Du côté de chez la lingère

L´histoire du blanchiment d´argent en Algérie prend des proportions énormes avec le lancement de plusieurs marques de détergent dont on peut voir les shows publicitaires au petit écran. Toutes les marques lavent plus blanc que les autres, sans définir ce qu´est le blanc. Coluche qui s´était essayé à trouver une réponse y a paraît-il renoncé. Omo, Isis, Ariel, le Chat, elles cachent toutes dans leur besace une formule magique qui fera briller votre linge. Sans frotter. Très bien. La pub est la fée du logis du XXIe siècle, elle favorise la concurrence et assure le pluralisme des marques, pourquoi pas. Pour un pays qui a connu des décennies de pénurie, il vaut mieux avoir beaucoup de marques que pas de marque du tout. Surtout qu´il y des détergents parfumés au citron ou à la lavande, et d´autres qui sentent le soleil et la brise marine. C´est romantique, c´est pas cher et ça met un peu de gaieté. Dans sa dernière édition, la conférence du Conseil national économique et social (CNES), a tiré la sonnette d´alarme sur l´importance prise par le secteur informel en Algérie. Loin de contredire les chiffres présentés par l´institution de M.Mentouri, le chef du gouvernement les a, au contraire confortés. Conclusion: au plus haut sommet de l´Etat, les autorités ont pris conscience que le marché noir, sous toutes ses formes, s´est confortablement installé en Algérie, avec ses réseaux, ses complicités, sa clientèle, ses parrains, ses armées d´agents et de sbires à tous les niveaux de la hiérarchie du commandement. Ouyahia, qui est bien informé, a conseillé de faire le distinguo entre le petit vendeur à la sauvette qui vend quelques cigarettes ou des grammes de cacahuètes pour faire vivre sa nichée de frères et soeurs et les toiles mafieuses bien structurés et qui ont des protections autrement plus puissantes. Travail au noir, contrefaçon, contrebande de tous genres, fraude fiscale, non-paiement des charges patronales, dépréciation de l´utilisation du chèque, des milliards circulent ainsi dans les réseaux du secteur informel, que ce soit en dinars ou en devises fortes, comme l´euro et le dollar. L´essentiel des opérations de change se déroule dans le circuit parallèle. L´état embryonnaire de la Bourse fait que le marché de l´argent se trouve dans des structures underground, contrôlé par des forces occultes. Sur ces entrefaites, un certain nombre d´hommes d´affaires demandent au gouvernement d´accorder une amnistie fiscale. Si cela se fait, promettent-ils, une pluie de dollars tombera sur ce pays, avec des dividendes incroyables sur l´investissement productif et la croissance. Reste l´autre problème qui est corollaire : la pression fiscale est paraît-il trop forte en Algérie, ce qui rebuterait les opérateurs économiques et les amènerait à ne pas payer leurs impôts. Si tel est le cas, pourquoi ne pas baisser les taxes fiscales et les charges patronales, de sorte à élargir l´assiette de ceux qui s´acquittent de leurs obligations fiscales. Tout le monde y gagnerait : le Trésor public, les Caisses de retraite et de sécurité sociale, le secteur bancaire et financier.Tableau idyllique s´il en est. Car la mafia reste la mafia, disent d´autres. Entre l´optimisme des uns et le pessimisme des autres, sans doute est-il préférable de positiver pour que les choses aillent mieux.