
Durant la première guerre du Golfe aussi, on avait vu la machine de la désinformation à l´oeuvre : les cormorans englués dans le goudron qu´on nous montrait n´avaient pas été filmés sur les bords du Golfe arabique. Le faux et l´usage de faux employés à une si grande échelle ont entraîné la méfiance des téléspectateurs et provoqué le mea culpa des médias, pris la main dans le sac.
Si le communisme est tombé de lui-même, le nationalisme arabe est demeuré intact. Parce que tout ce qui lui a été proposé jusqu´à présent n´a fait que l´exacerber. Dans ses différentes interventions, le président Bush apparaît sûr de lui et de sa bonne étoile. Il ne joue que sa réélection. Saddam, lui, risque sa tête. Il doit s´y être préparé. Le monde arabe lui joue son devenir. Toute la nuance est là.
C´est la raison pour laquelle aussi bien les Iraniens, que les soldats du Mehdi, qui ont troqué la kalachnikov contre le balai, souhaitent un procès rapide. Et qu´on en finisse, disent-ils, alors que Bush lui, voudrait bien un show médiatique pour humilier une nouvelle fois Saddam et montrer au monde, mais surtout à l´Amérique qu´il est le meilleur. Il donnera des ailes à son projet du Grand Moyen-Orient.
Malgré les apparences, c´est un pari risqué.

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