Salam Paix Azul

Le mot apaisement est soudain propulsé au devant de l´actualité et se trouve au centre d´une polémique en Algérie, prenant même quelques proportions démesurées au lendemain de la rencontre entre le ministre de la Communication et les directeurs de presse, puis à la suite, deux jours après, de la prestation télévisée de Boudjemaâ Haïchour. D´un journal à l´autre, d´un chroniqueur à l´autre, chacun y va de sa lecture en fonction de ses convictions, de ses positions politiques, de la ligne éditoriale, voire de son humeur. C´est le propre même de la liberté d´expression et du pluralisme des idées que de permettre une palette aussi variée de lectures. Bien que le mot «apaisement» ne soit ni un nouveau concept ni une nouvelle idée, le fait est qu´il vient de prendre une résonance particulière au lendemain du scrutin du 8 avril.
D´un côté, la réélection d´Abdelaziz Bouteflika à une très forte majorité confère une légitimité renouvelée à son action, en opérant une décantation dans le champ politique national. D´un autre côté, l´emprisonnement de trois journalistes, Benchicou, Ghoul et Benaoum a été interprété par l´opinion comme une vengeance du pouvoir sur leurs écrits et leurs critiques virulents. Entre ceci et cela, il y a la «main tendue» de M.Bouteflika qui déclare, dans un message à la presse, qu´il est le président de tous les Algériens, s´engageant à protéger toutes les libertés publiques, y compris la liberté d´expression. La formule même de réconciliation nationale, qui vise, selon ses promoteurs à effacer les rancoeurs et à réconcilier tous les Algériens entre eux, a été «élargie» aux gens de la presse. Faut-il donc croire qu´entre les déclarations d´intention et la réalité du terrain il y a un fossé trop grand, trop voyant?
L´Algérie a pu se prévaloir, dans le forum des nations, de posséder l´une des presses les plus libres et les plus professionnelles du monde, avec toutes les qualités et tous les défauts attachés au mot professionnalisme, donnant souvent plus d´importance à l´anecdotique qu´à l´information vraie, prise qu´elle est dans la logique de la concurrence entre les titres et la vitesse imposée par les moyens modernes de communication. Quand un opérateur en Bourse peut avoir, en temps réel, une information précieuse sur Internet, d´autres critères que celui de la rapidité sont d´eux-mêmes disqualifiés. Et puis, c´est le propre même de la presse quotidienne que de faire dans l´éphémère et l´anecdotique, recherchant le sensationnel pour accrocher un lectorat de plus en plus volatile, déjà saturé par toutes les images venues du ciel et qui arrosent généreusement l´Algérie via les satellites.
M.Haïchour propose un nouveau code de déontologie et d´éthique pour la profession. Pourquoi pas? Il nous semble pourtant que la meilleure manière de rendre plus crédible la presse algérienne, c´est d´abord de lui garantir les conditions d´un vrai pluralisme, y compris pour ce qui est du champ audiovisuel, ensuite de lui permettre de s´organiser pour acquérir ses propres moyens de production (impression, diffusion), en mettant fin à un anachronisme qui a trop duré : celui d´imprimeries publiques offrant des prestations aux titres privés. Pourquoi s´empresse-t-on de privatiser les briqueteries, tout en gardant les imprimeries sous le boisseau?
Une chose est certaine : l´Etat de droit et la défense des libertés publiques, y compris la liberté d´expression, sont liés à l´état d´avancement général du pays.
On peut penser qu´un Etat qui ne peut garantir l´eau dans les robinets, au moins un jour sur deux, ne peut garantir la liberté de la parole. Faut-il en pleurer ou bien en rire?